Le plan français de relance du secteur automobile soulève des craintes protectionnistes [FR]

Le plan annoncé par le président français Nicolas Sarkozy visant à fournir 6,5 milliards d’euros aux producteurs français d’automobiles a causé un grand tumulte parmi les leaders européens. La République tchèque, actuelle présidente de l’UE, a appelé à un sommet extraordinaire sur ce sujet. La Commission européenne a déclaré qu’elle examinerait en détail les propositions.

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Le plan annoncé par le président français Nicolas Sarkozy visant à fournir 6,5 milliards d’euros aux producteurs français d’automobiles a causé un grand tumulte parmi les leaders européens. La République tchèque, actuelle présidente de l’UE, a appelé à un sommet extraordinaire sur ce sujet. La Commission européenne a déclaré qu’elle examinerait en détail les propositions.

Les mesures annoncées lundi (9 février) impliquent le paiement d’un prêt de 3 milliards d’euros à deux fabricants d’automobiles (PSA Peugeot Citroën et Renault) et d’un autre, de 500 millions d’euros, à Renault Trucks, détenu par AB Volvo, de Suède. 

M. Sarkozy a indiqué que ce n’était ni un cadeau, ni une subvention, mais un prêt proposé avec un taux d’intérêt de 6 %. Il a ajouté que Renault et PSA s’étaient engagés à ne pas fermer de site et à tout mettre en œuvre pour éviter les licenciements le temps de l’exécution du prêt. 

L’annonce a immédiatement causé un tollé parmi les leaders européens, qui ont dénoncé les mesures comme étant protectionnistes.

Pour le Premier ministre tchèque Mirek Topolánek, qui a convoqué un sommet européen en urgence pour lutter contre les déclarations et les démarches protectionnistes entreprises par certains leaders européens, les déclarations de Nicolas Sarkozy sont incroyables. 

M. Topolánek a ajouté que le plan français pourrait aussi avoir des conséquences négatives quant à la ratification du traité de Lisbonne en République tchèque. Selon Reuters, il aurait déclaré que si l’on souhaitait faire peser des menaces sérieuses sur la ratification du traité de Lisbonne, l’on ne pouvait choisir un meilleur moyen, ni un meilleur moment.

Jean-Claude Juncker, président de l’Eurogroupe, Premier ministre et ministre des Finances du Luxembourg, a appelé à une meilleure coordination économique, alors que certains pays préparent des plans nationaux de lutte contre le ralentissement économique. Il a déclaré se sentir inquiet quant au fait que chaque Etat membre, l’un après l’autre, organise ses propres plans et programmes. 

Dans le même temps, la Commission a déclaré qu’elle examinerait attentivement le plan français. Le porte-parole de l’exécutif européen en charge de la concurrence, Jonathan Todd, a indiqué que la Commission aura besoin d’examiner très attentivement et en détail les subventions et leurs conditions inhérentes, afin de s’assurer de leur conformité avec les règles relatives aux aides d’Etat et au marché intérieur. 

Toutefois, la chancelière allemande Angela Merkel semble minimiser les craintes protectionnistes dans une lettre à l’attention de M. Topolánek et de la Commission européenne, qu’elle signe conjointement avec M. Sarkozy. Le sommet extraordinaire, écrivent-ils, devrait se concentrer en priorité sur la restauration du crédit. Les solutions peuvent varier d’un Etat à l’autre, mais les lignes directrices et les principes doivent être approuvés conjointement afin de s’assurer du fonctionnement correct du marché intérieur et d’éviter toute répercussions dans l’Union européenne, poursuivent-ils. 

La réaction suédoise 

Le premier ministre suédois, Fredrik Reinfeldt, dont le pays assurera la présidence tournante de l’UE à partir du 1er juillet 2009, a déclaré hier (9 janvier) à Bruxelles qu’il était très inquiet face à la vague de mesures protectionnistes en Europe. 

Aux côtés du président de la Commission José Manuel Barroso, M. Reinfeldt a violemment critiqué les leaders européens qui cherchent à mettre en œuvre différentes formes de soutien à leurs industries nationales. 

Dans une critique à peine voilée contre la France, M. Reinfeldt a déclaré que si tous cherchent à protéger leur propre économie, l’Europe deviendra seulement plus pauvre et s’effondrera dans ce contexte de crise économique.

La Suède est connue pour être l’un des plus fervents opposants au protectionnisme parmi les 27 Etats membres de l’UE, et a exprimé une profonde consternation à l’égard des fréquentes critiques du président Sarkozy quant à la position pro libérale de certains officiels de l’UE. 

Dès l’année dernière, bien l’apparition des pires effets de la crise financière mondiale, la ministre du Commerce du pays, Ewa Björling décrivait comme effrayante la montée de la rhétorique protectionniste parmi les dirigeants européens. Et le mois dernier, Mme Björling a répété que le protectionnisme était la dernière chose dont l’économie mondiale avait besoin. 

La présidence suédoise est au point

Le Premier ministre suédois a ouvertement évoqué la crise financière ainsi que les autres priorités de la présidence suédoise, qui approche à grand pas. 

M. Reinfeldt a reconnu que la Suède prendrait les reines de l’UE à un moment particulier, où le Parlement sera renouvelé avec les élections de juin, où la Commission sera également renouvelée, et éventuellement où les traités seront renouvelés, avec le passage du traité de Nice à celui de Lisbonne. 

M. Reinfeldt a ensuite expliqué que le problème du changement climatique constituera le thème prioritaire de sa présidence de l’UE, et qu’il espère superviser l’accord mondial sur le changement climatique lors de la conférence de Copenhague en décembre.  

Il a également détaillé les autres priorités de la présidence suédoise, en particulier le « programme de Stockholm » pour les politiques de la migration, le crime international et la « stratégie de la mer Baltique », laquelle met en place un projet pour améliorer la collaboration de l’Europe avec les pays de la mer Baltique. 
En dépit des questions de la presse, M. Reinfeldt ne s’est pas laissé attirer vers le sujet d’une éventuelle entrée de la Suède dans la zone euro.

Le président de la Commission, José Manuel Barroso, a semblé adresser au Premier ministre suédois des messages contradictoires sur la question de l’euro, évoquant d’abord le fait que tous les Etats membres sont égaux, qu’ils fassent ou non partie de la zone euro ; puis expliquant que partager la charge de la crise économique via le marché et la monnaie uniques constituait l’atout de l’Europe. L’Europe nous garde en sécurité, a-t-il déclaré.