Le RN ouvre une nouvelle ère à Bruxelles en rompant avec ses alliés allemands de l'AfD

Le président du Rassemblement national (RN), Jordan Bardella, a annoncé mardi (21 mai) qu’il rompait son alliance avec le parti Alternative pour l’Allemagne (AfD). L’extrême-droite de l’hémicycle européen sera définitivement différente après les élections du 9 juin.

Euractiv France
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« Je confirme que nous ne siégerons plus ensemble. L’AfD a franchi des lignes rouges », a confirmé M. Bardella lors d’un débat sur LCI mardi soir (21 mai 2024). [Union européenne 2022]

Le président du Rassemblement national (RN), Jordan Bardella, a annoncé mardi (21 mai) qu’il rompait son alliance avec le parti Alternative pour l’Allemagne (AfD). L’extrême-droite de l’hémicycle européen sera définitivement différente après les élections du 9 juin.

« Je confirme que nous ne siégerons plus ensemble. L’AfD a franchi des lignes rouges », a confirmé M. Bardella lors d’un débat sur LCI mardi soir.

Cette décision fait suite à une intervention jugée problématique de Maximilian Krah, la tête de liste de l’AfD pour les élections européennes. « Je ne dirais pas que quiconque porte un uniforme SS est automatiquement un criminel », a-t-il déclaré à la presse italienne samedi 18 mai. La SS était l’une des principales organisations paramilitaires du régime nazi, initialement chargée de la protection d’Adolf Hitler.

« En conséquence, le RN aura de nouveaux alliés après les élections. Les groupes du Parlement européen seront remis à zéro après le scrutin du 9 juin », a ajouté M. Bardella.

Des mois de tensions

Ce n’est pas le premier scandale de l’AfD impliquant l’histoire nazie. Un tribunal allemand a infligé en avril dernier une amende de 13  000 euros à Björn Höcke, figure importante du parti, pour avoir utilisé à plusieurs reprises le slogan nazi « Alles für Deutschland » (« Tout pour l’Allemagne », en français).

Les relations entre la seconde délégation du groupe au Parlement européen Identité et Démocratie (ID), le RN, et la troisième, l’AfD, se détériorent depuis des mois.

Les révélations du média allemand Correctiv, en janvier dernier, sur une réunion à Postdam entre des groupuscules d’ultra-droite et des membres de l’AfD pour discuter d’un programme de « remigration » des immigrés et des Allemands d’origine étrangère, avaient déjà jeté de l’huile sur le feu.

La présidente du RN, Marine Le Pen, avait alors sèchement demandé à ses alliés allemands de faire toute la lumière sur cette affaire, en remettant en cause l’alliance entre les deux mouvements.

Finalement, une réunion à huis clos à Paris entre Marine Le Pen, Jordan Bardella et la présidente de l’AfD Alice Weidel avait été organisée fin février. L’évocation de cette rencontre par Mme Weidel avait d’ailleurs achevé d’irriter Mme Le Pen.

Ces discussions ont précédé des soupçons d’ingérence étrangère dans les rangs de l’AfD qui ont mené à des perquisitions dans les bureaux bruxellois de M. Krah et dans ceux du député AfD Petr Bystron, respectivement pour suspicions d’espionnages chinois et russe.

Remaniement en vue

Contactés à la suite de chacun de ces évènements pour commenter leurs relations avec l’AfD, les responsables du RN ont toujours botté en touche. Aucune décision ne pouvait théoriquement être prise avant les résultats du scrutin du 9 juin, qui aurait défini, en fonction des scores de chacun des partis, les futurs équilibres et la gestion des différents.

Autrement dit, un mauvais score de l’AfD aurait assuré son ostracisation. Sauf que le parti est actuellement à 17 % des intentions de vote dans le dernier sondage d’Euronews, ce qui en fait la deuxième force outre-Rhin.

Le RN, en tête des derniers sondages en France avec 32 % des intentions de vote, semble avoir tout de même décidé de prendre les devants et refuse finalement, quoi qu’il advienne, de siéger avec l’AfD après les élections.

En conséquence, « il est évident que la composition et la disposition des groupes seront différents à l’issue du 9 juin », confie le directeur de campagne de M. Bardella, Alexandre Loubet, à Euractiv.

« Nous discutons avec énormément de partis, comme en témoigne notre participation à l’évènement Europa Viva », grand-messe du conservatisme occidental organisée du 17 au 19 mai à Madrid par le parti d’extrême-droite espagnol Vox, membre du groupe des Conservateurs et réformistes européens (ECR) au Parlement européen.

Le Pen en tournée

Marine Le Pen a passé toute la journée du dimanche en bonne place entre le président du parti Vox, Santiago Abascal, et sa tête de liste, Jorge Buxadé.

Elle a aussi profité de son séjour en Espagne pour rencontrer Kinga Gal, la vice-présidente du Fidezs du Premier ministre hongrois Viktor Orban. Le mouvement compte 12 eurodéputés au Parlement européen, qui ne siègent dans aucun groupe et qui font l’objet de toutes les convoitises.

Aucun représentant de l’AfD n’a participé à EuropaViva, tout comme aucun n’a participé aux derniers évènements des conservateurs européens organisés en avril, à Bruxelles et à Budapest.

« Les partis sont souverains d’inviter qui ils veulent. Il y a d’ailleurs pas mal de réserve sur certaines positions fermes de l’AfD. Nous en prenons acte », a déclaré à Euractiv Thibaut François, ex-secrétaire général du groupe ID et député du RN, à l’issue de l’évènement madrilène.

La rupture consommée par le RN a été communiquée à l’ensemble des délégations du groupe ID, informe M. Loubet. Le parti italien leader d’ID, La Lega, a déclaré que « comme toujours, Matteo Salvini (leader de La Lega) et Marine Le Pen sont parfaitement alignés et en accord ».