Le Royaume-Uni se positionne en tant que pionnier de la recherche sur l’édition génomique
Le Royaume-Uni a annoncé une nouvelle législation visant à réduire ce qu’il considère comme des formalités administratives « inutiles » afin d’encourager la recherche sur l’édition génomique.
Dans l’espoir de devenir un pionnier de la biotechnologie après le Brexit, le Royaume-Uni a annoncé une nouvelle législation visant à réduire ce qu’il considère comme des formalités administratives « inutiles » afin d’encourager la recherche sur l’édition génomique.
Des changements de réglementation ont été annoncés par le Département britannique de l’Environnement, de l’Alimentation et des Affaires rurales (DEFRA) jeudi 20 janvier. Ces derniers permettront aux scientifiques de tout le pays d’entreprendre plus facilement des travaux de recherche et de développement sur les plantes en utilisant des technologies génétiques telles que l’édition du génome.
Cette annonce, qui fait suite à la réponse du gouvernement à sa consultation de l’année dernière sur l’édition du génome, intervient alors que le débat sur l’avenir de cette technologie s’intensifie au sein de l’Union européenne.
La Commission européenne réexamine actuellement les règles de l’UE en la matière après la publication d’une étude récente sur les nouvelles techniques génétiques qui a conclu que le cadre juridique actuel de l’UE sur les OGM était insuffisant.
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« Des règles simplifiées en matière d’édition génomique permettent aux chercheurs de développer plus facilement des cultures plus nutritives et plus résistantes et qui nécessitent moins de pesticides », peut-on lire dans une déclaration du gouvernement britannique, qui espère que cela aidera ses agriculteurs à produire « des cultures plus résistantes, plus nutritives et plus productives ».
Selon le communiqué, la nouvelle législation vise également à faire avancer l’ambition du Royaume-Uni de devenir une « superpuissance scientifique mondiale d’ici 2030 ».
« Avec sa sortie de l’UE, le Royaume-Uni est maintenant en mesure de réduire les formalités administratives et d’établir de meilleures normes et réglementations qui servent les intérêts des agriculteurs et des scientifiques britanniques », indique le communiqué.
Dans ce même communiqué, on peut également lire que la législation est la première étape vers l’adoption d’une « approche plus scientifique et plus appropriée » de la réglementation des technologies génétiques, dans l’espoir de favoriser l’innovation.
La déclaration insiste également sur le fait que les nouvelles règles ne réduiront pas les normes environnementales ou de recherche, et que tous les scientifiques effectuant des recherches sur les technologies génétiques devront continuer à informer le DEFRA de tous leurs projets de recherche.
En outre, le Royaume-Uni continuera, dans un premier temps, à classer les plantes génétiquement modifiées comme des organismes génétiquement modifiés (OGM), conformément à l’arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne de 2018.
Cela signifie que la culture de ces plantes à des fins commerciales, de même que tout produit alimentaire qui en est dérivé, relèvera toujours des règles en vigeur aujourd’hui.
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La ministre à l’Agro-Innovation et à l’Adaptation climatique, Jo Churchill, a déclaré que les nouvelles technologies génomiques « pourraient nous aider à relever certains des plus grands défis de notre époque », tels que ceux de la sécurité alimentaire, du changement climatique et de la disparition de la biodiversité.
Le conseiller scientifique principal du DEFRA, Gideon Henderson, a noté que ces nouvelles règles permettraient aux scientifiques d’évaluer plus facilement les nouvelles cultures dans des conditions réelles. « Cela nous permettra d’augmenter notre capacité à exploiter le potentiel de l’édition génomique », a-t-il affirmé.
Dale Sanders, directeur du John Innes Centre, spécialisé dans les sciences végétales et microbiennes, a qualifié l’initiative du gouvernement britannique de « pas dans la bonne direction », mais a appelé à davantage d’ambition.
« Pour tirer le meilleur parti de ces découvertes, nous devons mettre la science à profit pour les consommateurs en rendant des produits disponibles dans les rayons des supermarchés », a-t-il expliqué, espérant un nouvel assouplissement des règles.
Cependant, tous ne se réjouissent pas de cette nouvelle orientation.
Claire Robinson, rédactrice en chef du groupe de campagne GMWatch, a déclaré que le gouvernement était toujours « déterminé » à supprimer les mesures destinées à protéger la santé et l’environnement pour laisser le champ libre à l’industrie des OGM dans le pays.
Elle a souligné que ces décisions avaient été prises en dépit des résultats de la consultation publique menée par le DEFRA lui-même, dans laquelle 85 % des personnes interrogées avaient indiqué qu’elles étaient opposées à une déréglementation.
« Il est difficile de voir comment la recherche peut être facilitée, étant donné que des essais sur le terrain avec des cultures génétiquement modifiées et des cultures transgéniques plus anciennes sont déjà en cours en Angleterre, et le processus pour les faire approuver semble n’être guère plus qu’un simple processus d’approbation automatique », a-t-elle ajouté.
Elle a critiqué les exemples de cas choisis par le gouvernement dans son étude visant à montrer le potentiel de l’édition génomique, notamment ceux de la betterave sucrière résistante aux virus et les tomates résistantes aux maladies, soulignant que beaucoup de ces exemples n’étaient pas nécessaires car des solutions non-OGM aux problèmes cités existaient déjà, tandis que d’autres comportaient des « risques complexes ».
« [Le gouvernement britannique] devrait exiger davantage de tests indépendants sur ces produits, au lieu d’essayer de retirer les protections déjà en place », a-t-elle critiqué.