Le Rassemblement national de plus en plus crédible, notamment à droite

Marine Le Pen et son parti gagnent en crédibilité, surtout à la droite de l’échiquier politique, bien qu’elle soit encore perçue comme un danger pour la démocratie par une majorité de Français, selon un sondage.

Euractiv France
Questions to the government at the national assembly in Paris
La députée et présidente du groupe Rassemblement national Marine Le Pen (C), à l'Assemblée nationale le 22 novembre dernier. [EPA-EFE/CHRISTOPHE PETIT TESSON]

Marine Le Pen et son parti gagnent en crédibilité, surtout à la droite de l’échiquier politique, bien qu’elle soit encore perçue comme un danger pour la démocratie par une majorité de Français, selon un sondage.

Une étude de Kantar Public-Epoka pour Le Monde et Franceinfo montre que Marine Le Pen enregistre des hausses importantes sur des qualités liées à l’exercice du pouvoir, étant considérée « capable de prendre des décisions » (57 %, + 5 points), « compréhensive des problèmes des Français » (52 %, + 10 points) et « capable de rassembler » (45 %, + 13 points). Une reprise après la brusque baisse encaissée dans l’étude de 2018, la première après l’élection présidentielle de 2017.

Une image qui « s’adoucit », selon les auteurs de l’étude, pour celle qui est davantage vue comme représentante d’une « droite patriote et attachée aux valeurs traditionnelles » (48 %) que comme une dirigeante d’ « extrême droite nationaliste et xénophobe » (36 %).

Malgré cela, Marine Le Pen demeure majoritairement qualifiée de « danger pour la démocratie », par 54 % des Français, loin devant ses principaux concurrents de 2022, Jean-Luc Mélenchon (39 %) et Emmanuel Macron (36 %). « Crédibilisation n’est pas synonyme de banalisation », notent les experts de Kantar.

Le RN, première force d’opposition…

L’image du parti est meilleure, celui-ci étant jugé démocratiquement dangereux par 46 % des répondants, chiffre en recul de 12 points depuis 2017. En effet, en cinq ans, les Français sont de plus en plus nombreux à considérer le RN comme un parti ayant « la capacité de participer à un gouvernement ». Logiquement, de moins en moins sont convaincus par l’idée qu’il n’est qu’un parti ayant « vocation à rassembler les votes d’opposition ».

Le détail par fidélité partisane montre que plus d’un électeur sur quatre de la gauche et d’Emmanuel Macron est enclin à qualifier le RN de « parti de gouvernement » – respectivement 27 et 28 %. À droite, chez Les Républicains, cette opinion est désormais majoritaire (51 %), enregistrant un bond de 19 points par rapport à la précédente étude.

De manière générale, le RN est vu comme « la principale opposition à Emmanuel Macron » par 40 % des Français, devant l’alliance de la NUPES (33 %) et Les Républicains (3 %).

Interrogés sur le niveau d’adhésion « global » aux idées qu’il porte, le total des personnes « en désaccord » atteint 57 %, le plus bas niveau depuis 1984. À l’inverse, le nombre de sondés se disant « en accord » avec les idées du RN croît de manière constante depuis 6 ans, pour atteindre 31 % en 2022.

… malgré des idées peu consensuelles

Or, soumises aux sondés dans le détail, les idées et propositions portées par le Rassemblement national ne sont pas pour autant consensuelles dans la société française.

Celles qui sont majoritaires dans l’opinion stagnent à des niveaux parmi les plus bas jamais enregistrés depuis le début des années 2000. C’est notamment le cas de la défense des valeurs traditionnelles françaises, soutenue par 63 % des répondants contre 73 % dans les années 2000 et 2015, ou encore du projet d’une justice davantage répressive vis-à-vis de la petite délinquance, qui séduit 61 % des interrogés, contre 71 % en 2003.

Les thèses et propositions concernant l’Islam sont aussi au plus bas depuis qu’elles sont sondées, une minorité de Français (41 %) considérant que l’ « on accorde trop de droits à l’Islam et aux musulmans en France », une proportion de 13 points en deçà à celle de 2013.

Il en va de même des opinions du parti d’extrême droite sur les étrangers, dès lors que l’idée selon laquelle « on ne se sent plus vraiment chez soi en France » convainc en 2022 (36 %) moins que dans les années 2000-2005 (44 et 48 %).

Ainsi, la « normalisation du Rassemblement National dans le paysage politique français ne semble donc pas signifier pour autant un durcissement de la société », constate l’étude.

L’euroscepticisme de Marine Le Pen et de l’extrême droite française continue de faire douter une large partie de l’électorat : seuls 29 % considèrent que « la construction de l’Europe est une menace pour l’identité de la France ». Le parti lepéniste a par ailleurs abandonné d’anciens chevaux de bataille comme le projet d’un Frexit et la sortie de l’euro.

La possibilité d’alliances au cas par cas

Alors que les groupes de l’Assemblée sont tiraillés sur l’opportunité ou non de voter des textes avec les députés du Rassemblement national, l’opinion semble plutôt pencher en faveur de cela. Ainsi, 56 % des sympathisants de la NUPES considèrent que leurs élus devraient « voter avec le RN s’ils sont d’accord avec le texte », 31 % s’y opposant. Il en va de même pour 60 % des Républicains.

« Le RN gagne en crédibilité », analyse l’institut d’opinion, ce qui explique que « l’hypothèse de votes communs avec lui à l’Assemblée nationale n’est pas rejetée par les Français ». Au contraire, détaillent les auteurs de l’étude, « les Français voient aujourd’hui les députés RN comme des députés comme les autres ».

Une image améliorée, qui pourrait permettre à Mme Le Pen de conquérir l’Elysée ?

Fin octobre, l’IFOP a sondé les Français sur leur comportement électoral, six mois après la présidentielle, si celle-ci se tenait à nouveau avec les mêmes candidats. Il en était ressorti une très forte progression de Marine Le Pen, qui, gagnant 6,5 points d’intentions de vote se serait hissée à la première place du premier tour (30 %) devant un Emmanuel Macron en légère progression (29 %).

La simulation du second tour consacrerait à nouveau M. Macron comme gagnant (53 %), mais avec une distance autrement plus réduite qu’en avril 2022 sur sa concurrente d’extrême droite (47 %), de 6 points seulement contre 17 points lors de la présidentielle, lorsqu’il l’avait battue avec 58,5 % des voix.