Le "président politique" du Parlement à la moitié du mandat
Selon un éminent analyste politique, Jerzy Buzek est le premier président du Parlement européen en plusieurs années à donner une aura plus politique à son poste plutôt que de juste exercer une fonction institutionnelle.
Selon un éminent analyste politique, Jerzy Buzek est le premier président du Parlement européen en plusieurs années à donner une aura plus politique à son poste plutôt que de juste exercer une fonction institutionnelle.
Alors que M. Buzek donnait son discours de mi-mandat hier (20 octobre), EURACTIV a demandé à Piotr Kaczy?ski, chargé de recherche au Centre pour l'étude des politiques publiques européennes (CEPS), de commenter les changements qui ont été opérés à la tête du Parlement européen.
Dans son discours en séance plénière à Strasbourg hier, M. Buzek a fait remarquer que la durée de son mandat coïncidait avec l'entrée en vigueur du Traité de Lisbonne pour lequel il avait fait pression afin de permettre de dépasser la résistance des eurosceptiques comme le président tchèque, Václav Klaus.
"La Traité de Lisbonne a modifié les pouvoirs du Parlement et sa position par rapport aux autres institutions. Le poste du président du Parlement a également changé", a déclaré M. Kaczy?ski, soulignant que les pouvoirs accrus accordés au Parlement n'étaient pas la seule cause à l'évolution du rôle de M. Buzek, mais que ce changement était également dû à sa nature d'homme politique.
"Le président Buzek a été élu avec la plus grande majorité jamais atteinte au Parlement. Il s'agissait d'une manifestation politique", a expliqué M. Kaczy?ski, ajoutant que le Polonais avait eu plus d'influence que la plupart de ses prédécesseurs.
"On peut comparer la célébrité au Parlement de [Hans-Gert] Pöttering (Allemagne, 2007-2009), ou de Nicole Fontaine (France, 1999-2000) à leur présence sur la scène nationale, qui restait très limitée. L'influence de M. Buzek dans son pays n'est pas limitée : elle est énorme. C'est un grand changement et une grande nouveauté dans la situation post-Lisbonne", a dit Kaczy?ski.
M. Kaczy?ski, qui est également polonais, a déclaré qu'il ne connaissait pas M. Buzek personnellement.
A en juger par sa présence dans la presse, M. Buzek n'est pas seulement populaire dans son pays natal, la Pologne, mais également en Europe de l'Est, dans la mesure où il a été à plusieurs reprises le porte-parole des intérêts de ces pays dans les négociations sur le changement climatique, dans le domaine de la sécurité de l'énergie ou pour une représentation équitable au sein du Service européen pour l'action extérieure. En d'autres occasions, M. Buzek a défendu les positions du Parti populaire européen.
A la question de savoir si M. Buzek n'aurait pas dû garder une position plus neutre, M. Kaczy?ski a répondu par la négative. "C'est un homme politique. Il n'est pas [le président du Conseil] Herman Van Rompuy. Il s'agit d'un travail complètement différent. C'est un homme politique au parlement", a insisté Kaczy?ski.
Dans son discours, M. Buzek a développé ce qui semble être son sujet favori : la création d'une Communauté européenne de l'énergie. Il a pour objectif de mettre en place une union sur le modèle de la Communauté européenne du charbon et de l'acier au début des années 50 : un effort commun pour lequel il peut compter sur le soutien de l'ancien président de la Commission, Jacques Delors.
M. Kaczy?ski a convenu que la communauté de l'énergie était le grand projet politique de M. Buzek, ajoutant qu'on devrait peut-être s'attendre à une confrontation entre M. Buzek et le commissaire à l'Energie, Guenther Oettinger sur ce sujet à l'avenir, dans la mesure où le commissaire a montré peu d'intérêt en la matière jusqu'à présent.
"Ce n'est que la moitié d'un mandat, mais c'est déjà une contribution", a expliqué M. Kaczy?ski.
"Dans l'ensemble, il a atteint les objectifs qu'il était supposé atteindre et en a dépassé certains. Il a un bien meilleur profil que ces récents prédécesseurs", a-t-il déclaré.
L'analyste a également ajouté que la performance de M. Buzek constituait une bonne base pour commencer à repenser le présent système avec lequel la durée du mandat du président du Parlement est divisée en deux et partagée selon un accord conclu entre les deux principaux groupes politiques.
"J'espère vraiment que cela [le système] cessera d'exister à un moment", a déclaré M. Kaczy?ski, expliquant qu'en fait, l'accord contournait le vote des Européens qui avaient clairement donné un mandat à un des groupes politiques pour qu'il dirige, en laissant l'autre prendre du recul.