Le rêve américain d'Obama laisse l'Europe songeuse [FR]
Les Européens semblent ahuris et troublés par la décision des Etats-Unis d'élire à la Maison Blanche un symbole du changement. Certains d'eutre eux souhaitent que leurs propres sociétés soient capables d'un tel progrès. D'autres, par contre, sont sceptiques par rapport à la capacité du président élu Barack Obama d'apporter un véritable changement. C'est ce qu'ont révélé différentes contributions du réseau EURACTIV.
Les Européens semblent ahuris et troublés par la décision des Etats-Unis d’élire à la Maison Blanche un symbole du changement. Certains d’eutre eux souhaitent que leurs propres sociétés soient capables d’un tel progrès. D’autres, par contre, sont sceptiques par rapport à la capacité du président élu Barack Obama d’apporter un véritable changement. C’est ce qu’ont révélé différentes contributions du réseau EURACTIV.
Tolérance et nationalisme
« Quand est-ce que la Hongrie aura un Premier ministre rom ? Quand est-ce que le pays sera suffisamment mature pour prendre une telle décision? », se demande un bloggueur hongrois. La Hongrie a une communauté rom de près de 600 000 personnes, et bien que Budapest ait fait des efforts importants pour mettre en place une politique efficace, la communauté rom reste largement marginalisée, comme dans d’autres pays d’Europe de l’Est.
En effet, l’élection d’un président américain noir a suscité des questions en Europe sur la tolérance ethnique des sociétés du vieux continent. Un responsable politique européen a déjà été surnommé « le Barack Obama européen » : il s’agit de Cem Ozdemir, eurodéputé allemand d’origine turque qui a récemment été élu co-président du parti des verts en Allemagne (EURACTIV 17/11/08).
Mais un certain nombre d’Européens considèrent cette décision comme une tentative de copier les Américains plutôt que d’un véritable « choix de civilisation », a fait remarquer à EURACTIV Slovaquie l’eurodéputé slovaque Milan Ga?a.
« Le fait que Barack Obama sera le premier Afro-américain de l’histoire à occuper le siège le plus important à la Maison Blanche représente, quarante ans après la mort de Martin Luther King, une étape importante du développement de la société américaine et peut faire avancer tout notre civilisation dans la bonne direction », a indiqué M.Ga?a.
Outre la question de la tolérance ethnique, les Européens luttent également avec la résurgence du nationalisme. Un bloggueur hongrois de nationalité slovaque a écrit : « L’élection de M. Obama, c’est un rêve qui se concrétise. Un rêve qui peut donner de la force à un Slovaque hongrois ». Il a ajouté avec une pointe de scepticisme : « Imaginez un Hongrois [slovaque] arriver à cela […] après 20 ou 30 ans ! ».
La politique en ligne
Un grand nombre d’Européens admirent l’utilisation d’Internet dans la société américaine et les compétences sans précédent de l’équipe de M. Obama, qui a transformé le processus électoral en une discussion (EURACTIV 04/11/08).
Fait révélateur, Margot Wallström, vice-président de la Commission européenne responsable de la communication, a écrit dans son blog : grâce à Internet, le processus électoral a ressemblé davantage à une discussion ouverte, car la mentalité est clairement plus communautaire sur le web. Elle a ajouté que l’Europe aura des leçons à tirer, mais elle reviendra sur cette question ultérieurement.
En effet, l’Europe aura besoin se pencher sur cette question, les élections européennes l’attendant au tournant en juin 2009.
Changer ou ne pas changer
Le changement de l’approche unilatérale des Etats-Unis à l’égard de la politique internationale semble être l’espoir le plus important des Européens, des questions telles que la guerre en Irak et la guerre contre le terrorisme ayant suscité une division transatlantique au cours des années Bush.
Mais les représentants du gouvernement de la République tchèque, qui est actuellement à la tête de l’UE, espèrent qu’il n’y aura pas de changement majeur dans la politique étrangère américaine.
L’installation d’un système de défense antimissile basé sur le territoire tchèque est considérée par le gouvernement conduit par des conservateurs comme une priorité majeure. En effet, le Premier ministre Mirek Topolanek tente de négocier son installation en échange de la ratification du traité de Lisbonne (EURACTIV 18/12/08). La ratification du traité de Lisbonne a été reportée précisément en raison du fait que Prague attendait que M. Obama prenne position sur le système de défense antimissile.
C’est une autre raison pour laquelle l’opposition tchèque des sociaux démocrates, menée par Jiri Paroubek, espère que les plans militaires américains changeront. Lundi (19 janvier), le quotidien tchèque Hospodarke noviny a rapporté que la future sous-secrétaire à la défense Michele Flournoy aurait déclaré au Congrès que les plans antimissiles pourraient être réévalués dans un contexte de sécurité européenne plus large impliquant des relations entre les Etats-Unis et la Russie.
Est ce que cela rendra le radar inutile ? Le ministre tchèque des Affaires étrangères refuse d’accepter que cela signifierait la fin du projet de radar, rapporte le même quotidien.
Le pain ne sera pas moins cher après l’investiture d’Obama
En France, le président Nicolas Sarkozy, qui a été le premier à accueillir M. Obama sur le sol européen au palais de l’Elysée, alors qu’il était toujours en campagne pour la Maison Blanche en juillet 2008, avait appelé le futur président « mon copain ».
Mais désormais, M. Sarkozy semble être moins enthousiaste. Le quotidien Le Parisien cite ainsi des proches du président : « [Obama] est là pour défendre les intérêts des Etats-Unis, pas pour nous faire des cadeaux! ».
La sagesse populaire des Européens de l’Est semble aller dans la même direction. Les responsables politiques slovaques dans leur ensemble n’ont pas montré très expansifs à l’occasion des élections américaines. Le Premier ministre du pays, Robert Fico, a répondu aux journalistes, qui lui ont demandé à plusieurs reprises de commenter l’élection, en déclarant que le pain ne sera pas moins cher après l’investiture d’Obama. Il a ensuite décliné tout commentaire supplémentaire sur le choix qu’ont fait les Américains.
Stanley Crossick, un analyste politique et président fondateur de l’European Policy Center, écrit sur Blogactiv qu’ « il y aura probablement beaucoup moins de changements dans la substance des objectifs en matière de politique étrangère que dans le style ». Etant données les difficultés économiques actuelles auxquelles sont confrontés les Etats-Unis, M. Crossick a prédit que les premières priorités du nouveau président seront nationales, et a déclaré que « cela prendra un temps considérable pour qu’une politique étrangère cohérente soit élaborée».
L’initiative européenne sur le climat en péril ?
Sur le front environnemental, de nombreux analystes (EURACTIV 19/01/09) ont prédit que M. Obama dépassera l’Europe en matière d’écologie en adoptant un agenda ambitieux sur le changement climatique.
Willy de Backer, fondateur du site 3EIntelligence, écrit sur Blogactiv que l’Europe peut perdre son « initiative sur le climat » autoproclamée. De plus, M. de Backer voit un climat « contre-révolutionnaire » dans l’UE contre le paquet énergie et climat de la Commission, mené par les nouveaux Etats membres (qui, dit-il, n’ont jamais eu de révolution verte ou de mouvements environnementaux forts à l’origine).
La Turquie pourrait devenir hostile
S’il y a un endroit en Europe où l’élection de M. Obama n’a soulevé aucun enthousiaste, c’est la Turquie. Bien que la majorité des Turcs apprécient M. Obama, leur sentiment pourrait changer. Les principales raisons sont les remarques de M. Obama sur ce à quoi l’on se réfère officiellement à Ankara sous les termes d’ « événements de 1915 » – les assassinats massifs d’Arméniens par les Ottomans- et la question chypriote. En effet, M. Obama ne s’est pas fait d’amis à Ankara en qualifiant la Turquie d’occupant de l’île divisée.
Contrairement à l’Europe de l’Est, l’anti-américanisme semble émerger en Turquie. Il semble que ce sentiment se soit renforcé au cours des deux mandats de Georges W. Bush.
Quand M. Obama a annoncé que le sénateur Joe Biden était désigné comme son vice-président, cela a suscité des émotions négatives en Turquie, selon EURACTIV Turquie.
L’opinion publique turque considère le vice-président américain M. Biden comme trop proche des groupes de pression grecs et arméniens, et on lui a également reproché d’avoir proposé la division de l’Irak en trois parties, y compris une partie kurde, ce que la Turquie considère comme une menace.