Le parti socialiste grec dans le trouble en vue des élections

L’incapacité à se mettre d’accord sur les partenaires d’une éventuelle future coalition gouvernementale grecque a provoqué des troubles au sein du parti socialiste Pasok (S&D) en vue des élections du mois de mai.

Euractiv.com
Debate in the Greek Parliament on Novartis Case
Les analystes d’Athènes suggèrent que le Pasok jouera le rôle de faiseur de rois dans la formation du prochain gouvernement, étant donné qu’une nouvelle loi électorale s’appliquera et qu’il sera pratiquement impossible d’éviter un gouvernement de coalition. [EPA-EFE/ORESTIS PANAGIOTOU]

L’incapacité à se mettre d’accord sur les partenaires d’une éventuelle future coalition gouvernementale grecque a provoqué des troubles au sein du parti socialiste Pasok (S&D) en vue des élections du mois de mai.

Le Mouvement socialiste panhellénique, Pasok, est troisième dans les sondages, derrière le parti conservateur Nouvelle Démocratie (PPE) et le parti de gauche Syriza (La Gauche), qui seront probablement au coude à coude.

Les analystes d’Athènes suggèrent que le Pasok jouera le rôle de faiseur de rois dans la formation du prochain gouvernement, étant donné qu’une nouvelle loi électorale s’appliquera et qu’il sera pratiquement impossible d’éviter un gouvernement de coalition.

Au premier tour prévu en mai, en effet, un système proportionnel s’appliquera tandis qu’au second, un mois plus tard, les partis devront atteindre 37-38 % des voix pour pouvoir former un gouvernement.

Cependant, choisir Nouvelle Démocratie ou Syriza comme partenaire de coalition n’est pas une équation facile pour le leader du Pasok, Nikos Androulakis.

Dans une interview accordée à la chaîne de télévision publique ERT en début de semaine, M. Androulakis a déclaré qu’il préférait former un gouvernement dès le premier tour, à condition que son parti obtienne un « mandat fort » de la part des électeurs. Il a précisé qu’il visait un résultat « à deux chiffres ».

Dans ce cas, il a déclaré qu’il formerait un gouvernement de coalition, mais avec comme Premier ministre ni le chef de file de Nouvelle Démocratie, Kyriakos Mitsotakis, ni le chef de l’opposition Syriza, Alexis Tsipras.

M. Androulakis a également souligné que le prochain Premier ministre devrait être une personnalité « politique » et non un « technocrate ».

Si son parti obtient un faible soutien, il a déclaré que « malheureusement, cela changera l’environnement des décisions politiques ».

EURACTIV comprend que de mauvais résultats électoraux du Pasok signifieront que les socialistes n’auront pas leur mot à dire lorsqu’il s’agira de choisir la personne qui dirigera le gouvernement.

Opposition interne

La déclaration de M. Androulakis « ni Mitsotakis ni Tsipras » a suscité la réaction d’Andreas Loverdos, un homme politique socialiste influent qui exprime souvent des positions proches de la Nouvelle Démocratie conservatrice.

« Lorsque nous allons aux élections et que nous rejetons des personnes, nous devons également proposer des personnes, afin que les citoyens aient une image claire », a déclaré M. Loverdos à SKAI TV.

Les médias grecs ont cité des sources de la direction du Pasok qui ont déclaré qu’il s’agissait d’un « paradoxe politique » qu’Andreas Loverdos partage les mêmes préoccupations que le porte-parole du parti au pouvoir, Nouvelle Démocratie, Yiannis Oikonomou.

M. Oikonomou a qualifié de « manque de respect institutionnel et de scandale politique » la décision du leader du Pasok de choisir un Premier ministre seulement après les élections.

La déclaration du leader du Pasok n’est pas considérée comme une coïncidence puisqu’il a participé cette semaine à la réunion de pré-sommet du Parti socialiste européen (PSE), et beaucoup l’ont interprétée comme un message adressé à la fois à Bruxelles et à Athènes.

Ce que disent les socialistes européens

Pour leur part, les socialistes européens ont exprimé leur profonde frustration à l’égard de Nouvelle Démocratie après qu’il ait été révélé l’été dernier que le téléphone de M. Androulakis avait été mis sur écoute par les services secrets grecs, qui sont sous le contrôle personnel du Premier ministre Mitsotakis.

Le scandale du « Watergate grec » est depuis sa révélation une plaie ouverte dans les relations entre Nouvelle Démocratie et le Pasok.

Avec le parti centriste Renew Europe, les Verts et la Gauche européenne, les socialistes ont pris l’initiative d’organiser un débat sur le scandale lors de la session plénière du Parlement européen en février dernier.

Sur le plan politique, les socialistes européens évitent de prendre publiquement position sur le parti avec lequel le Pasok devrait collaborer.

Cependant, après la révélation du scandale des écoutes téléphoniques, Iratxe García, le leader des Socialistes et Démocrates au Parlement européen, a déclaré à EURACTIV lors d’un entretien que « la Grèce a besoin d’un changement politique ».

Alexis Tsipras, le leader de Syriza, qui est affilié à la Gauche européenne, dans lequel siège aussi La France insoumise, est toujours invité en tant qu’observateur aux sommets du PSE.

« Le Pasok est notre membre, mais nous sommes sur la même longueur d’onde avec M. Tsipras », avait déclaré une source du PSE à EURACTIV en avril 2022 en marge d’une réunion des socialistes européens à Bruxelles.

M. Tsipras a déclaré publiquement qu’il souhaitait former une coalition avec les forces progressistes, y compris le Pasok.

Avant les élections pour la direction du Pasok en décembre 2021, Udo Bullmann, eurodéputé social-démocrate allemand du SPD, a défendu la fin des grandes coalitions entre socialistes et conservateurs.

« Nous devons construire des majorités progressistes partout où c’est possible. La grande coalition [celle entre chrétiens-démocrates et socialistes] a traditionnellement été une alliance de dernier recours », a déclaré M. Bullmann à EURACTIV.

Selon lui, il faut trouver de nouveaux partenaires d’alliance, non seulement les grands partis traditionnels mais aussi des plus petits, qu’ils fassent partie du spectre libéral ou de la gauche, pour la réforme, le progrès et un tournant social et écologique. « Nous avons vu qu’une grande coalition peut mener à une impasse et à des opportunités manquées, également dans la sphère européenne », a-t-il ajouté.

Dans des déclarations plus récentes à EURACTIV, il a dit qu’il faisait confiance au parti socialiste grec pour faire les bons choix.