Le PPE est optimiste mais ne considère pas la reconduction d’Ursula von der Leyen comme acquise

Le Parti populaire européen (PPE) est optimiste quant à la possibilité pour sa candidate Ursula von der Leyen de recueillir la majorité nécessaire lors d’un vote au Parlement européen jeudi prochain (18 juillet) au terme duquel elle pourrait être reconduite à la tête de la Commission.

/ Euractiv.com
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Le vote du Parlement européen sur la réelection d’Ursula von der Leyen approchant, le PPE prend ses dispositions pour s’assurer que la majorité nécessaire, 361 eurodéputés sur les 720 de l’hémicycle, soit atteinte lors du vote du 18 juillet. [Shutterstock/Alexandros Michailidis]

Le Parti populaire européen (PPE) de centre droit est optimiste quant à la possibilité pour sa candidate Ursula von der Leyen de recueillir la majorité nécessaire lors d’un vote au Parlement européen jeudi prochain (18 juillet) au terme duquel elle pourrait être reconduite à la tête de la Commission européenne.

Le vote du Parlement européen sur la réélection d’Ursula von der Leyen approchant, le PPE prend ses dispositions pour s’assurer que la majorité nécessaire, 361 eurodéputés sur les 720 de l’hémicycle, soit atteinte.

Pour l’instant, Ursula von der Leyen semble pouvoir compter sur les voix de la coalition centriste pro-UE composée du PPE, des Socialistes et Démocrates européens (S&D), et des libéraux de Renew Europe. Ensemble, ces partis disposent de 400 sièges.

Cependant, comme le scrutin est à bulletin secret, il est impossible d’affirmer avec certitude que tous les eurodéputés de ces groupes voteront pour elle, et le PPE prévoit 15 % de pertes potentielles de voix, même au sein de sa propre famille politique.

C’est pour cette raison que la présidente sortante de l’exécutif a tenu à s’assurer le soutien d’autres groupes politiques également. Suite à des discussions avec les Verts, elle pourrait compter sur le soutien du groupe Verts/ALE et de ses 53 eurodéputés.

Selon les chiffres actuels, si les Verts ne rejoignent pas la coalition PPE-S&D-Renew qui voterait en sa faveur et que les 15 % de pertes devenaient réalité, Ursula von der Leyen se trouverait en mauvaise posture et n’obtiendrait pas les 361 voix de la majorité. Si les Verts rejoignent la coalition toutefois, sa reconduction semble plus certaine.

Le PPE veut assurer un soutien suffisant

Une source du PPE au fait de la question a confié à Euractiv que le parti portait désormais son attention sur les écarts qui pourraient être faits par ses propres eurodéputés sur ce vote : Les Républicains (LR, six sièges), le Parti populaire autrichien (ÖVP, cinq sièges) et le Parti démocratique slovène (SDS, quatre sièges).

Tous ces partis s’étaient opposés à la nomination de l’Allemande en tant que tête de liste du PPE lors du congrès du parti qui s’est tenu à Bucarest en mars dernier.

« Nous honorons la décision de chaque eurodéputé, nous faisons ce qui doit être fait et nous ne prenons rien pour acquis », a déclaré la source.

Une source proche de la délégation autrichienne a indiqué que tous les eurodéputés de l’ÖVP voteraient en faveur d’Ursula von der Leyen lors de la plénière du Parlement la semaine prochaine.

Cependant, les Autrichiens pourraient se révéler imprévisibles : lors du congrès du PPE à Bucarest, la direction de l’ÖVP a annoncé à la dernière minute à la presse nationale que ses délégués voteraient finalement contre la désignation de présidente de la Commission comme tête de liste et donc candidate à sa propre succession.

Dans le cas du LR français, la direction du PPE a fait un pas en avant le 24 juin en nommant leur eurodéputé François-Xavier Bellamy au poste de trésorier du PPE.

Selon les observateurs, cette décision était un geste envers Les Républicains pour qu’ils mettent un terme à leur querelle avec Ursula von der Leyen.

Toutefois, une source de LR a expliqué à Euractiv que la position du parti contre la présidente de la Commission ne devrait pas changer, même si les eurodéputés de la délégation discuteront de la question la semaine prochaine.

À Berlin, une source proche de la délégation de l’Union chrétienne-démocrate d’Allemagne (CDU, parti d’Ursula von der Leyen) au PPE a déclaré qu’ils n’étaient pas inquiets du vote d’élection de leur membre.

Cependant, les pertes potentielles au sein du PPE pourraient être plus importantes que prévu si l’on considère que lors du congrès de Bucarest, bien que 737 délégués du PPE aient eu le droit de voter, seuls 499 ont effectivement voté, et 89 d’entre eux se sont prononcés contre elle.

Les craintes des Verts et des libéraux

Pour les Verts et les libéraux, chaque mot du discours d’Ursula von der Leyen la semaine prochaine à Strasbourg devrait être important.

Les Verts devraient voter en bloc pour l’actuelle présidente tant qu’elle ne revient pas en arrière sur le Pacte vert pour l’Europe (Green Deal), une ligne rouge selon eux.

Dans le même temps, ils se trouvent face à un PPE « désuni », en particulier en ce qui concerne le choix d’Ursula von der Leyen de chercher le soutien de la gauche plutôt que celui du groupe des Conservateurs et Réformistes européens (CRE) d’extrême droite.

« Je pense qu’il y a plusieurs délégations [au sein du PPE] qui ont des positions très différentes sur ce sujet, et nous avons évidemment une préférence pour le côté qui devrait prévaloir dans cette lutte interne au groupe », a déclaré la co-présidente du groupe des Verts/ALE, Terry Reintke.

Les libéraux de Renew considèrent quant à eux Ursula von der Leyen comme la « seule alternative » pour bloquer l’extrême droite avec la renaissance de la grande coalition pro-UE.

Cependant, ils craignent qu’elle n’ait fait de nombreuses promesses à plusieurs groupes pour pouvoir mettre en place cette coalition.

« Elle a promis beaucoup de choses différentes à beaucoup de personnes différentes », a observé un fonctionnaire de Renew, expliquant à Euractiv que ces promesses pourraient finir par jouer des tours à l’Allemande.

Renew cite le maintien de l’interdiction des moteurs à combustion interne dans les nouvelles voitures à partir de 2035, une demande cruciale pour les socialistes pour la prochaine législature européenne.

La nouvelle a déjà suscité des réactions à Berlin, le ministre allemand des Transports du FDP, Volker Wissing, avertissant que refuser de revenir sur l’interdiction constituerait une « gigantesque fraude électorale ».

« Le vote est secret, mais il serait dommage qu’elle soit élue grâce aux votes des groupes S&D, Renew, ou même CRE, et qu’elle perde à cause de désaccords internes au sein de son propre parti », a déclaré une source de Renew.

Les eurodéputés irlandais de Renew se sont opposés à son second mandat en raison de sa position ouvertement pro-israélienne.

« Mais les Irlandais reviendront à eux », estime un haut responsable de Renew.

Rhétorique vs actions

Dans le camp des socialistes, les délégations « ne sont pas franches » quant à leurs intentions de vote la semaine prochaine, a déclaré une source du groupe S&D à Euractiv.

Pour sa part, l’eurodéputé allemand Udo Bullmann (Parti social-démocrate, SPD) a déclaré à Euractiv qu’il n’attendait pas le discours d’Ursula von der Leyen mais plutôt de véritables engagements.

« J’ai entendu son merveilleux discours il y a cinq ans, mais cela n’avait rien à voir avec ce qui a suivi. »

« Pourquoi ne pas l’exhorter à souscrire à quelques principes ? Comment partager le pouvoir, comment organiser la gouvernance au sein de la Commission, comment établir un équilibre qui intègre S&D, Renew, les Verts ainsi que le PPE ?  »

L’homme politique allemand a fortement soutenu l’inclusion des Verts dans la coalition pro-UE en tant que « force productive ».

Selon lui, Ursula von der Leyen « devrait se tenir à l’écart de [Giorgia] Meloni [du parti Fratelli d’Italia, membre du groupe CRE] et suivre le conseil d’être la candidate des forces pro-européennes », a-t-il noté.

Enfin, il a estimé que le PPE, un « groupe qui leur permet d’accéder ensemble au pouvoir », ferait « tout ce qu’il faut pour trouver une majorité » pour Ursula von der Leyen.

Nick Alipour et Laurent Geslin ont contribué à la rédaction de cet article.

[Édité par Anna Martino]