Le premier ministre néerlandais prend ses fonctions alors qu'une bataille fait rage autour de la « contribution à la liberté » de 5 milliards d'euros

Pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, un gouvernement néerlandais entre en fonction sans majorité parlementaire.

EURACTIV.com
King Willem-Alexander Of The Netherlands Inaugurates New Cabinet At Huis ten Bosch Palace
Le Premier ministre Rob Jetten lors de sa première réunion du cabinet après le début du mandat du cabinet Jetten I, le 23 février 2026 à La Haye, aux Pays-Bas. [Patrick van Katwijk/Getty Images]

LA HAYE – Le vainqueur des élections, Rob Jetten, a prêté serment lundi en tant que plus jeune Premier ministre de l’histoire des Pays-Bas, s’engageant à ramener le pays sur la voie pro-européenne et réformatrice après une année mouvementée au cours de laquelle les conflits liés à l’immigration ont entraîné la chute du précédent gouvernement.

Avant même que son gouvernement ne commence à légiférer, M. Jetten est confronté à un test politiquement explosif dans son pays : une proposition de « contribution à la liberté » de 5 milliards d’euros, une taxe qu’il juge nécessaire pour financer l’augmentation des dépenses de défense et le maintien du soutien militaire à l’Ukraine.

M. Jetten fait valoir que l’augmentation des dépenses de défense, conformément aux engagements de l’OTAN, nécessite un financement durable. Il a toutefois promis « aucune austérité », laissant entendre une restriction budgétaire générale dans d’autres domaines, en particulier les dépenses sociales et de santé, afin d’équilibrer les comptes.

À partir de 2028, le nouveau Premier ministre néerlandais prévoit que les Pays-Bas dépenseront 5 milliards d’euros supplémentaires par an pour la défense afin d’atteindre les objectifs de l’OTAN. Sur cette somme, 3,4 milliards d’euros proviendraient des contribuables et 1,7 milliard d’euros des entreprises. L’année dernière, les dépenses de défense néerlandaises s’élevaient à 26 milliards d’euros.

Mais dans un parlement fragmenté, la taxe risque de devenir un sujet de controverse pour les deux extrémités du spectre politique, notamment le Parti pour la liberté (PVV) d’extrême droite de Geert Wilders, le Forum pour la démocratie (FVD) d’extrême droite et pro-russe, le Mouvement des agriculteurs-citoyens (BBB) agraire-populiste, le parti minoritaire turco-néerlandais DENK et le Parti socialiste (SP).

Avec un gouvernement minoritaire, obtenir un soutien nécessitera des négociations délicates entre les différentes idéologies.

Gouverner sans majorité

Pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, un cabinet néerlandais entre en fonction sans disposer d’une majorité parlementaire.

La coalition centriste, composée du D66 de Jetten, du VVD (libéral de droite) et des chrétiens-démocrates (CDA), détient 66 des 150 sièges à la Chambre basse et seulement 22 des 75 sièges au Sénat.

Ces chiffres laissent présager des négociations complexes avec une majorité parlementaire de droite. Le leader du VVD et ministre de la Défense, Dilan Yeşilgöz, a exclu toute coopération avec l’alliance de gauche PvdA/GroenLinks, tandis que Jetten a refusé toute concession au parti nationaliste JA21.

Il en résulte un gouvernement minoritaire structurellement fragile, qui doit naviguer dans une chambre polarisée.

Un renouveau pro-européen

Figure de proue du parti socio-libéral pro-européen D66, Jetten a remporté les élections anticipées de l’automne grâce à un message d’optimisme pragmatique, faisant campagne sous le slogan « Het kan wel » (l’écho néerlandais du « Yes We Can » de Barack Obama), présenté comme un « patriotisme positif ».

Sa victoire sur le nationaliste pur et dur Wilders a marqué un rejet clair des appels à fermer les frontières, à se retirer de l’UE et à procéder à des expulsions massives des demandeurs d’asile déboutés.

Le précédent cabinet, dirigé par l’ancien chef des services de renseignement Dick Schoof, a eu du mal à traduire ces promesses en une politique viable, les plans de contrôles systématiques aux frontières avec l’Allemagne et la Belgique s’étant avérés difficiles sur le plan juridique et politique.

Un « Nexit » aurait également été en contradiction avec la profonde intégration économique des Pays-Bas au sein de l’UE. Les propositions de l’ancien gouvernement Schoof visant à expulser les demandeurs d’asile déboutés vers l’Ouganda ne se sont jamais concrétisées.

Un climat géopolitique plus difficile

Le contexte international a radicalement changé. L’invasion de l’Ukraine par la Russie a bouleversé les calculs de sécurité de l’Europe, tandis que le retour de Donald Trump à la Maison Blanche a contraint les capitales à réévaluer leurs relations transatlantiques.

« L’ordre international a profondément changé », a déclaré M. Schoof à Euractiv peu avant de quitter ses fonctions, citant la guerre menée par la Russie, les développements en Chine et soulignant diplomatiquement que le second mandat de Donald Trump serait « différent du premier ».

M. Jetten envoie une nouvelle équipe sur la scène internationale. L’ancien député européen Tom Berendsen occupera le poste de ministre des Affaires étrangères, secondé dans le domaine du commerce extérieur par Sjoerd Sjoerdsma, qui avait été sanctionné par la Chine pour avoir critiqué Pékin.

Pour un gouvernement fondé sur un optimisme pragmatique, les mois à venir permettront de voir si le programme pro-européen de M. Jetten pourra survivre à l’arithmétique parlementaire ainsi qu’à la résistance politique croissante au niveau national et sur la scène internationale.