Le Portugal prêt à affronter la France sur les déficits budgétaires

Donner un nouveau souffle à l’agenda européen de Lisbonne pour relancer l’économie européenne est la priorité du premier ministre portugais, José Socrates, désormais à la tête de l’Union européenne. Son premier défi sera néanmoins de convaincre la France de s’en tenir aux règles européennes en matière fiscale, Nicolas Sarkozy semblant déterminé à ne pas les respecter.

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Donner un nouveau souffle à l’agenda européen de Lisbonne pour relancer l’économie européenne est la priorité du premier ministre portugais, José Socrates, désormais à la tête de l’Union européenne. Son premier défi sera néanmoins de convaincre la France de s’en tenir aux règles européennes en matière fiscale, Nicolas Sarkozy semblant déterminé à ne pas les respecter.

En bref :

Le premier ministre portugais, José Socrates, a annoncé que la modernisation des économies et des sociétés européennes, associée à la réforme des Traités et au renforcement du rôle de l’Europe sur la scène internationale, ne constituerait que l’un des trois « axes clés » de la présidence portugaise de l’UE. 

Sa principale préoccupation consiste à insuffler une nouvelle force à l’agenda européen de Lisbonne afin de permettre à l’Europe de faire face à la concurrence mondiale.
Alors que le dirigeant socialiste a déjà souligné son intention de donner à la dimension sociale de la stratégie de Lisbonne (faire de l’Europe l’économie de la connaissance la plus compétitive au monde en 2010) « l’importance et la visibilité qu’elle mérite », il a également précisé qu’il n’avait pas peur de proposer des réformes économiques strictes.

L’exemple des quelques mesures mises en place dans son propre pays pour assainir les finances illustrent sa volonté dans ce domaine. Le premier ministre portugais a par exemple mis en oeuvre une réforme controversée augmentant l’âge minimum du départ à la retraite de 60 à 65 ans pour les fonctionnaires.
Avec une croissance économique stagnante et un PIB par personne ne représentant pas plus de 70% de la moyenne européenne, le Portugal est l’un des moins bons élèves en ce qui concerne le respect des objectifs de Lisbonne.  Depuis son arrivée au pouvoir il y a deux ans, José Socrates a néanmoins réussi à réduire le déficit budgétaire de 6,8% à 3,9%.
Le Portugal devrait, de plus, s’aligner sur les règles de la zone euro (pacte de stabilité et de croissance) au cours de l’année 2008. Ceci exige un maintien des déficits en dessous de la barre des 3% du PIB. 

Sa poursuite impitoyable des réformes économiques libérales et de la discipline fiscale pourrait le faire entrer en guerre avec le président français. Nicolas Sarkozy a en effet récemment annoncé son intention de défier les règles relatives à l’euro et de repousser à 2012 le retour à l’équilibre du budget de la France, malgré les promesses du gouvernement précédent de réduire les dépenses d’ici 2010. 

Un conflit pourrait éclater entre la France et le Portugal le 9 juillet 2007, lors de la réunion des ministres des Finances de la zone euro à Bruxelles, à laquelle Nicolas Sarkozy s’est invité pour défendre sa position. Ce dernier soutiendra que la France a besoin de davantage de réductions d’impôts pour dynamiser son économie.
José Socrates a cependant déjà proscrit une telle initiative, soutenant qu’une « politique budgétaire extrêmement exigeante » devait s’appliquer partout, « que ce soit en France, au Portugal ou dans tout autre pays », et a averti que la crédibilité du pacte de stabilité et de croissance serait remise en cause si les pays abandonnaient l’objectif de 2010 fixé par les 27 États membres à Berlin il y a trois mois.

Le ministre des Finances portugais, Fernando Teixeira dos Santos, a indiqué qu’il craignait que l’Europe, si elle ne saisit pas cette opportunité de consolider le budget en cette période de relance économique, ne fasse la même erreur que dix ans auparavant, lorsque les États membres, n’ayant pas équilibré leurs budgets en période de boom économique, avaient plongé dans une crise financière.
« Il est évidemment important pour la monnaie unique d’avoir une politique budgétaire extrêmement exigeante et pour le système entier que tous les pays respectent leurs engagements budgétaires »a indiqué hier le premier ministre portugais. Fernando Teixeira dos Santos a ajouté de son côté : « Si un pays ne veut pas respecter un engagement, cela soulève un problème qui n’est pas juridique mais politique, je souhaite donc alerter la France sur ce que sera la réaction de ses partenaires ».