Le PS prêt à en découdre avec les conservateurs européens

Depuis trois jours, les réactions pleuvent après la publication du document du PS sur l'Europe. La gauche est divisée, la droite condamne. En Allemagne, en off, les critiques ne sont pas moins nourries.

/ EURACTIV.fr
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Depuis trois jours, les réactions pleuvent après la publication du document du PS sur l’Europe. La gauche est divisée, la droite condamne. En Allemagne, en off, les critiques ne sont pas moins nourries.

Feu d’artifice le vendredi, déminage le week-end. C’est cette orchestration en deux temps qui a rythmé les débats politiques de ces trois derniers jours, après la publication, vendredi 26 avril, du très remarqué document sur l’Europe du parti socialiste. Un texte où les propositions de fond ont été chassées par les chicanes politiques franco-allemandes.

Dans ce texte d’une vingtaine de pages, coordonné par Jean-Christophe Cambadélis, qui appartient à la frange social-démocrate du parti, le document livre une critique acerbe des politiques menées en Europe, sous la férule des partis conservateurs, emmenés par une chancelière allemande à « l’intransigeance égoïste » et un premier ministre britannique aux « accents thatchériens ».

Selon le PS, ces responsables ont accumulé des décisions funestes, tant sur le renflouement de Chypre, les plans d’austérité imposés à la Grèce et l’Espagne, que sur les traités de libre-échange, qui fragilisent l’UE dans le contexte de la mondialisation. Dans sa forme définitive, le texte sera sans aucun doute édulcoré, afin de rayer les attaques personnelles envers Angela Merkel. Une consigne envoyée par Matignon.

 

« Pas de déclaration de guerre »

Sur son blog, le président de l’Assemblée nationale Claude Bartolone, qui avait préparé le terrain dès jeudi au coup de sang anti-Merkel, maintient la nécessité d’une confrontation sans débordement avec l’Allemagne. « Lorsque jadis nous confrontions nos options politiques à celles de Madame Thatcher – jusqu’à faire représenter la France à ses funérailles par une délégation de second rang – il ne me semble pas que nous déclarions la guerre à nos Amis anglais », écrit-il.

Peu de ministres, en dehors de Benoît Hamon, n’osent abonder en ce sens.

Pour le ministre du Travail Michel Sapin, proche de François Hollande, la confrontation est “un terme totalement inapproprié, inadapté. C’est même un contresens dans la relation entre la France et l’Allemagne. Il ne s’agit pas de se confronter avec un pays, ce qui ramènerait aux pires images du passé; il s’agit encore moins de se confronter avec une personnalité, Angela Merkel ».

Même intention du côté de Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères : « Le débat oui, le pugilat non, il est anormal de mettre en cause tel ou tel dirigeant, le déficit français c’est la France », a-t-il déclaré sur Europe 1.

Le message le plus clair vient sans conteste du ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, pour qui les propos du texte « sont irresponsables, démagogiques et nocifs ». Faire de l’Allemagne un bouc émissaire, « c’est renforcer les populismes qui gagnent l’Europe », avance-t-il.

Sur BFMTV, la candidate PS à la mairie de Paris, Anne Hidalgo, a elle aussi mis en garde contre la stigmatisation d’une « personne ou d’un pays », ajoutant néanmoins qu’Angela Merkel faisait fausse route « quant aux mesures qu’il faut pour relancer l’Europe ».

« La confiance est rompue »

A droite, les deux têtes de l’UMP ont peu réagi à la polémique. Les tirs nourris sont venus des anciens chiraquiens. 

Pour l’ex-premier ministre Alain Juppé, qui s’est exprimé dans une interview au journal Le Monde daté du 27 avril, « la confiance avec l’Allemagne est rompue et nous avons perdu tout crédit pour engager un dialogue musclé avec elle ».

« Une partie grandissante de la gauche veut engager une bataille politique contre la réduction des déficits en la mettant sur le compte d’une vision libérale allemande ou d’un penchant ‘bureaucratico-bruxellois’. La réalité, c’est que la France va devenir cette année le premier émetteur de dette publique en Europe et que si nous ne faisons pas l’effort de réduire notre dette, les taux d’intérêt vont augmenter », a-t-il ajouté.  

Dimanche 28 avril, le commissaire européen Michel Barnier est sorti de sa réserve sur son compte twitter. « Aucune sortie de crise possible en Europe sans une coopération constructive entre la #France et l’ #Allemagne », a-t-il écrit en allemand et en français.

Germanophone et fin connaisseur de l’Allemagne, l’ancien ministre de l’Agriculture de Nicolas Sarkozy, Bruno Le Maire a quant à lui évoqué « une faute politique » du PS, dans une interview au Figaro, dimanche 28 avril.

« Nous avons depuis longtemps trois sujets de divergence importants avec les Allemands: la convergence sociale et le salaire minimum, car nous ne pouvons pas accepter le dumping salarial ; la politique monétaire, car nous devons éviter une surévaluation de l’euro ; et la politique commerciale européenne, qui suppose la mise en place de règles de réciprocité. Sur ces trois sujets, nous ne pourrons discuter d’égal à égal avec les Allemands que si nous retrouvons notre crédibilité économique », explique-t-il. 

« C’est absurde, dangereux et irresponsable de la part d’un grand parti de gouvernement », a de son côté déclaré la candidate à la mairie de Paris Nathalie Kosciusko-Morizet dans l’émission « Tous politiques » (France-Inter/Le Monde, AFP). Les socialistes doivent « cesser de chercher dans les autres les causes de notre propre malheur », a-t-elle ajouté. 

Dans un article publié par Le Monde, le correspondant à Berlin du quotidien raconte enfin la visite de François Fillon à Berlin jeudi 25 avril à la veille du début de la polémique sur le projet de texte socialiste. L’ancien Premier ministre a reproché au chef de l’Etat de miser sur la défaite de la chancelière Angela Merkel aux élections de septembre 2013 et de « ne pas avoir compris au bout d’un an » que la relation franco-allemande s’imposait à tout président de la République, quelle que soit la couleur politique du chancelier, explique Frédéric Lemaître.

« Village gaulois »

En Allemagne, les réactions on et off the record varient considérablement. Dans Le Monde, le porte-parole d’Angela Merkel Steffen Seibert estime que les deux pays travaillent « très bien ensemble. Nous n’avons pas le sentiment qu’il y a un changement de politique ».

Sous couvert d’anonymat, un responsable allemand cité par Le Figaro évoque de son côté un Parti socialiste et un président français « sous pression à cause de la crise terrible à laquelle ils sont confrontés », « ils cherchent un bouc émissaire en la personne de Merkel », ajoute-t-il. Avant d’évoquer «l’aveuglement gaulois suicidaire», du gouvernement français face aux réformes à accomplir.