Le prochain défi d’Ursula von der Leyen : récolter la majorité au Parlement

La candidature d’Ursula von der Leyen à la présidence de la Commission européenne ayant été approuvée par les dirigeants des États membres de l’UE, elle doit à présent convaincre les eurodéputés en amont d’un vote de confirmation qui aura lieu au Parlement européen le 11 juillet.

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La phase d’approbation étant achevée, Mme von der Leyen continue sa campagne, puisqu’elle doit désormais obtenir l’approbation d’un vote à la majorité simple au Parlement européen, prévu lors de la première session plénière du 18 juillet. [Consilium/European Union]

La candidature d’Ursula von der Leyen à la présidence de la Commission européenne ayant été approuvée par les dirigeants des États membres de l’UE, elle doit à présent convaincre les eurodéputés en amont d’un vote de confirmation qui aura lieu au Parlement européen le 11 juillet.

Les chefs d’État de gouvernement de l’UE ont donné leur feu vert à la candidate du Parti populaire européen (PPE), Ursula von der Leyen, pour un second mandat à la tête de l’exécutif de l’UE lors du sommet européen de jeudi (27 juin).

Elle entre désormais dans une nouvelle phase de campagne, puisqu’elle doit encore obtenir l’approbation des eurodéputés via un vote à la majorité simple au Parlement européen, prévu lors de la première session plénière du 18 juillet.

L’alliance centriste au cœur de l’accord de jeudi sur les top jobs de l’UE, composée du PPE de centre droit, des Socialistes et Démocrates européens (S&D) et des libéraux de Renew Europe, compte actuellement 399 eurodéputés.

Ursula von der Leyen a déclaré aux journalistes après sa nomination qu’il s’agissait d’une « base » solide pour sa confirmation. Elle dépasserait ainsi les 361 voix d’eurodéputés nécessaires pour être reconduite.

Toutefois, certains partis nationaux au sein de cette alliance centriste, tels que Les Républicains (LR), hésitent à soutenir sa candidature.

Ces derniers jours, Mme von der Leyen a commencé à solliciter des membres du Parlement européen, s’entretenant notamment avec les cheffes de file des socialistes et des libéraux, Iratxe García et Valérie Hayer, mais aussi avec des législateurs clés de l’UE, selon des sources proches des discussions.

« Je contacterai les autres », a déclaré l’Allemande aux journalistes après le sommet européen, précisant qu’elle ne se concentrerait pas uniquement sur les négociations avec les socialistes et les libéraux, mais également avec « certaines parties » d’autres groupes politiques.

« Il a été démontré par le passé que ce sont les délégations nationales [au sein des groupes] qui prennent souvent la décision », a-t-elle ajouté, faisant allusion à la cohérence variable de leurs votes.

Ursula von der Leyen n’a pas cité de partis avec lesquels elle envisageait de discuter et s’est contentée de réitérer ses trois conditions non négligeables : que ces partis soient pro-européens, pro-ukrainiens et favorables à l’État de droit.

Elle s’est dite prête à discuter avec quiconque l’inviterait, afin de présenter ses « orientations politiques ».

Ambiguïté stratégique

Les propos d’Ursula von der Leyen indiquent qu’elle souhaiterait récolter des voix à droite comme à gauche dans l’hémicycle, indépendamment des préférences de la « coalition centriste ».

Une question particulièrement épineuse est de savoir si les 24 eurodéputés du parti de la Première ministre italienne Giorgia Meloni, Fratelli d’Italia, voteront en faveur d’Ursula von der Leyen le 18 juillet.

Lors du vote des dirigeants durant le sommet de jeudi, Mme Meloni s’est abstenue sur la candidature d’Ursula von der Leyen, critiquant l’accord proposé sur les top jobs pour son manque « de méthode et de substance » et dénonçant sa mise à l’écart des négociations préliminaires sur le paquet de nominations.

En effet, elle a déploré les négociations en amont du sommet entre les six négociateurs de la coalition centriste PPE (188 eurodéputés), S&D (136 eurodéputés) et Renew (75 eurodéputés), respectivement première, deuxième et quatrième forces au Parlement européen, alors que le groupe CRE est devenu la troisième force au sein de l’hémicycle après les élections européennes de début juin. Selon elle, les résultats des CRE (83 eurodéputés) auraient du être reflétés dans les négociations sur les postes clés de l’UE.

Son abstention lui donne le temps de réfléchir à sa position, en misant sur l’ambiguïté stratégique pour mieux faire valoir les intérêts de l’Italie. Giorgia Meloni aurait tenté d’obtenir un important portefeuille de commissaire pour son pays en échange de son soutien à Ursula von der Leyen.

Cette ambiguïté permet également à Ursula von der Leyen de s’accorder du temps pour réfléchir à une approche à adopter avec Fratelli d’Italia tout en conservant de bonnes relations avec les socialistes, les libéraux et les Verts/ALE, qui disposent de 53 eurodéputés.

La ligne des partis

Le vote de confirmation du Parlement européen est basé sur un scrutin secret, ce qui pourrait aider les eurodéputés désireux de s’écarter des positions de leur groupe à sauter le pas.

Après le sommet de jeudi, plusieurs dirigeants de l’UE ont mentionné différents partis à contacter.

Les Verts ont exprimé leur disponibilité et leur volonté de compromis, en attendant d’entamer des négociations officielles.

Néanmoins, après le sommet et l’abstention de Giorgia Meloni, le soutien des eurodéputés CRE à la candidature d’Ursula von der Leyen lors du vote de juillet est incertain.

Le Premier ministre tchèque, Petr Fiala, a déclaré aux journalistes jeudi soir que son parti national conservateur d’extrême droite, ODS (CRE), devrait être davantage impliqué dans le processus décisionnel.

Toutefois, il a également insisté sur la nécessité d’une plus grande coopération. « Pour moi, il est très important d’avoir la coopération la plus étroite possible entre les CRE et le PPE », a-t-il confié aux journalistes à Bruxelles.

Cette relation ambiguë avec les CRE permettent à Ursula von der Leyen de solliciter les Verts en parallèle. Dans le même temps, elle peut maintenir une relation saine avec les socialistes et les libéraux, ces derniers ayant déclaré à plusieurs reprises qu’ils ne voulaient pas qu’elle travaille avec les Conservateurs et Réformistes.

Pour le chancelier socialiste allemand Olaf Scholz (SPD, S&D), il n’est pas nécessaire de chercher le soutien de l’extrême droite, car les votes des Verts sont « attendus, au moins en partie », a-t-il expliqué aux journalistes à Bruxelles.

« Je suis fermement convaincu qu’il est bon que les partis appartenant à des familles de partis populistes de droite ne soient pas à la base de ce soutien », a-t-il poursuivi.

Le président français Emmanuel Macron (Renaissance, Renew) s’est montré tout aussi optimiste quant à l’obtention d’une majorité parlementaire pour Ursula von der Leyen.

« Je pense qu’il y a eu un large consensus, je suis certain qu’une solution sera trouvée à l’avenir », a-t-il affirmé. « Mais je respecte totalement la position de notre collègue, Giorgia Meloni, qui représente un pays important et qui est une amie de la France. »