Le référendum sur Lisbonne, un obstacle parmi d’autres pour Dublin [FR]
Le référendum irlandais de cette semaine sur le traité de réforme de l’UE n’est que la première des trois menaces majeures pesant sur le gouvernement irlandais et sur ses efforts de lutte contre la crise financière qui a paralysé l’économie à la croissance la plus rapide d'Europe.
Le référendum irlandais de cette semaine sur le traité de réforme de l’UE n’est que la première des trois menaces majeures pesant sur le gouvernement irlandais et sur ses efforts de lutte contre la crise financière qui a paralysé l’économie à la croissance la plus rapide d’Europe.
Bruxelles a besoin d’une ratification du traité de Lisbonne par l’Irlande pour que les Vingt-sept soient un acteur fort sur la scène internationale et pour éviter une paralysie politique. Mais c’est le premier ministre irlandais Brian Cowen qui a le plus besoin d’un vote « oui », vendredi.
Les électeurs irlandais ont déjà rejeté le traité avec un « non » vigoureux l’année passée. Un second rejet pourrait détériorer la réputation du pays et faire exploser ses coûts d’emprunt, marquant le retour aux jours sombres de février-mars où les investisseurs craignaient qu’un effondrement bancaire force le FMI à lancer le sauvetage de l’économie de l’ex- « Tigre celtique ».
Un vote « non » pourrait mettre en péril la relance
Sur les marchés financiers, le « non » donnerait la fausse impression que l’Irlande est hostile à l’Europe et même à la monnaie commune. Si nous votions « non », de grandes incertitudes seraient nourries, et les gens se mettraient immédiatement à imaginer que nous pourrions déboucher sur une monnaie flottante. Toutes les analogies en rapport avec l’Islande reverraient le jour très rapidement, a déclaré Noel O’Halloran, responsable principal des investissements chez KBC Asset Management à Dublin.
Je pense que les marchés spéculeraient de nouveau sur la nécessité pour le FMI de secourir l’Irlande, a-t-il dit. Ce serait un scénario à la « tirer d’abord, poser les questions ensuite ». L’Irlande emprunte 400 millions d’euros par semaine pour financer ses dépenses quotidiennes en période de récession, et le coût de cette dette pourrait sévèrement augmenter.
Les marges de rendement de la dette irlandaise ont approximativement diminué de moitié pour atteindre un record vieux de 16 ans de 290 points de base en mars, selon Alan McQuaid, économiste chez Bloxham Stockbrokers. Mais il prédit qu’un rejet du traité de Lisbonne ferait passer la prime des obligations irlandaises à 10 ans au-delà de celle des obligations allemandes, qui sont la référence de la zone euro à 200 points de base ou plus.
Un récent sondage d’opinion montre qu’une majorité d’électeurs irlandais soutiennent maintenant le traité de Lisbonne, qui vise à accélérer la prise de décision de l’Union européenne. Mais le vote pourrait être serré en raison d’un ressentiment contre le gouvernement et un désir de punir M. Cowen pour sa gestion de la crise économique.
Je pense qu’un « oui » est plus probable qu’un « non », selon Richard Sinnott, professeur de science politique au University College de Dublin. Mais je me garde de toute affirmation catégorique parce que les référendums connaissent une plus grande volatilité des votants que les élections, a-t-il ajouté. On ne peut exclure un balancement final dans l’une ou l’autre direction, a-t-il dit.
La forte position des écologistes irlandais
M. Cowen entamait sa cinquième semaine au poste de premier ministre quand l’Irlande a rejeté le traité de Lisbonne pour la première fois, en 2008. Un second « No ! » le forcerait à démissionner, mais ne sonnerait pas nécessairement la fin de son gouvernement de coalition centre-gauche.
Son administration court un plus grand risque le 10 octobre, lorsque les membres d’un petit parti de la coalition, les Verts, voteront sur un programme révisé pour le gouvernement et un projet de « structure de défaisance » (ou « banque poubelle ») de 54 milliards d’euros pour ressusciter le système financier.
Les Verts (gauche) quitteraient le gouvernement si ses rejettent l’une ou l’autre question. Cela provoquerait une élection éclair, coulerait les projets de Dublin de purger ses banques de 77 milliards d’euros en prêts immobiliers risqués, et ferait gravement baisser leurs actions et obligations.
Le principal parti d’opposition, Fine Gael, qui selon toute probabilité mènerait un nouveau gouvernement, s’oppose au projet de structure de défaisance, et réclame que les titulaires d’obligations bancaires et actionnaires assument le nettoyage des bilans. Fine Gael privilégie une nationalisation en cas d’échec.
M. Cowen a offert plusieurs concessions aux Verts pour s’assurer de leur soutien la semaine prochaine, y compris la possibilité de l’instauration d’une taxe carbone dans le budget de décembre ainsi qu’un ajustement de la législation pour créer une Agence nationale de gestion des actifs (NAMA) ou une structure de défaisance pour diminuer le risque supporté par les contribuable.
Les concessions ne vont pas aussi loin que le souhaitaient les Verts, mais les analystes croient qu’elles suffiront. Les parlementaires du Parti vert ne veulent pas d’une élection, c’est pourquoi ils désirent une NAMA aussi satisfaisante que possible aux yeux de leurs adhérents et partisans, a déclaré M. Sinnott.
Selon mon jugement, ils ont probablement fait assez pour s’assurer de ce soutien. Toutefois, un rejet de Lisbonne faciliterait la tâche aux membres écologistes pour voter contre les deux projets. Et les règles du parti exigent une approbation à la majorité des deux tiers.
Voilà qui fera du vote du 10 octobre, impliquant environ 700 militants écologistes, un épisode à rebondissement, encore davantage que le référendum sur Lisbonne (le 2 octobre). Qu’ils survivent aux deux épreuves, et M. Cowen avec son parti Fianna Fail y gagnerait un avantage certain, qui ne devrait pourtant pas durer longtemps.
Un autre budget d’austérité, en décembre, fait déjà surgir le spectre d’une action industrielle généralisée et pourrait causer un accrochage avec les Verts ainsi qu’avec ses propres députés sans portefeuille. En termes de risque politique, le budget est une dossier chaud, a déclaré M. Sinnott.
(EURACTIV avec Reuters. Traduit de l’anglais par EURACTIV)