Le plan de réduction des pesticides de l’UE pourrait compromettre les exportations agricoles, selon des ministres européens

Les ministres de l’UE ont exprimé leurs inquiétudes concernant la compatibilité des exigences phytosanitaires internationales avec le plan de réduction des pesticides de l’UE.

Euractiv.com
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Les ministres de l’Agriculture de l’UE ont discuté du plan européen visant à réduire l’utilisation des pesticides — proposition de règlement sur l’utilisation durable des produits phytosanitaires (SUR) — et de la situation phytosanitaire dans l’UE lors de leur réunion mensuelle à Luxembourg. [[SHUTTERSTOCK]]

Les ministres de l’UE ont exprimé leurs inquiétudes concernant la compatibilité des exigences phytosanitaires internationales avec le plan de réduction des pesticides de l’UE. Ils ont averti que les exportations agricoles du bloc s’en trouveraient compromises.

La discussion sur la proposition controversée de l’exécutif européen relative au règlement sur l’utilisation durable des pesticides (SUR), qui s’est tenue lors d’une réunion des ministres de l’Agriculture de l’UE mardi (25 avril), a été menée par la délégation lettone dans le cadre d’un document informel conjoint qui a obtenu le soutien d’un certain nombre de pays d’Europe de l’Est.

La proposition SUR fixe des objectifs visant à réduire de 50 % l’utilisation et les risques liés aux produits phytosanitaires chimiques et plus dangereux d’ici à 2030.

Les ministres de l’UE craignent toutefois que ces réductions ne mettent en péril la santé des plantes et ne compromettent le respect des obligations internationales, ce qui aurait des répercussions sur les exportations de produits de base en dehors de l’UE.

Dans le cadre de la Convention internationale pour la protection des végétaux (CIPV), l’UE est tenue de lutter contre les organismes nuisibles et d’empêcher leur prolifération à l’échelle internationale, en particulier pour ceux qui sont considérés comme dangereux dans les pays tiers.

En effet, les règles d’importation adoptées par les pays tiers incluent l’obligation d’utiliser des produits phytosanitaires « pendant la culture et le traitement post-récolte des cultures », est-il indiqué dans le document informel.

Le ministre letton de l’Agriculture, Didzis Šmits, a ainsi tiré la sonnette d’alarme sur « les conséquences négatives de la proposition [SUR] […] concernant la propagation des maladies des plantes et les problèmes réels qui en découleront, car les producteurs de l’UE ne seront plus en mesure de garantir un niveau de santé des plantes aussi élevé que par le passé ».

Selon M. Šmits, s’ensuivra une réduction « significative » de la production alimentaire et une dépendance à l’égard des intrants.

De même, le représentant permanent adjoint de la Pologne auprès de l’UE, Arkadiusz Pluciński, a ajouté que le changement climatique et la mobilité croissante des personnes sont « propices à l’augmentation des organismes nuisibles et des maladies ».

« Nous devons avoir la possibilité de protéger nos cultures et de nous conformer aux exigences phytosanitaires des pays tiers », a-t-il souligné.

D’autres pays ont rejoint ces préoccupations, soulignant la « nécessité » d’une « solide » analyse d’impact.

L’année dernière, les ministres de l’Agriculture de l’UE ont demandé à la Commission d’élargir l’analyse d’impact de la proposition SUR afin de recueillir davantage d’informations avant de poursuivre, ce qui a eu pour effet de bloquer les négociations.

La Commission européenne a approuvé cette demande le mois dernier et fournira des « informations supplémentaires ».

Gonçalo Rodrigues, secrétaire d’État portugais à l’Agriculture, a souligné la nécessité de « mesures législatives fondées sur une solide analyse d’impact et des études conformes aux normes internationales et en accord avec les pays tiers ».

De son côté, la secrétaire d’État allemande à l’Agriculture, Silvia Bender, a admis ne pas être tout à fait d’accord avec l’approche lettone. Elle a déclaré que les exigences sanitaires européennes et internationales « devraient être garanties [et] que tous les aspects du règlement SUR devraient être étudiés avec soin ».

Vers un trilogue

La commissaire européenne chargée de la Sécurité alimentaire, Stella Kyriakides, a toutefois soutenu la proposition, en assurant que les préoccupations soulevées par les ministres y sont prises en compte.

« La législation phytosanitaire de l’UE exige des États membres qu’ils délimitent la zone autour des zones infectées et qu’ils prennent des mesures immédiates afin d’éradiquer certains organismes nuisibles », a-t-elle expliqué, ce qui « peut comprendre l’utilisation de produits phytosanitaires ».

En ce sens, la proposition « autorise l’utilisation de pesticides chimiques si nécessaire et exempte les zones industrielles et les ports des mesures applicables aux zones sensibles », a-t-elle ajouté.

Cependant, la commissaire a souligné que l’exécutif européen est « pleinement engagé à trouver des compromis pour trouver des solutions pragmatiques », qui « peuvent être discutées davantage au cours des négociations interinstitutionnelles » — connues sous le nom de trilogues.

Lors de la conférence de presse, le ministre suédois de l’Agriculture, Peter Kullgren, a ajouté qu’il était « très important d’essayer de parvenir à un accord » sur cette question.

Il a également indiqué que le Conseil présentera un rapport d’activité en juin qui « examinera certaines questions présentant un intérêt pour la Commission », tout en rappelant qu’il a été demandé à l’exécutif européen « de nous fournir des données spécifiques sur l’utilisation des pesticides ».

Les pesticides, toujours très répandus

Un récent rapport de l’Agence européenne pour l’environnement, publié mercredi (26 avril), montre que les pesticides sont présents dans les masses d’eau et la majorité des sols de l’UE.

En 2020, un ou plusieurs pesticides ont été détectés dans des quantités supérieures aux seuils de préoccupation sur 22 % de tous les sites de surveillance des rivières et des lacs ; en 2019, 83 % des sols agricoles contenaient des résidus de pesticides.

Le rapport montre également que la Lettonie et l’Autriche — deux des pays à la tête du document informel — ont enregistré les hausses de ventes de pesticides les plus élevées d’Europe, bien que les plus fortes augmentations totales des volumes vendus aient été constatées en Allemagne et en France.

Le rapport reconnaît que « le changement climatique modifie la distribution des organismes nuisibles et peut entraîner une augmentation de l’utilisation des pesticides ».

Toutefois, il met également en évidence des études qui montrent que l’utilisation de pesticides « réduit la lutte naturelle contre les organismes nuisibles et encourage les organismes à devenir résistants aux pesticides, ce qui conduit à un cercle vicieux [poussant à] l’utilisation accrue de pesticides ».