Le renflouement de Chypre montre l’« absence de valeurs » de l’UE
EXCLUSIF / La revendication de l’Europe d’être une union des valeurs est « plutôt morne », a déclaré l’ambassadeur russe Vladimir Chizhov à EURACTIV lors de son premier entretien public depuis le renflouement de Chypre.
EXCLUSIF / La revendication de l’Europe d’être une union des valeurs est « plutôt morne », a déclaré l’ambassadeur russe Vladimir Chizhov à EURACTIV lors de son premier entretien public depuis le renflouement de Chypre.
Vladimir Chizhov, un ancien diplomate à Chypre (1985-1992) et représentant spécial de la Russie (1997-2000), a indiqué que le renflouement de Chypre, équivalait à un « scalp ».
La description d'un grand nombre de Russes qui résident sur l'île comme des oligarques représentait une « perception très erronée dans les médias occidentaux », a-t-il ajouté.
Des oligarques détiennent peut-être de l'argent à Chypre, « mais ces Russes qui y résident sont soit des représentants de PME soit des retraités », a-t-il précisé.
Sur un ton provocateur, l'ambassadeur russe a déclaré que le renflouement de Chypre devrait être évalué en fonction « des paroles nobles de l'UE à propos des valeurs ».
L'union des valeurs semble plutôt morne
L'imposition d'une décote aux déposants est contraire au principe sacré de la propriété privée et les contrôles des fonds propres enfreignent la liberté de circulation des capitaux, a déclaré M. Chizhov, en ajoutant : « Tout ceci confirme que cette union basée sur des valeurs [semble] plutôt morne, avec tout le respect dû à la complexité de la situation, bien sûr. »
L'ambassadeur a indiqué que la Russie garderait d'« excellentes relations » avec Chypre et renégocierait les conditions de remboursement du prêt de 2,5 milliards d'euros accordé à l'île en 2011.
Il a également refusé d'exclure une aide supplémentaire et a souligné que « tout ce que nous faisons n'entrera pas en concurrence avec l'UE ».
Selon M. Chizhov, la Russie était particulièrement sensible à Chypre en raison de « périodes douloureuses de sa propre histoire », telles que la révolution bolchévique et une crise monétaire en 1990, « lorsque des actifs ont été confisqués et que les gens ont perdu leurs économies ».
L'union économique eurasienne propose à l’Ukraine une adhésion à part entière
À propos de l'élargissement de l'UE, l'ambassadeur russe a déclaré que son pays avait tiré les leçons des erreurs de Bruxelles en créant sa propre union économique eurasienne. Il a ajouté que la Russie proposait à l'Ukraine une « adhésion à part entière ».
L'ambassadeur a résisté aux tentatives de décrire l'Ukraine comme un pays qui oscille entre Bruxelles et Moscou et qui « doit choisir et décider qui suivre ».
« L'UE n'a jamais promis, et ne le fera jamais selon moi, l'adhésion à part entière de l'Ukraine à l'Union. Alors que l'union économique eurasienne lui offre depuis le début […] », a expliqué M. Chizhov, en soulignant l'importante d'un tel bloc commercial.
S’exprimant sur des liens culturels et économiques forts entre la Russie et l'Ukraine, il a déclaré : « Lorsque les commentateurs occidentaux parlent d'"Ukraine orientale russophone", c'est ridicule, car tout le pays parle russe et ukrainien. »
Il a indiqué qu'une période de « relations difficiles » entre la Russie et l'Ukraine à l'époque de l’ancien président ukrainien Viktor Iouchtchenko était « à présent dernière nous ».
« Les Ukrainiens ont remarqué que ces politiques ne menaient nulle part. »
L'OTAN livre de nouvelles batailles avec de vieilles armes
La Russie considère l'élargissement de l'UE comme un « processus naturel », a indiqué l'ambassadeur. Il espère toutefois que l'UE « sera aussi réceptive et tolérante face aux processus d'intégration parallèles tels que l'intégration eurasienne, qui, je peux vous l'assurer, va dans le même sens que l'intégration européenne il y a des années ».
« Trop se concentrer sur l'élargissement au détriment du renforcement de l'intégration pourrait être contre-productif à un certain moment », a-t-il déclaré, en précisant qu'il s'agissait d'une des leçons que la Russie avait tirées de l'intégration européenne et que ce principe s'appliquerait à l'union eurasienne.
Dans le même temps, l'ambassadeur russe a rejeté l'élargissement de l'OTAN et l'a qualifié de « tentative d'aborder les défis du XXIe siècle liés à la sécurité avec des moyens stratégiques et matériels de la moitié du XXe siècle, créée dans des buts distincts et à des époques différentes ».
Syrie : lever l'embargo enfreindrait la déclaration de l'UE
À propos de la crise syrienne en cours, il a déclaré que la pression franco-britannique en faveur d'une levée de l'embargo sur les armes pour les rebelles syriens « ressemblait à une logique déformée », car la France et le Royaume-Uni estiment que « la fourniture d'armes dans un camp [..] aidera à mettre fin à la violence ».
Dès que Bachar-Al Assad sera évincé, les rebelles « commenceront immédiatement à se battre entre eux, en utilisant les armes que les Français et les Britanniques veulent fournir, et que d'autres envoient déjà. »
Cette décision enfreindrait le code de conduite européen en matière d'exportation d'armements de 1998, a-t-il ajouté.
« Ce document, créé par l'UE elle-même, stipule que des armes ne devraient pas être fournies dans des zones de conflit ou dans des pays où les droits de l'Homme sont violés. Je ne sais pas comment cela cadre avec les intentions de la Grande-Bretagne et de la France », a expliqué M. Chizhov.
L'ambassadeur a indiqué que l'opposition à la décision franco-britannique lors du dernier sommet de l'UE lui « donne suffisamment de motifs pour conclure que la raison prévaut toujours au sein de l'UE ! ».