Le PPE et le S&D suivent une thérapie

EURACTIV.com

Nous faisons une petite pause à l’occasion de la journée de l’armistice en Belgique (et en France). Rapporteur sera de retour dans votre boîte mail le mercredi 12 novembre.

Bienvenue dans Rapporteur. Je suis Nicoletta Ionta, avec Eddy Wax à Bruxelles.

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À savoir :

  • Omnibus : le PPE et les socialistes en pourparlers de dernière minute pour sauver les règles relatives à la chaîne d’approvisionnement
  • Budget : les capitales européennes divisées sur la fusion des fonds agricoles et régionaux dans le prochain plan septennal
  • Parlement : la médiatrice Teresa Anjinho sous le feu des projecteurs pour la promotion de son assistant en chef

NB : Les articles d’Euractiv en français sont à lire ici.

Bruxelles en un coup d’œil

Le PPE (centre-droit) et le S&D (centre-gauche) sont de retour sur le divan, essayant de se réconcilier après des semaines de thérapie de couple politique infructueuse.

Avec un vote décisif sur les règles relatives à la chaîne d’approvisionnement qui se profile la semaine prochaine, les deux blocs qui ancrent la majorité d’Ursula von der Leyen testent si leur relation peut encore fonctionner – un test dont pourrait également dépendre la crédibilité du Parlement dans son ensemble.

Fin octobre, plusieurs députés socialistes ont rejeté une proposition du PPE visant à assouplir certaines obligations de déclaration pour les entreprises, une décision largement considérée comme un nouveau signe des relations tendues entre les deux groupes.

Alors que le dossier sera de nouveau examiné lors de la mini-session plénière de jeudi prochain à Bruxelles, le PPE se démène pour rassembler des voix. Le chef du groupe, Manfred Weber, s’est lancé dans une campagne de mobilisation totale, exhortant personnellement les députés européens à participer au vote, qu’il a qualifié d’« absolument obligatoire » et d’« essentiel » dans un courriel interne consulté par Rapporteur.

Mardi, le négociateur du PPE, Jörgen Warborn, a initialement rejeté un compromis proposé par le socialiste René Repasi et coordonné avec les libéraux de Renew et les Verts. Mais hier, les deux hommes se sont à nouveau assis à la table des négociations, comme l’ont confirmé plusieurs sources parlementaires.

La dernière offre de M. Repasi exempterait les entreprises de moins de 3 000 employés des règles de diligence raisonnable, en échange d’un assouplissement des dispositions en matière de responsabilité civile pour les grandes entreprises, selon un projet de compromis et des courriels consultés par Euractiv.

« Dans un souci de compromis, nous devons faire tout notre possible jusqu’à la dernière minute », a déclaré M. Repasi à Rapporteur jeudi.

M. Warborn a confirmé que les discussions se poursuivaient. « Nous appelons les autres groupes à se joindre au PPE et à prendre leurs responsabilités envers les entreprises européennes », a-t-il déclaré dans un communiqué, espérant toujours remporter le vote selon ses propres conditions.

Et il y a une lueur d’espoir pour cette relation. La majorité von der Leyen a conclu jeudi soir un accord sur un autre dossier controversé, la loi sur le climat 2040. Le PPE, le S&D, Renew et les Verts se sont mis d’accord sur une position commune, ont déclaré deux sources proches des négociations à mon collègue Nikolaus J. Kurmayer.

Pour l’instant, la fragile romance du centre se poursuit, avec une nouvelle semaine de conseil politique prévue avant la prochaine explosion.

Tentative de réparation du prêt de réparation

Les responsables belges et européens doivent tenir aujourd’hui des discussions techniques sur le projet de « prêt de réparation » pour l’Ukraine, une idée qui a été bloquée par le Premier ministre belge Bart De Wever lors du Conseil européen qui s’est tenu le mois dernier à Bruxelles.

Cette réunion intervient alors que l’exécutif européen rédige un « document d’options » visant à soutenir l’effort de guerre de Kiev, conformément au mandat donné par les dirigeants de l’UE lors du sommet d’octobre. Le prêt reste l’option privilégiée par la Commission pour combler le déficit budgétaire colossal de l’Ukraine, estimé à 65 milliards de dollars pour 2026 et 2027.

Mais les préoccupations de la Belgique concernant les risques financiers et juridiques de ce projet – que Moscou qualifie de vol pur et simple – restent en suspens depuis le sommet informel du Conseil à Copenhague le mois dernier, selon des personnes proches du dossier.

Aucune réunion politique de haut niveau n’est prévue pour l’instant, mais les responsables des deux parties restent en contact régulier.

Scoop : ce que les capitales attendent du nouveau plan européen pour le logement

Les pays de l’UE ont revu leur position avant la conclusion éventuelle d’un accord sur le logement en décembre, une question défendue depuis longtemps par les socialistes et relancée par Ursula von der Leyen dans son discours sur l’état de l’Union. Elle a été inscrite à l’ordre du jour des dirigeants de l’UE lors de la réunion du Conseil du mois dernier, et le plan directeur de la Commission en matière de logement abordable devrait être présenté à la mi-décembre.

Les capitales ont déjà averti Bruxelles de ne pas aller trop loin. Dans la dernière version des conclusions du Conseil consultée par Rapporteur, les pays de l’UE soutiennent une large coordination en matière de financement, de construction et d’inclusion sociale, mais souhaitent que la politique du logement reste clairement entre les mains des États membres.

Le texte préconise désormais d’utiliser les fonds libérés lors de la révision à mi-parcours de la politique de cohésion pour stimuler la construction de logements abordables et invite instamment la Commission à rationaliser les règles en matière d’aides d’État afin que le soutien au logement social puisse être « plus rapide et plus simple ».

Le langage axé sur le marché du premier projet a disparu, remplacé par des références au financement public, aux fonds renouvelables et aux loyers basés sur les coûts.

Un organisme de surveillance sous surveillance

La décision de la médiatrice Teresa Anjinho de promouvoir son propre chef de cabinet au poste le plus élevé de son bureau a suscité des réactions lors d’une réunion à huis clos au Parlement européen jeudi, selon ma collègue Elisa Braun.

Au cours de la session de la commission du contrôle budgétaire, un législateur a interrogé Mme Anjinho sur cette nomination. Elle a défendu la promotion de Lampros Papadias, un avocat grec qui a rejoint le bureau du médiateur en mars, en la qualifiant de « très transparente et indépendante ».

Tout le monde n’était pas convaincu. « Il est passé de chef d’unité à secrétaire général, sautant ainsi sept échelons et doublant son salaire en quelques mois », a déclaré un député européen, soulignant que le comité de sélection soi-disant « indépendant » comprenait à la fois Mme Anjinho et son prédécesseur Ian Harder, qui avait contribué à l’embauche de M. Papadias plus tôt cette année.

Des documents publics confirment que le comité comprenait à la fois Mme Anjinho et M. Harder. Un porte-parole du Médiateur a déclaré à Euractiv qu’il n’y avait « aucun lien personnel entre les membres du comité de sélection et les candidats dans cette affaire ».

Les couteaux sont tirés dans la bataille de la PAC

Jeudi soir, les pays de l’UE se sont affrontés pour savoir s’il fallait supprimer les subventions agricoles du projet de la Commission visant à les fusionner avec les fonds régionaux dans le prochain budget septennal de l’UE, selon mon collègue Jacob Wulff Wold, spécialiste du budget.

Un projet de document du Conseil montre que le Danemark a rejeté les appels – faisant écho à la position du Parlement – visant à exclure les subventions agricoles des nouveaux plans nationaux en début de semaine. Les pays d’Europe centrale et orientale ont fait pression hier pour inclure l’option d’un changement structurel dans la « boîte de négociation », la liste des questions qui doivent être décidées par les dirigeants de l’UE, mais l’Allemagne, la Suède, les Pays-Bas et la Finlande ont fermement rejeté cette idée.

Les députés européens exigeant une PAC autonome, les pays attendent désormais de voir quelles concessions la Commission pourrait mettre sur la table. Von der Leyen s’entretiendra lundi avec la présidente du Parlement, Roberta Metsola, pour tenter d’éviter une rébellion naissante au sujet du budget à long terme de l’UE.

Faire taire

Les premières discussions informelles de l’UE sur l’interdiction du gaz russe se sont achevées tôt jeudi matin, sans toutefois aboutir à une véritable avancée. Cette conclusion rapide a mis en évidence un profond clivage entre les capitales nationales, désireuses d’épargner le pétrole des sanctions et d’avancer lentement, et les députés européens, qui poussent à abandonner sans délai le pétrole et le gaz.

Pendant ce temps, Moscou resserre discrètement son emprise. La plupart de ses gazoducs vers l’Europe étant détruits ou fermés, le gazoduc russe TurkStream achemine des volumes records vers l’UE via la Serbie, maintenant ainsi la Hongrie et la Slovaquie sous sa coupe. Les livraisons de GNL russe vers l’Europe ont également bondi d’un quart en octobre par rapport à septembre.

Les Capitales

BRUXELLES 🇧🇪

Le principal aéroport belge a été brièvement fermé pour la troisième fois cette semaine après qu’un autre drone a été aperçu jeudi soir, dans un contexte marqué par une série d’incursions mystérieuses dans l’espace aérien belge, notamment à proximité de bases militaires abritant des installations nucléaires et des avions F-35. Les autorités enquêtent sur l’origine de ces drones, qui ont provoqué plusieurs fermetures d’aéroports et déclenché des alertes de sécurité.

STOCKHOLM 🇸🇪

Le leader d’extrême droite des Démocrates suédois, Jimmie Åkesson, s’est vu accorder le pouvoir de bloquer tout gouvernement qui exclurait son parti, selon un plan interne consulté par Expressen avant les élections de 2026. Le document, qui doit être approuvé lors du congrès du parti à Örebro, habilite également Åkesson à nommer sa propre équipe de négociation. Le secrétaire du parti, Mattias Bäckström Johansson, a déclaré que le parti voterait contre tout candidat au poste de Premier ministre s’il n’était pas inclus dans le gouvernement.

BERLIN 🇩🇪

Les lois allemandes sur la prostitution font l’objet d’un nouvel examen après que la présidente du Bundestag, Julia Klöckner, ait qualifié le pays de « bordel de l’Europe » et que la ministre de la Santé, Nina Warken, ait soutenu l’interdiction de l’achat de services sexuels. Toutes deux ont appelé à l’adoption du modèle nordique, qui pénalise les acheteurs mais pas les travailleurs du sexe, arguant que le cadre libéral allemand n’a pas réussi à protéger les femmes. La chercheuse Julia Wege a déclaré que la loi de 2002 avait donné du pouvoir aux proxénètes et rendu les femmes migrantes vulnérables, ajoutant que des « signaux forts » étaient nécessaires pour redéfinir les limites.

MADRID 🇪🇸

La Cour nationale espagnole a ouvert une enquête sur des paiements en espèces non déclarés qui auraient été versés par le Parti socialiste (PSOE) au ministre José Luis Ábalos et à son assistant Koldo García. Les deux hommes sont déjà jugés par la Cour suprême pour un système de pots-de-vin lié à des appels d’offres publics truqués. Le juge Ismael Moreno a lancé l’enquête jeudi afin d’examiner les divergences entre les sommes déclarées, tandis que le PSOE soutient que les « avances en espèces » d’un montant d’un million d’euros ont été dûment vérifiées.

ATHÈNES 🇬🇷

Le géant américain de l’énergie ExxonMobil, en collaboration avec les entreprises grecques HELLENiQ Energy et Energean, a signé jeudi un accord pour commencer l’exploration gazière dans le nord-ouest de la mer Ionienne, près de la zone économique exclusive de l’Italie. Ce projet est la première grande recherche d’hydrocarbures menée par la Grèce depuis près de quatre décennies et pourrait permettre au pays d’atteindre une indépendance énergétique partielle d’ici 2027 si des réserves viables sont découvertes. Des entreprises américaines détiennent déjà des contrats d’exploration au large de la Crète, élargissant ainsi leur présence en Méditerranée orientale.

PRAGUE 🇨🇿

Le Premier ministre tchèque sortant, Petr Fiala, a condamné l’élection du leader d’extrême droite Tomio Okamura à la présidence de la Chambre des députés, qualifiant cette décision d’« énorme erreur » qui place une figure « xénophobe » à la tête de la chambre basse. Okamura, qui dirige le parti Liberté et démocratie directe, a été élu avec le soutien du parti populiste ANO et du mouvement de droite Motorists, qui détiennent désormais la majorité. Il est connu pour ses propos incendiaires sur les minorités et l’islam. (INSÉRER LE LIEN)

BRATISLAVA 🇸🇰

Le ministre de la Défense Robert Kaliňák a accusé les forces de l’ordre d’inaction concernant les plaintes pénales relatives au transfert par la Slovaquie en 2022 d’avions de combat MiG-29 et de munitions à l’Ukraine. S’exprimant sur la chaîne pro-russe Infovojna, M. Kaliňák a déclaré que les enquêteurs étaient « trop lents » pour poursuivre les irrégularités présumées. Le Parquet européen a ouvert une enquête, tandis que l’ancien ministre de la Défense Jaroslav Naď, qui a autorisé les transferts, a nié toute malversation.

Egalement sur Euractiv

Opinion : le chaos dans l’espace aérien européen, une nouvelle réalité

Dans son dernier éditorial, la chroniqueuse d’Euractiv Ilana Bet-El affirme que la vulnérabilité de l’Europe face aux incursions de drones est devenue emblématique d’un continent incapable de protéger son propre espace aérien ou sa réputation.

Alors que les aéroports de Bruxelles à Copenhague ferment à plusieurs reprises sous le bourdonnement de drones non identifiés, Mme Bet-El, conseillère stratégique, historienne et ancienne fonctionnaire des Nations unies, avertit que la réponse de l’UE a été marquée par la confusion plutôt que par la coordination. Malgré tous les discours sur les « murs anti-drones » et la vigilance de l’OTAN, l’Europe n’a toujours pas de plan, un échec qui risque de renforcer son image de « maillon faible du monde ».

Une porte vers l’Europe : le Mexique cherche une issue à la guerre commerciale de Trump

Alors que Donald Trump relance la guerre commerciale, le Mexique envisage de nouvelles options au-delà de son voisin du nord.

La visite d’Emmanuel Macron au Mexique vendredi vise à réaffirmer les liens multilatéraux et à approfondir les relations économiques, alors que la présidente Claudia Sheinbaum cherche à réduire la forte dépendance du pays vis-à-vis des États-Unis, qui absorbent encore plus de 84 % des exportations mexicaines.

Agenda

📍 COP30 à Belém, au Brésil, en présence d’António Costa et d’Ursula von der Leyen

📍 Réunion du Coreper I

📍 Roberta Metsola en visite en Moldavie

 

Editrices : Nicoletta Ionta, Eddy Wax, Christina Zhao, Sofia Mandilara

Contributeurs.trices : Jacob Wulff Wold, Nikolaus J. Kurmayer, Magnus Lund Nielsen, Elisa Braun, Thomas Møller-Nielsen, Inés Fernández-Pontes, Laurent Geslin, Aleksandra Krzysztoszek, Natália Silenská, Alessia Peretti, Aneta Zachová