Le premier terminal méthanier d’Allemagne est opérationnel

L’Allemagne, privée de gaz russe bon marché, s’est dotée d’une infrastructure alternative pour l’importation de gaz naturel liquéfié : un terminal méthanier, qui est à présent opérationnel et ouvre une nouvelle ère dans la politique énergétique allemande.

Euractiv.com
Opening ceremony of Germany’s first LNG terminal in the North Sea port of Wilhelmshaven
Le « Hoegh Esperanza », le premier terminal méthanier d’Allemagne, est devenu un véritable symbole d’espoir pour le gouvernement allemand. [EPA-EFE/LARS-JOSEF KLEMMER]

L’Allemagne, privée de gaz russe bon marché, s’est dotée d’une infrastructure alternative pour l’importation de gaz naturel liquéfié (GNL) : un terminal méthanier, qui est à présent opérationnel et ouvre une nouvelle ère dans la politique énergétique allemande.

C’est par un temps brumeux et sous un ciel couvert que le port de Wilhelmshaven, en mer du Nord, a accueilli la classe politique allemande, venue admirer l’infrastructure composée de 14  000 tonnes d’acier, 1 500 tonnes de tuyaux d’acier spéciaux et 3 000 mètres cubes de béton.

Cette infrastructure particulière a été construite en quelques mois seulement afin d’accueillir le « Hoegh Esperanza », un terminal méthanier flottant devenu un véritable symbole d’espoir pour le gouvernement allemand. Son inauguration constitue une étape majeure dans les efforts de Berlin pour se passer du gaz russe dans un futur proche.

« Aujourd’hui, nous franchissons une étape très importante pour la sécurité de l’approvisionnement en Allemagne », a expliqué le vice-chancelier allemand Robert Habeck, samedi (17 décembre). M. Habeck, le chancelier Olaf Scholz, le ministre des Finances Christian Lindner et les chefs du gouvernement allemand, se sont rendus en Basse-Saxe pour inaugurer ce premier terminal méthanier du pays.

Le gaz est d’abord refroidi jusqu’à -162 °C, il est ensuite comprimé, transformé en liquide et expédié dans le monde entier sous cette forme (GNL). L’Allemagne, qui reçoit la quasi-totalité de son gaz par gazoduc en provenance de Russie et de Norvège, n’a jamais disposé des infrastructures nécessaires à la retransformation du GNL en gaz.

Au moment où la Russie amassait des troupes aux frontières de l’Ukraine, le gouvernement allemand, alors récemment arrivé au pouvoir, s’est posé une question cruciale : si le Kremlin attaque l’Ukraine, d’où viendra notre gaz  ?

Selon les informations d’EURACTIV, le gouvernement allemand a commencé à s’intéresser aux terminaux méthaniers flottants dès le début du mois de février 2022. En effet, étant donné que la construction de terminaux méthaniers terrestres prendrait trop de temps, une solution plus rapide était nécessaire.

La construction d’une nouvelle infrastructure de cette ampleur en un an est presque sans précédent en Allemagne, où les projets publics dépassant considérablement les délais et les budgets initiaux sont légion.

Ce nouveau terminal méthanier « montre ce que l’Allemagne peut réaliser en quelques mois si elle le doit », a souligné M. Habeck.

M. Scholz est allé jusqu’à inventer un nouveau terme pour l’occasion, le « Deutschland-Tempo », qui signifie « rythme allemand ».

« C’est le nouveau “Deutschland-Tempo” auquel nous faisons avancer les projets d’infrastructure », a-t-il indiqué aux journalistes.

« La loi sur l’accélération du GNL doit constituer un modèle pour les politiques. Planifier, construire et moderniser plus rapidement », a ajouté le ministre allemand des Finances, M. Lindner.

Combler le manque

L’Allemagne, qui importait autrefois de Russie quelque 50 milliards de mètres cubes (mmc) par an pour sa propre consommation, s’est tournée vers ses voisins pour combler son manque. Ainsi, elle compte sur les importations de GNL passant par les Pays-Bas, la Belgique et la France, mais aussi sur des flux plus importants en provenance de Norvège.

« Notre gaz viendra en grande partie de Norvège, des États-Unis et de la région du Golfe, et en petite partie des Pays-Bas », a déclaré M. Scholz au quotidien Süddeutsche Zeitung.

Au total, les deux terminaux méthaniers flottants financés par l’État et un terminal privé dans la mer Baltique permettront d’importer quelque 13 milliards de m3 de GNL supplémentaires. D’ici l’hiver 2023, trois autres terminaux méthaniers flottants seront opérationnels et un gazoduc sera agrandi, permettant ainsi d’augmenter la capacité de 19 milliards de m3 supplémentaires.

L’hiver prochain, l’Allemagne sera en mesure d’importer quelque 32 milliards de m3, conformément à la capacité de regazéification déclarée du terminal. Des documents internes du gouvernement évaluent la capacité de pointe à 44,5 milliards de mètres cubes — un chiffre considérable, qui fait craindre aux militants écologistes que l’Allemagne ne glisse vers une surcapacité de GNL à mesure que des terminaux GNL terrestres sont construits.

En début de semaine, l’agence des réseaux du pays a averti que la consommation de gaz de l’Allemagne continue d’être trop élevée pour éviter les pénuries de gaz. Les réserves de gaz sont en effet tombées en dessous de 90 % en raison de la vague de froid qui traverse le pays. La consommation actuelle de gaz et les prévisions de températures sont des signaux « critiques », a averti l’agence.

Préoccupations environnementales

En marge des célébrations des hauts responsables politiques allemands, des manifestations pour la défense de l’environnement, qui ont nécessité une importante présence policière, ont eu lieu.

Alors que les responsables politiques ont loué la rapidité de la construction, celle-ci s’est faite, selon certains, au prix d’études d’impact environnemental négligées.

Les militants craignent que l’exploitation du terminal méthanier flottant ne cause de graves dommages à l’environnement, notamment en raison de l’utilisation de chlore pour le nettoyage des installations, qui sera ensuite déversé dans les eaux côtières.

« Pour nous, c’est le comble de l’ignorance », a déclaré Constantin Zerger, de l’association Environmental Action Germany (Deutsche Umwelthilfe, DUH).

[Édité par Anne-Sophie Gayet]