Le Premier ministre belge critique la décroissance et soutient Emmanuel Macron et sa « pause règlementaire »

Le Premier ministre belge Alexander De Croo a critiqué la décroissance lors d’une conférence organisée à Berlin lundi et a rejoint les appels à une pause règlementaire sur les contraintes environnementales d’Emmanuel Macron afin d’éviter de surcharger les entreprises.

/ EURACTIV Allemagne / Euractiv.com
Christian Democrats (CDU) Economy Day
Alors que l’industrie européenne doit évoluer vers une production neutre sur le plan climatique, elle ne devrait pas être accablée par des règlementations supplémentaires, a déclaré Alexander De Croo. [Shutterstock/Filip Singer]

Le Premier ministre belge Alexander De Croo a critiqué la décroissance lors d’une conférence organisée à Berlin ce lundi (22 mai) et a rejoint les appels à une pause règlementaire sur les contraintes environnementales du président français Emmanuel Macron afin d’éviter de surcharger les entreprises.

Alors que l’industrie européenne doit évoluer vers une production neutre sur le plan climatique, elle ne devrait pas être accablée par des règlementations supplémentaires, a déclaré Alexander De Croo (Open VLD, groupe Renew Europe) aux participants d’une conférence organisée par le Wirtschaftsrat der CDU, un groupe de pression économique représentant des entreprises qui possède des liens étroits avec le parti conservateur Union chrétienne-démocrate (CDU, Parti populaire européen).

« N’essayons pas de tout faire en même temps. Concentrons-nous sur ce qui est le plus important », a déclaré M. De Croo, appelant à se concentrer sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

À titre d’exemple, il a cité les nouvelles normes Euro 7, qui ont pour objectif de réduire la pollution des véhicules à combustion à partir de 2025, alors que les constructeurs automobiles préfèrent se concentrer sur l’augmentation de véhicules électriques.

Le Belge a également mentionné la révision du règlement REACH (Enregistrement, évaluation, autorisation et restriction des substances chimiques) et le projet de loi européenne sur la restauration de la nature.

« Est-ce vraiment le bon moment pour mettre en place toutes ces législations, sachant que l’élément crucial est la transition énergétique ? », a-t-il demandé. « Si nous surchargeons les [entreprises] de règles et de règlementations, nous risquons de perdre le soutien du public pour [la politique climatique] », a averti M. De Croo.

Il rejoint ainsi l’appel du président français Emmanuel Macron, repris par le Parti populaire européen (PPE), à une « pause règlementaire » au niveau européen afin de faciliter la digestion des normes du Pacte vert pour l’Europe (Green Deal) par l’industrie.

Cet appel a également trouvé un écho en Allemagne, le ministre de la Justice Marco Buschmann, du Parti libéral-démocrate (FDP, Renew Europe), ayant déclaré la semaine dernière qu’il souhaitait collaborer avec la France afin de réduire le fardeau de la bureaucratie qui pèse sur les entreprises.

Non à la décroissance

Lors de son discours, Alexander De Croo a également critiqué une décroissance qui, pour atteindre les objectifs environnementaux, remet en cause la croissance économique.

« Certains disent que la solution serait la décroissance, le mythe selon lequel nous pourrions lutter contre le changement climatique avec une stratégie du moins : moins de croissance, moins d’investissements, moins de consommation, probablement aussi moins de création d’emplois », a déclaré M. De Croo.

« Cela ne fonctionnera jamais », a-t-il poursuivi, affirmant qu’une stratégie de décroissance serait « totalement contraire à notre nature humaine », les gens voulant « avancer dans la vie » et non « reculer ».

La semaine dernière, une conférence intitulée « Au-delà de la croissance » à eu lieu au Parlement européen à Bruxelles. Des partisans de la décroissance tels que Jason Hickel et Timothée Parrique y ont notamment participé.

Pour Alexander De Croo, il faut plutôt privilégier « une stratégie qui consiste à faire plus, mais mieux », citant la possibilité de découpler la croissance économique des émissions de CO2.

Un Pacte industriel européen

Le Premier ministre belge a plaidé en faveur d’un Pacte industriel européen (European Industrial Deal) pour renforcer le Green Deal, appelant à davantage d’incitations pour l’industrie afin de soutenir les investissements dans les clean tech.

Il a mentionné la loi américaine sur la réduction de l’inflation (Inflation Reduction Act, IRA), expliquant que l’UE doit prendre exemple sur les États-Unis, qui ont mis en place une stratégie reposant sur des « carottes », à savoir les subsides, par opposition aux « bâtons », c’est-à-dire la règlementation.

En outre, M. De Croo a insisté sur la nécessité d’une approche européenne unifiée afin d’éviter une course aux subventions qui pourrait nuire au marché unique européen — il s’agit peut-être là d’une référence implicite au programme allemand de subventions aux industries qui a été critiqué par certains États membres. Pour M. De Croo, de telles mesures unilatérales doivent être ciblées et limitées dans le temps.

Fin 2022, l’homme politique belge avait déjà appelé à une approche unifiée en matière de subventions, déplorant le fait que certains États membres jouent « à un jeu de celui qui a les poches les plus profondes ».

En outre, Alexander De Croo a appelé à une « abondance d’énergie », qui doit cependant être bon marché et verte. Selon lui, cela passe par l’élimination des combustibles fossiles grâce aux énergies renouvelables et à l’hydrogène, ainsi qu’à la connexion des réseaux nationaux.

Ces éléments ont été discutés le mois dernier par les dirigeants — notamment français et allemands — lors du Sommet de la mer du Nord  à Ostende.

Enfin, le Premier ministre belge estime que l’énergie nucléaire devrait revenir sur le devant de la scène, lorsqu’elle sera plus sûre et qu’elle génèrera moins de déchets, en tant que « base fiable et décarbonée pour nos réseaux ».

L’Allemagne a récemment achevé sa sortie du nucléaire en fermant ses derniers réacteurs. Quant à la Belgique, conformément à sa loi de 2003 sur la sortie du nucléaire qui prévoit une sortie totale pour 2025, elle a fermé deux de ses sept réacteurs, mais discute actuellement de la prolongation de deux autres réacteurs pour 10 ans.