Le Premier ministre nord-irlandais démissionne contre les dispositions post-Brexit
Le Premier ministre nord-irlandais Paul Givan (unioniste) a annoncé jeudi 3 février sa démission en raison de la grogne de son camp contre les dispositions douanières post-Brexit.
Le Premier ministre nord-irlandais Paul Givan (unioniste) a annoncé jeudi 3 février sa démission en raison de la grogne de son camp contre les dispositions douanières post-Brexit, accusées de menacer la place de l’Irlande du Nord au sein du Royaume-Uni.
Cette démission ouvre une nouvelle crise politique et une période d’incertitudes en Irlande du Nord, au moment où Londres et Bruxelles sont engagés dans d’intenses discussions sur le protocole nord-irlandais, qui a introduit ces contrôles controversés.
Ce jeudi « marque la fin de ce qui a été le privilège de ma vie, servir en tant que Premier ministre d’Irlande du Nord », a déclaré M. Givan (DUP) lors d’une allocution à Belfast.
Son départ entraîne mécaniquement la chute de la vice-Première ministre Michelle O’Neill, du parti républicain Sinn Fein avec qui les unionistes du DUP partagent le pouvoir.
Dans la foulée, le ministre britannique chargé de l’Irlande du Nord, Brandon Lewis, s’est dit « extrêmement déçu » et a exhorté le DUP à remettre en place « immédiatement » le Premier ministre nord-irlandais.
« La priorité du gouvernement britannique est de voir un exécutif nord-irlandais qui fonctionne pour un avenir meilleur, plus prospère et partagé pour toute la population d’Irlande du Nord », a-t-il ajouté.
« Menace existentielle »
Conçu pour empêcher le rétablissement d’une frontière physique avec l’Irlande voisine qui risquerait de fragiliser la paix conclue en 1998 après trois décennies d’affrontements sanglants entre unionistes et républicains, le protocole nord-irlandais maintient la province britannique dans le marché unique et l’union douanière européens.
« C’est le moment de dire assez », a déclaré le chef du DUP, Jeffrey Donaldson, pour qui le protocole nord-irlandais représente « une menace existentielle à l’union et à l’avenir de l’Irlande du Nord au sein du Royaume-Uni ».
Selon lui, ce protocole représente une « folie économique » pour la province.
De son côté, Mary Lou McDonald, la cheffe du Sinn Fein, favorable au rattachement de l’Irlande du Nord à la république d’Irlande voisine, a appelé à la tenue d’élections sans attendre le scrutin prévu en mai.
« En l’absence d’un exécutif qui fonctionne, une élection anticipée doit être convoquée, les gens doivent avoir leur mot à dire », a-t-elle déclaré à la presse.
Les unionistes du DUP menaçaient depuis des mois de faire s’effondrer l’exécutif local en raison de leur rejet des dispositions douanières post-Brexit, qu’ils dénoncent comme une frontière en mer d’Irlande.
Le ministre irlandais des Affaires étrangères, Simon Coveney, a qualifié la démission de M. Givan de « profondément regrettable » car « les gens veulent voir un engagement positif de leurs représentants politiques à travailler ensemble pour résoudre les problèmes de l’Irlande du Nord, et non la création de nouveaux dangers ou d’instabilité ».
« Besoin de progrès urgents »
Le protocole, en vigueur depuis un an et âprement négocié avec l’accord de Brexit, a été au coeur de nouvelles discussions jeudi entre Royaume-Uni et Union européenne.
A l’issue d’un entretien jeudi avec le vice-président de la Commission européenne Maros Sefcovic, la ministre britannique des Affaires étrangères Liz Truss a salué de « bonnes discussions ». « Nous avons besoin de progrès urgents », a-t-elle ajouté. Une nouvelle rencontre est prévue le 11 février.
Mercredi soir (2 février), le ministre nord-irlandais de l’Agriculture, Edwin Poots, avait fait monter la pression en ordonnant à ses services de cesser à minuit les contrôles sanitaires sur les produits agroalimentaires arrivant dans les ports nord-irlandais, une décision dénoncée par le Sinn Fein et par Dublin comme violant le droit international.
Bruxelles a déploré cette décision, qui crée « davantage d’incertitude et d’imprévisibilité pour les entreprises et citoyens en Irlande du Nord ».
« D’après nos informations, les agents continuent à mener les contrôles sur les marchandises qui arrivent en Irlande du Nord. Il est essentiel que cela reste le cas », a souligné M. Sefcovic dans un communiqué.
Les prochaines élections locales s’annoncent à haut risque pour le DUP, devancé dans les sondages par le Sinn Fein, favorable à un référendum sur l’unification de l’île.
Avant l’été dernier, une fronde au sein du DUP avait entraîné la démission de l’ex-Première ministre nord-irlandaise Arlene Foster.
Elle avait été remplacée à la tête du parti par Edwin Poots qui, partisan d’une ligne dure, avait jeté l’éponge au bout de trois semaines, avant d’être remplacé par Jeffrey Donaldson, considéré comme plus modéré.