Le plan de sauvetage acclamé par les uns, décrié par les autres
Décision historique, soulagement, remède injuste ou insuffisant... Les décisions cruciales prises par les dix-sept dirigeants de l’eurozone continuent de diviser la classe politique.
Décision historique, soulagement, remède injuste ou insuffisant… Les décisions cruciales prises par les dix-sept dirigeants de l’eurozone continuent de diviser la classe politique.
La décision des dirigeants européens était tellement attendue que les réactions ne manquent pas. Le plan d’aide de 109 milliards d’euros dédié à la Grèce, et les mesures spécifiques prises pour le Portugal et l’Irlande emportent l’enthousiasme dans les rangs de la droite. La gauche émet des réserves mais les critiques les plus cinglantes viennent des eurosceptiques et des altermondialistes.
Concert de louanges
Dans l’Hexagone, la droite se range naturellement derrière le Président Sarkozy et se félicite du rôle joué par la France. Dès le lendemain du sommet européen, le premier ministre François Fillon a précisé que la participation française au plan d’aide atteindrait les 15 milliards d’euros. Ce montant servira de garantie aux prêts accordés à Athènes par le Fonds européen de stabilité financière.
Le secrétaire général de l’UMP, Jean-François Copé, a qualifié de « décisive » l’impulsion de Nicolas Sarkozy « pour sauver la Grèce, l’Europe et protéger les Français ».
La ministre du Budget Valérie Pécresse a rappelé que ne pas sauver la Grèce aurait coûté « plusieurs milliards d’euros par an » à la France en hausse de taux d’intérêts sur des prêts qu’elle contracte.
Les rangs de l’UMP à l’Assemblée nationale ont également réservé un très bon accueil à l’accord scellé après de nombreuses heures de négociations. « La crise conjoncturelle aura ainsi permis à l’Europe de faire des progrès considérables sur le fond car tous les partenaires comprennent qu’il en va de l’intérêt commun, mais aussi de l’intérêt de chacun d’entre eux », a déclaré le président de la commission des Affaires européennes Pierre Lequiller.
Avec solennité, le ministre français de l’Économie, François Baroin, a quant à lui évoqué « un vrai rendez-vous d’histoire » .
Une expression reprise par le centriste Jean-Louis Borloo, invité de France-Inter au lendemain du Conseil. Le possible candidat à la présidentielle de 2012 a cependant regretté que la réunion n’ait pas permis « la mise en place d’une taxe sur les activités bancaires », et espère que « cette occasion se représentera » plus tard.
Pointes d’inquiétudes
Pas de levée de bouclier du côté du PS, mais pas de réel enthousiasme non plus. La candidate à la primaire socialiste, Martine Aubry a souligné que « le problème restait entier », la priorité restant de « bâtir le gouvernement de l’euro ».
Un sentiment partagé par Harlem Désir. Invité d’Europe1 le 22 juillet, le premier secrétaire du PS par intérim estime que « ce plan ne sera pas suffisant ». De son côté, François Hollande a aussi égratigné cet accord jugé « tardif « .
Au centre, le président du MoDem François Bayrou a été plus loin en prédisant « d’autres crises » dans la zone euro.
Le porte-parole du nouveau Centre Jean-Marie Cavada a quant à lui appelé à « un rapprochement puis une unification des fiscalités » pour se préserver des dangers futurs.
Pauvre France…
Les souverainistes et les eurosceptiques jouent les Cassandre.
Pour le président du Debout la République, Nicolas Dupont-Aignan la decision prise est « une grosse rustine » qui va endetter un peu plus les Français. Le député de l’Essonne en appelle à une monnaie unique « permettant des ajustements monétaires nationaux (euro-franc, euro-mark, euro-drachme,…) et dont les parités entre elles seraient revues une fois l’an en fonction des fondamentaux économiques de chaque pays ».
De funestes prédictions partagées par la présidente du Front national, Marine Le Pen. Selon elle, les contribuables français seront les premiers à souffrir de cette nouvelle aide européenne. « Nicolas Sarkozy et la Caste ont effet décidé de jeter 109 nouveaux milliards d’euros d’argent public dans le trou sans fond de la dette grecque », déclare la chef de file du FN.
Sur la voie du fédéralisme économique
A Bruxelles l’heure est aussi aux commentaires.
Le président du PPE, Joseph Daul, a salué les “décisions capitales” prises par les leaders de l’eurozone. Elles doivent “bien sûr être maintenant mises en œuvre sans délai et le paquet ‘gouvernance économique’, qui se trouve actuellement devant le Conseil et le Parlement européen, doit être finalisé aussi vite que possible, au plus tard en septembre”, a-t-il pris soin de préciser.
Chez les Verts européens l’accueil est optimiste. L’eurodéputé Daniel Cohn-Bendit estime que les conclusions “vont dans la bonne direction puisqu’elles s’orientent vers un fédéralisme financier.”
Une idée également reprise en France par la présidente du Medef, Laurence Parisot. « Cette détermination peut et doit aujourd’hui ouvrir la voie à une forme inédite de fédéralisme économique », a-t-elle déclaré dans un communiqué de presse.
Soulagement pour les uns…
Les pays européens les plus endettés se disent soulagés surtout le Portugal, l’Irlande et surtout la Grèce, tous trois bénéficiaires d’un plan d’aide européen.
Le premier ministre grec, George Papandreou, a estimé que les mesures adoptées le 21 juillet « pourront garantir les besoins de refinancement de la Grèce, jusqu’en 2020. »
De son coté le premier ministre portugais, Pedro Passos Coelho, considère que « le Portugal est sorti du Sommet avec de meilleures conditions pour réaliser avec succès son programme d’assistance financière. »
L’Irlandais, Enda Kenny est lui aussi reparti plus léger. “Le programme de soutien réduira à terme le coût de notre dette, allégeant ainsi le fardeau sur les contribuables”, a-t-il déclaré à Reuters.
…Fardeau pour les autres
L’heure est pourtant moins aux réjouissances dans certains pays européens. Avant le début du sommet, le chef du gouvernement néerlandais avait rejeté fermement toute nouvelle vague de mesures pour l’ensemble des pays endettés de la zone euro. « Cela pèsera lourd sur les épaules de nos contribuables », avait-il déclaré à Reuters.
Même indignation chez le mouvement Attac : « Le sommet de la zone euro a donc confirmé le choix politique des dirigeants européens : faire payer aux contribuables et aux peuples européens le coût de la crise via le Fonds européen de stabilité financière (FESF) et les plans d’hyper-austérité », peut-on lire sur leur site internet.