Le programme d’investissement d’électricité français mise sur les renouvelables et le nucléaire

Le ministère de l’Ecologie a rendu public la révision conjointe de la programmation pluriannuelle des investissements (PPI) de production d’électricité. Le texte doit maintenant être adopté par le Parlement.

Le ministère de l’Ecologie a rendu public la révision conjointe de la programmation pluriannuelle des investissements (PPI) de production d’électricité. Le texte doit maintenant être adopté par le Parlement.

Selon le scénario prévu par le Grenelle de l’environnement, d’ici 2020, la consommation d’électricité pourrait stagner, voire légèrement diminuer. C’est dans ce contexte que le ministère de l’Ecologie a publié, le 3 juillet, la révision du PPI de production d’électricité. Dans le même temps, le PPI de production de chaleur et la révision du plan indicatif pluriannuel des investissements (PIP) dans le secteur du gaz ont été rendus publics.

Ces textes interviennent après l’adoption par les États membres de l’UE en décembre 2008 du paquet énergie climat (lire le dossier d’EURACTIV.fr) qui prévoit 20% de diminution des émissions de CO2, 20% d’énergies renouvelables et 20% d’efficacité énergétique dans l’UE d’ici 2020. En outre, en France, les textes de loi sur le Grenelle de l’environnement, qui reprennent ces objectifs, sont en discussion au Parlement.

Le PPI pour la production d’électricité décline également les objectifs de la politique énergétique européenne  : la sécurité d’approvisionnement, la protection de l’environnement et la compétitivité.

Développer l’éolien et le solaire

Selon le texte, dans le domaine des énergies renouvelables l’éolien et le solaire photovoltaïque devraient être particulièrement développés. De 3000 mégawatt (MW) d’éolien, le PPI prévoit une augmentation de la puissance qui permettrait à la France d’atteindre 25 000 MW d’ici 2020, avec 19 000 MW à terre et 6000 en mer. Un objectif qui rejoint la production allemande d’éolien évaluée à 23 000 MW et qui consisterait à multiplier par quatre le nombre d’éoliennes en France, soit 8000 d’ici 2020.

Le solaire photovoltaïque devrait quant à lui passer de 300 MW à 5400, selon les objectifs fixés par le programme.

Quant à l’hydraulique, le PPI prévoit un objectif de 3 TWh (Terrawattheure) par an. «La mise en concurrence des concessions d’hydraulique devrait permettre de trouver de nouvelles centrales, notamment des petites. Le gros avantage des centrales de petits barrages est qu’elles peuvent permettre de passer la pointe », explique Jacques Percebois, professeur à la faculté des sciences économiques de Montpellier. Selon lui, la mise en concurrence d’EDF pour la concession des centrales devraient permettre un accroissement de 10% de l’hydraulique en France.

L’avenir du nucléaire figure également au cœur du PPI de production d’électricité. La question de l’avenir des centrales nucléaires existantes doit être tranchée par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) dans les années à venir. Le président de l’ASN, André-Claude Lacoste a d’ores et déjà indiqué qu’il se prononcerait au coup par coup. « Dans une perspective économique et sous réserve de toute exigence en termes de sûreté, la PPI électricité privilégie un scénario central de prolongation au-delà de 40 ans du parc nucléaire actuel », souligne le texte.

Maintenir les centrales au-delà de 40 ans

« Il y a une vision commune pour que les centrales qui ont 22 ans et qui sont programmées pour durer 40 ans soient dès aujourd’hui programmées pour passer de 40 à 50 ans, puis de 50 à 60 ans », note Jacques Percebois. Avant d’ajouter « je doute qu’EDF ait les autorisations pour toutes les centrales ». La perspective de l’attente des décisions sur l’avenir du parc existant justifie, selon le PPI, « la mise en service déjà décidée de deux réacteurs nouvelle génération ». La construction d’un troisième réacteur n’étant pas totalement exclue, à l’issue de la construction de celui de Penly en 2017. La nature de la demande d’électricité et la situation économique de la France pèseront sur ce choix.

Enfin le texte préconise la modernisation du parc thermique avec le déclassement de 50% des centrales à charbon existantes et leur remplacement uniquement par des structures propres, c’est-à-dire « s’inscrivant dans une logique de démonstration de la chaîne complète CSC (capture et stockage de carbone) », précise le texte.

Ce PPI ne semble pas satisfaire toutes les associations de protection de l’environnement. « Dès la première réunion du comité de suivi organisée fin septembre 2008, la construction d’un deuxième EPR a été posée comme un acquis non discutable », explique Frédéric Marillier chargé de campagne Energie à Greenpeace France dans un communiqué. « Alors que c’est au regard des besoins électriques que la PPI doit définir les investissements souhaitables, le gouvernement a totalement détourné le but de la PPI pour en faire un outil de programmation nucléaire. C’est scandaleux, on sacrifie à nouveau notre politique énergétique sur l’hôtel de l’atome ! »