Le scandale de corruption qui touche le PSOE ne ruinera pas les vacances de Pedro Sánchez
Sous le feu des critiques dans son pays, le Premier ministre Pedro Sánchez reste confiant malgré le scandale de corruption qui secoue son parti, le Parti socialiste-ouvrier espagnol (PSOE).
Début juin, un rapport de police a mis au jour ce que beaucoup considèrent comme le scandale le plus sérieux du mandat de Pedro Sánchez : un réseau de corruption « mafieux » présumé profondément enraciné au sein de son parti, le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE).
Avant d’embarquer pour son vol de retour du Paraguay, où il venait de conclure une tournée de trois jours en Amérique latine, Pedro Sánchez a déclaré aux journalistes qu’il se sentait « fort », malgré la crise politique qui a contraint certains de ses proches alliés à démissionner.
Mais si pour l’instant le Premier ministre profite du soleil à Lanzarote — son lieu de villégiature annuel —, à Madrid, la tension monte.
Lors d’une réunion tendue du Conseil des ministres le 22 juillet, son gouvernement a adopté une première version d’une nouvelle loi sur les secrets d’État, conférant à l’exécutif le pouvoir de décider unilatéralement de ce qui relève du secret officiel.
Cette décision a suscité de vives réactions à Madrid, ses détracteurs condamnant le nouveau projet de loi comme une mesure visant à protéger le Premier ministre et son entourage de toute responsabilité judiciaire et publique.
Par ailleurs, d’autres informations sur l’enquête pour corruption sont attendues avant la fin de l’été.
Même au sein du camp de Pedro Sánchez, le malaise grandit, la ministre de la Défense Margarita Robles ayant selon certaines informations refusé de soutenir la loi. La gestion des secrets d’État, jusqu’à présent supervisée par le centre national de renseignement relevant de son ministère, relèvera désormais du ministère de la Présidence, de la Justice et des Relations avec les tribunaux.
Le ministère de la Défense n’a pas répondu à la demande de commentaires d’Euractiv à ce sujet.
Un axe dominicain au cœur de l’affaire
La nouvelle loi pourrait également entraver les enquêtes en cours liées au Premier ministre lui-même, en particulier les centaines de vols non divulgués, financés par les contribuables, qui font l’objet d’une attention croissante dans le cadre du scandale de corruption plus large du PSOE.
Selon une enquête publiée par El Mundo, le Premier ministre aurait effectué 582 vols en cinq ans, soit bien plus que tous ses prédécesseurs. Et un pays revient avec insistance : la République dominicaine.
Selon The Objective, 63 vols à destination de ce pays ont été enregistrés, alors même qu’il figure au cœur du système présumé de pots-de-vin et de marchés truqués autour de l’ancien ministre des Transports, José Luis Ábalos.
Dans son témoignage, l’homme d’affaires Víctor de Aldama, considéré comme l’un des rouages du système, a affirmé avoir utilisé la République dominicaine comme base pour faire transiter les pots-de-vin. Les procureurs pensent que ces sommes étaient blanchies avant d’être réinjectées en Espagne sous forme d’espèces, à destination de fonctionnaires impliqués.
En avril, plusieurs témoins ont déclaré devant la Cour suprême avoir remis de l’argent liquide en République dominicaine à Koldo García, ancien conseiller de José Luis Ábalos. Le frère de Koldo García aurait ensuite collecté ces fonds sur ordre de Víctor de Aldama.
Responsabilité publique
L’année dernière, la ministre de la Défense Margarita Robles a expliqué au Sénat, à la demande du principal parti d’opposition, le Partido Popular, que la position stratégique de l’île des Caraïbes en faisait une destination cruciale pour les escales et les arrêts techniques. C’est la raison pour laquelle 62 voyages ont été effectués là-bas — et non 63, a-t-elle précisé.
Mais les autorités refusent toujours de dévoiler l’identité des passagers de ces vols, alimentant les soupçons selon lesquels certains d’entre eux pourraient être impliqués dans les affaires de corruption.
Un premier pas vers plus de transparence a toutefois été franchi. Une décision contraignante du Conseil de la transparence, à la suite d’une requête du média El Debate, oblige Pedro Sánchez à divulguer les détails des 122 vols réalisés en 2023 et 2024, avec les noms des passagers, destinations, dates et justifications.
L’accès à ces informations est « d’une grande importance » car elles « contribuent clairement et directement au contrôle de l’activité publique, à la gestion des ressources et à la responsabilité à laquelle l’administration est tenue », indique le rapport.
Cependant, avec la nouvelle loi sur le secret d’État qui devrait être approuvée par le parlement espagnol après la pause estivale, certains affirment que l’exécutif pourra se protéger contre de nouvelles révélations, rapports et fuites qui pourraient porter un coup fatal au gouvernement discrédité de Pedro Sánchez.
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[Édité par Anne-Sophie Gayet]