Le président de l’UE profite d’un forum catholique pour présenter son projet [FR]

Herman Van Rompuy, le président nouvellement nommé de l’UE, a détaillé son projet politique devant des centaines de personnes lors d’un rassemblement à Bruxelles des Grandes Conférences Catholiques peu avant Noël.

Herman Van Rompuy, le président nouvellement nommé de l’UE, a détaillé son projet politique devant des centaines de personnes lors d’un rassemblement à Bruxelles des Grandes Conférences Catholiques peu avant Noël.

« Pas de Realpolitik sans Idealpolitik », a déclaré M. Van Rompuy dans son discours, donné en français lors d’un rassemblement catholique à Bruxelles, qui permet d’avoir un aperçu de la vision du nouveau président du Conseil de l’UE.

Cette discrète apparition publique, le 7 décembre, a eu lieu malgré un sévère couvre feu médiatique à la suite de sa nomination en tant que premier président permanent du Conseil de l’UE, un poste créé par le traité de Lisbonne, qui est entré en vigueur en décembre.

« En politique il s’agit du bonheur concret des hommes », a dit M. Van Rompuy à la conférence. « La politique est la lutte pour le pouvoir mais aussi l’action au service de l’homme pour lui donner des opportunités de bonheur », a dit un M. Van Rompuy très posé à son audience, affirmant que les mesures politiques devaient être composées selon la supposition implicite qu’elles devraient constituer un progrès pour l’humanité.

La vision politique du président du Conseil de l’UE est ancrée dans l’école philosophique du « personnalisme ». Bien que le concept soit quelque peu difficile à définir en tant que mouvement philosophique et théologique, surtout en raison de l’existence de nombreuses écoles philosophiques différentes, elles ont toutes comme noyau dur un point de vue qui sert de référence canonique.

Pour M. Van Rompuy, ce concept tombe directement dans la quête pour équilibrer le réalisme politique avec un idéalisme éthique, une opinion qu’il partage avec le philosophe catholique français Jacques Maritain.

« La politique rationnelle repose aussi sur des idées, même s’il est préférable qu’elles ne fassent pas l’objet d’une publicité assourdissante, car la communication excessive à grand renfort de sentiments exaltés dissimule souvent des intentions bien moins nobles”, a dit M. Van Rompuy.

En d’autres termes, on ne peut pas agir sans avoir des idées solides et approfondies. Mais les dirigeants politiques astucieux doivent également prendre en compte les événements extérieurs. « Les circonstances peuvent être une opportunité. Une bonne idée murit au gré des circonstances », a –t-il affirmé, soulignant que les dirigeants politiques devaient saisir les opportunités d’action. Il a pris pour exemple l’ancien chancelier allemand Helmut Kohl, qui a utilisé la chute du Mur de Berlin pour réunifier son pays.

Crise économique : une plus grande solidarité dans un nouvel ordre européen

Pour M. Van Rompuy, l’actuelle crise économique, déclenchée par la débâcle du marché financier en 2008, peut être perçue comme une opportunité. Toutefois, il a affirmé que les hommes politiques devaient éviter toute arrogance politique et arrêter de croire que les lois et les règlements suffisaient à créer une nouvelle société.

Dans un monde globalisé, la science, l’économie et la culture peuvent donner beaucoup plus de substance à la civilisation et à la société que la politique, a-t-il dit.

Pour M. Van Rompuy, le concept philosophique de « personnalisme » peut donner plus de sens à la vie des gens en plaçant les individus dans des unités sociales telles que la famille ou la société civile, car « c’est au sein des auto-organisations que l’homme devient une personne ».

Les gouvernements devraient donc soutenir ce qu’il décrit comme de auto-organisations citoyennes : écoles, théâtres, familles et communautés. « L’homme puise sa dignité – et son sentiment d’appartenance – dans sa faculté d’intégrer les circonstances changeantes dans sa vie (et inversement) ». 

D’après M. Van Rompuy, la solidarité est la clé de cette vision de la société. « Notre système politique ne peut fonctionner sans civisme, sans le sens de l’autre », a-t-il souligné.

Une détermination calme

Bien que ses opinions paraissent un peu trop philosophiques pour certains, un certain nombre de spécialistes belges ont analysé son comportement politique, qui semble aller de pair avec ses idées politiques.

En utilisant une technique américaine, Tobias Van Assche, un post-doctorant belge membre de l’université d’Anvers, a publié une étude confirmant l’image de M. Van Rompuy comme étant quelqu’un qui se concentre sur la négociation et la résolution des problèmes, qui ne se laisse pas guider par un besoin de pouvoir et de prestige, mais est plutôt sensible à son environnement et fait ce qu’il pense être acceptable au vue des circonstances.

D’après le « Leadership Trait Analysis » (LTA) utilisé par Tobias Van Assche, M. Van Rompuy se méfie peu des autres et des groupes déviants, ce qui veut dire qu’il ne perçoit pas le monde comme un endroit menaçant. Il considère le conflit comme quelque chose de spécifique à un contexte donné, qui doit être réglé au cas par cas.

Pour résumer, M. Van Rompuy agit comme un dirigeant opportuniste ou collégial, selon la situation à laquelle il est confronté, d’après M. Van Assche. Il a ajouté : sa principale devise est ‘rustige vastheid’ ou détermination calme. Il travaillera dans les limites qu’il perçoit, et avancera lorsque l’opportunité se présentera, a dit l’expert.