Le scandale d'espionnage en Slovénie relance la lutte de l'UE contre les ingérences
« Les Européens doivent se mobiliser pour protéger nos démocraties », a déclaré Macron à la veille du sommet européen
Le président français Emmanuel Macron a évoqué jeudi la présumée opération d’ingérence étrangère en Slovénie comme un signe que l’UE doit renforcer sa réponse contre la désinformation et l’ingérence électorale.
« [Le Premier ministre slovène Robert] Golob a été victime d’une ingérence manifeste, de désinformation et d’actions menées par des pays tiers », a dénoncé Macron aux journalistes avant un sommet européen, faisant référence aux allégations selon lesquelles un groupe d’espions israéliens à la solde d’un tiers aurait mené une opération secrète visant à influencer les électeurs en Slovénie.
Golob, dont le parti appartient à la famille centriste de Macron, occupe la deuxième place dans les sondages à l’approche des élections législatives du 22 mars. Il a exhorté Bruxelles à enquêter sur cette affaire.
Les propos de Macron ont élevé ce scandale politique slovène au rang de test plus large pour la défense de l’UE contre les menaces hybrides, alors que de nombreux pays de l’UE, dont la Hongrie, s’apprêtent à élire de nouveaux dirigeants dans les mois à venir.
« Les Européens doivent se mobiliser pour protéger nos démocraties », a ajouté le président français, appelant à une action dans le cadre de l’initiative dite Bouclier pour la démocratie de l’Union.
Soutenue par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, cette initiative a pour objectif d’aider les pays à mieux détecter et contrer les efforts étrangers visant à diffuser de la désinformation et à influencer les élections grâce à une coopération plus étroite en matière de renseignement.
« Une menace hybride évidente »
Le scandale d’espionnage en Slovénie a éclaté après la publication, début mars, d’enregistrements secrets d’un ancien ministre de la Justice, d’un éminent avocat et d’un lobbyiste qui se vantaient, selon ces enregistrements, de leurs relations politiques, de leur trafic d’influence et de financements occultes. Les personnes figurant dans ces enregistrements ont nié toute malversation, affirmant que les séquences avaient été montées de manière sélective à partir de faux entretiens d’embauche organisés par un fonds d’investissement fictif.
Cette semaine, des médias ont établi un lien entre Janez Janša – chef de file de l’opposition et du Parti démocratique slovène (SDS), un parti conservateur – et ce qu’ils qualifient de campagne de dénigrement, menée avec l’aide de la société de renseignement privée israélienne Black Cube et visant le parti de Golob à l’approche des élections. Janša, qui est en tête dans les sondages, a nié avoir eu connaissance de cette opération.
Des représentants de Black Cube se seraient rendus en Slovénie à quatre reprises au cours des six derniers mois. La société n’a pas répondu aux demandes de commentaires.
Golob a décrit cette affaire comme « grave cas de manipulation et d’ingérence étrangères en matière d’information » dans une lettre adressée à la présidente de la Commission, von der Leyen, et au président du Conseil européen, António Costa, rapportée pour la première fois par Politico et consultée par Euractiv.
Le Premier ministre slovène a ajouté que de telles activités constituaient « une menace hybride évidente » pour l’UE et ses États membres, et a invité la Commission à enquêter sur ces informations parues dans les médias et à saisir le Centre européen pour la résilience démocratique « afin qu’il procède à une évaluation immédiate de la menace ».
Il a également fait valoir que cette affaire ne devait pas être traitée isolément, car des opérations similaires avaient déjà été signalées en Hongrie et en Roumanie.
S’exprimant jeudi à Bruxelles, Golob a déclaré que cette affaire était considérée par les partenaires européens comme « un coup dur porté aux fondements de la démocratie européenne » et que « lorsque la démocratie est menacée, l’Europe doit rester unie ».
La Commission n’a pas immédiatement répondu à une demande de commentaires.
Anupriya Datta et Magnus Lund-Nielsen ont contribué à cet article.
(mm, vib)