Le plan ambitieux de l’Europe pour son réseau de transport s’enlise
L’UE ne parviendra pas à achever le cœur de son réseau de transport continental d’ici 2030. C’est la conclusion d’un audit publié lundi 19 janvier par la Cour des comptes européenne, qui met en lumière une accumulation de retards et de dépassements de coûts dans plusieurs grands projets ferroviaires, routiers et fluviaux.
Ce réseau, appelé réseau transeuropéen de transport (RTE-T), est destiné à relier les ports, les aéroports et les centres urbains les plus importants de l’Union d’ici la fin de la décennie, afin de permettre aux personnes et aux marchandises de circuler plus facilement et plus rapidement dans l’UE.
Mais six ans après son dernier contrôle, la Cour des comptes européenne a indiqué lundi que cinq des huit « mégaprojets » qu’elle a évalués avaient accumulé en moyenne quatre années de retard supplémentaires, quatre d’entre eux devant manquer complètement l’échéance fixée à la fin de la décennie.
Et ce, malgré la contribution totale de 15,3 milliards d’euros des contribuables européens à ces projets jusqu’à présent, dont plus de la moitié, soit 7,9 milliards d’euros, n’a été versée qu’au cours des dernières années.
Des décennies de retard
L’inauguration de la liaison ferroviaire Lyon-Turin est désormais prévue pour 2033, accusant 18 ans de retard par rapport au calendrier initial. Le tunnel de base du Brenner devrait être achevé en 2032, soit seulement 16 ans plus tard que prévu, tandis que le canal reliant un affluent de la Seine en France aux voies navigables plus au nord accuse un retard record de 22 ans.
De plus, six des huit projets sont confrontés à des dépassements de coûts se chiffrant en milliards, la ligne « Rail Baltica » reliant les États baltes au reste du continent arrivant en tête. Son coût a presque quadruplé, passant de 4,6 milliards d’euros à plus de 18 milliards d’euros par rapport à l’estimation initiale.
La facture du canal Seine-Nord Europe susmentionné a explosé de 225 % pour atteindre 5,4 milliards d’euros, tandis que celle de la ligne ferroviaire Lyon-Turin a plus que doublé, augmentant de 127 % pour atteindre 11,8 milliards d’euros.
Le dernier audit contient toutefois quelques bonnes nouvelles. Les coûts prévus pour l’autoroute A1 en Roumanie et la ligne ferroviaire E59 en Pologne ont diminué, respectivement de 11 % et 18 %.
Annemie Turtelboom, auditrice responsable du rapport, a fait remarquer que près de 30 ans après la conception de la plupart de ces mégaprojets, l’Union européenne est encore loin de réaliser les améliorations promises aux passagers et aux transporteurs de marchandises.