Le Premier ministre François Bayrou lance un « plan Mayotte » après le cyclone

En visite à Mayotte ce lundi 30 décembre, le Premier ministre François Bayrou a tenté de réaffirmer le soutien de Paris envers la population de l'archipel et de répondre à la colère qui monte, plus de 15 jours après le passage du cyclone Chido, le 14 décembre dernier.

Euractiv France
Le Premier ministre Francois Bayrou a une conférence de presse, après le cyclone du 14 décembre à Mayotte. [EPA-EFE/YOAN VALAT]

En visite à Mayotte lundi 30 décembre, le Premier ministre François Bayrou a tenté de réaffirmer le soutien de Paris envers la population de l’archipel et de répondre à la colère qui monte, plus de 15 jours après le passage du cyclone Chido, le 14 décembre dernier.

Le Premier ministre François Bayrou était lundi 30 décembre en déplacement dans cet archipel de l’océan Indien pour détailler son plan « Mayotte debout », destiné à « apporter des réponses rapides » à la crise sanitaire, mais aussi à « dessiner l’avenir de Mayotte, différent ».

L’État doit prendre « des engagements concrets et précis », a-t-il ainsi expliqué lors d’une conférence de presse tenue depuis le bâtiment du conseil départemental, accompagné de cinq membres du gouvernement, dont deux anciens Premiers ministres, Elisabeth Borne à l’Éducation et Manuel Valls aux Outre-mer.

Le Premier ministre a ainsi assuré que l’électricité serait rétablie dans l’archipel d’ici fin janvier, et que l’armée interviendrait pour rétablir l’approvisionnement en eau et réparer le réseau routier.

Sur le plus long terme, Mayotte devrait obtenir le statut de « zone franche » et les entreprises locales seront dispensées de toute cotisation. Une loi d’urgence sera par ailleurs présentée devant l’Assemblée nationale le 3 janvier, et un recensement précis de la population devrait être rapidement organisé.

Un peu plus tôt dans la journée, François Bayrou avait estimé que « quiconque prétendrait qu’il n’y a pas de problème d’immigration brûlant à Mayotte [était] irresponsable ». Des propos qui font écho aux déclarations du président Emmanuel Macron, qui avait souligné lors de son déplacement dans l’archipel les 19 et 20 décembre derniers que les services publics du département étaient débordés par la « pression migratoire ».

La population officielle de Mayotte est estimée à 320 000 habitants, mais 100 à 200 000 personnes ne seraient pas comptabilisées par les autorités, dont des exilés venus de l’archipel des Comores, en grande précarité et qui résidaient notamment dans les bidonvilles soufflés par le cyclone. L’État et les pouvoirs publics locaux devront s’engager à « empêcher » leur reconstruction, a encore précisé le Premier ministre.

Réclamé par la droite et l’extrême droite, et fustigé par les partis de gauche, un projet de loi sur la suppression du droit du sol à Mayotte devait être présenté en juillet dernier en conseil des ministres, avant que la dissolution de l’Assemblée nationale décidée par Emmanuel Macron le 9 juin 2024 ne vienne enterrer le texte.

Nul doute cependant que la question devrait rapidement revenir sur le devant de la scène, alors que le ministre de l’Intérieur Bruno Retrailleau expliquait dès le 18 décembre qu’il fallait « être beaucoup plus dur vis-à-vis des Comores, envisager de nouveaux moyens de lutte en utilisant un certain nombre d’outils modernes pour prévenir les arrivées […] et enfin modifier notre législation ».

Selon l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE), 77% des habitants de l’archipel vivaient avant même la catastrophe sous le seuil de pauvreté, faisant de Mayotte le département le plus pauvre de France. Les élus locaux réclament d’ailleurs depuis longtemps un meilleur accompagnement des services de l’État français.

« On ne peut pas enjamber l’histoire, on ne peut pas enjamber les inégalités, on ne peut pas […] voir des personnes qui ont une carte d’identité française, qui ont versé leur sang pour la patrie, qui payent leurs impôts et qui n’ont pas d’eau […] Nos populations ressentent une révolte légitime et nous n’avons pas les moyens d’y répondre », alertait déjà le 19 novembre Estelle Youssouffa, l’une des deux députés de Mayotte, membre du groupe Liot à l’Assemblée nationale.

Alors que 39 morts ont pour l’heure été enregistrés dans l’archipel, le bilan des victimes pourrait rapidement grimper quand les zones sinistrées auront été dégagées par les secours. Les autorités estiment que le nombre des morts pourrait s’établir à quelques centaines, voire à un millier.

En attendant, et malgré l’installation le 24 décembre d’un hôpital de campagne dans le stade de Cavani, à Mamoudzou, l’eau, l’électricité et même la nourriture continuent de manquer et les maladies menacent de se propager. « Personne n’est venu dans les bidonvilles »a lancé lundi 30 décembre un enseignant en direction de la ministre Élisabeth Borne, devant les caméras de BFMTV. « Vous pouvez dire ce que vous voulez aux informations, la réalité, elle est là. »