Le Rassemblement national est « aligné » sur la Russie, selon un rapport parlementaire
Dans un rapport parlementaire à paraître lundi (5 juin), la députée Constance Le Grip pointe la relation « privilégiée » entre le régime russe et le Rassemblement national de Marine Le Pen, qui dénonce une démarche « malhonnête ».
Dans un rapport parlementaire à paraître lundi (5 juin), la députée Constance Le Grip pointe la relation « privilégiée » entre le régime russe et le Rassemblement national de Marine Le Pen, qui dénonce une démarche « malhonnête ».
La commission d’enquête sur les ingérences étrangères dans la vie politique, économique et financière française a été lancée en septembre 2022 par le Rassemblement national, pour couper court aux accusations sur ses prétendus liens avec la Russie. Le parti de Marine Le Pen espérait ainsi laver son honneur et clarifier une fois pour toutes l’absence d’ingérence russe dans ses instances.
La rapporteure, Constance Le Grip (Renaissance), a soumis son rapport au vote des membres de la commission jeudi (1er juin). Le texte sera publié lundi prochain (5 juin).
Selon les révélations de Mediapart et franceinfo, confirmées à EURACTIV par des sources parlementaires proches du dossier, le rapport détaille les liens entre la Russie et le Front national (devenu Rassemblement national) et affirme une « convergence » avec les positions du Kremlin.
Rhétorique russe
D’abord, le rapport constate l’« alignement total sur le discours russe » de la part du RN.
La rapporteure, Mme Le Grip, cite notamment la position de Marine Le Pen et de son parti sur la Crimée, qui serait « russe » malgré le consensus de l’Occident sur la question. Mme Le Pen a réitéré ces propos « lors de son audition par la commission d’enquête, [qui] reprennent mot pour mot les éléments de langage officiels du régime de Poutine ».
D’ailleurs, note Mme Le Grip, « des titres de presse russe se faisaient avec grande satisfaction l’écho de [cette] affirmation », ce qui montre que Marine Le Pen et son parti seraient une « courroie de transmission efficace » de la propagande du Kremlin.
Le rapport rappelle d’ailleurs que Marine Le Pen s’était opposée à l’annulation de la vente de bâtiments militaires (navires, hélicoptères), décidée par le président socialiste François Hollande en 2015, environ un an après l’annexion de la Crimée suite à un referendum fantoche organisé par les autorités russes occupantes.
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Néanmoins, le rapport reconnaît « une atténuation des prises de position pro-russes du Rassemblement national et de Mme Le Pen » à partir de l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022.
Les déplacements effectués en Russie, en Crimée occupée ou dans le Donbass, effectués par des responsables du RN avant la guerre en Ukraine — dont les eurodéputés Thierry Mariani et Philippe Olivier — sont également pointés.
Lors d’une mission d’observation, l’ancienne eurodéputée Hélène Laporte, aujourd’hui vice-présidente de l’Assemblée nationale française, avait par exemple loué « une leçon de démocratie » du référendum constitutionnel de 2020 en Russie, qui a permis à Vladimir Poutine de prolonger son maintien au pouvoir.
Le prêt russe
Tout au long des auditions, les membres de la commission ont notamment cherché à savoir si le prêt contracté par le Front national en 2014 auprès d’une banque russe, de 9 millions d’euros, avait pu influencer les positions du parti, ce que Mme Le Pen récuse, arguant avoir été contrainte à chercher un financement hors d’Europe.
Le rapport considère que Marine Le Pen a été « évasive sur ses souvenirs » et « peu curieuse » quant à l’origine des fonds — un sentiment partagé par plusieurs membres de la commission contactés par EURACTIV.
Après un contrôle sur pièces à la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques et aux services de renseignement économique (Tracfin), la rapporteure pointe le fait qu’aucune garantie n’aurait été apportée par le FN au prêteur — contrairement aux usages. Aussi, le rééchelonnement du remboursement du prêt (décalé de 2019 à 2028) constitue un « avantage certain et conséquent ».
Dès lors, le rapport s’interroge sur la corrélation entre « les motivations qui ont conduit à l’octroi de ces prêts par des établissements russes au FN puis au RN, alors que le parti a multiplié les marques de soutien et de proximité envers le pouvoir russe ». Le texte souligne aussi les votes des eurodéputés RN « systématiquement » alignés sur des positions pro-russes.
Suite aux premières fuites dans la presse, Marine Le Pen a réagi en dénonçant « un procès politique » et un rapport « malhonnête et tout à fait politisé », dans lequel « il n’y a rien », a rapporté l’AFP. Les députés RN membres de la commission ont d’ailleurs voté « contre » le rapport.
En tout état de cause, le rapport évoque une influence de la Russie auprès de personnalités politiques de différents camps, mais aussi une relation « privilégiée » entre le régime russe et le RN.
Cela s’explique surtout par la « forte convergence de vues avec le pouvoir russe sur un certain nombre de valeurs politiques et de questions géopolitiques ». Le rapport fait état d’une « stratégie de rapprochement politique et idéologique » qui se serait « structurée et accélérée » lorsque Marine Le Pen a été élue présidente du FN.
Outre le cas français, la Russie est accusée d’exercer son influence aussi auprès d’autres partis européens. En Italie, la Lega de Matteo Salvini (également affiliée à Identité et Démocratie au Parlement européen) est le seul parti européen à avoir scellé un accord de « collaboration » avec Russie unie, le parti de Vladimir Poutine.
À ce stade, il n’est toujours pas clair si l’accord a été résilié, dès lors qu’il prévoyait une reconduction tacite, et pourrait donc toujours être en vigueur.