Le partenariat Microsoft-OpenAI dans le viseur de l’autorité britannique de la concurrence

L’autorité britannique de la concurrence et des marchés (CMA) a invité vendredi dernier (8 décembre) les parties intéressées à se prononcer sur le partenariat entre Microsoft et OpenAI.

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Kris Shrishak, chercheur au Conseil irlandais des libertés civiles (CILC), a confié à Euractiv que « les investissements et les accords de Microsoft avec OpenAI [...] auraient dû déclencher des signaux d’alarme il y a longtemps. [...] Espérons que les investissements d’Amazon et de Google feront également l’objet d’une enquête ». [Shutterstock/Ascannio]

L’autorité britannique de la concurrence et des marchés (CMA) a invité vendredi dernier (8 décembre) les parties intéressées à se prononcer sur le partenariat existant entre Microsoft et OpenAI.

Microsoft a investi 13 milliards de dollars dans OpenAI, entreprise leader dans le domaine de l’intelligence artificielle à l’origine de ChatGPT, le chatbot le plus célèbre au monde. Toutefois, comme les termes du partenariat ne sont pas connus du public, l’autorité britannique a été amenée à déterminer si ce partenariat pouvait être assimilé à une acquisition.

Avant d’ouvrir une enquête formelle, la CMA a invité les parties intéressées à partager leurs opinions sur, entre autres, l’impact que la fusion pourrait avoir sur le marché britannique.

Comme l’a fait remarquer Sorcha O’Carroll, directrice principale chargée des fusions à la CMA, une enquête formelle « n’a lieu qu’une fois que la CMA a reçu les informations dont elle a besoin de la part des parties du partenariat ».

Au début de l’année, la CMA s’était déjà penchée sur la question, mais selon l’autorité, des développements ont eu lieu depuis lors, sur lesquels elle invite également les tiers à s’exprimer.

« La seule chose qui a changé est que Microsoft aura désormais un observateur sans droit de vote au conseil d’administration d’OpenAI, ce qui est très différent d’une acquisition telle que celle de DeepMind par Google au Royaume-Uni », a déclaré Brad Smith, président et vice-président de Microsoft, en référence au rachat de DeepMind, une société d’intelligence artificielle basée à Londres, par Google en 2014.

« Nous travaillerons en étroite collaboration avec la CMA pour lui fournir toutes les informations dont elle a besoin », a ajouté M. Smith.

Alex Haffner, associé en charge de la concurrence au sein du cabinet d’avocats Fladgate, a déclaré que « le fait [que la CMA] envisage d’enquêter sur le partenariat Microsoft/Open AI en vertu de ses pouvoirs en matière de contrôle des fusions est particulièrement intéressant compte tenu des préoccupations d’ordre plus général concernant la régulation de l’IA ».

Il estime que pour aller de l’avant « avec une enquête », la CMA « devra trouver des preuves que les récentes retombées de l’affaire Sam Altman ont conduit à des changements matériels dans la gouvernance d’Open AI et, plus particulièrement, à une plus grande influence de Microsoft sur les affaires de l’entreprise ».

Le conseil d’administration d’OpenAI a en effet renvoyé fin novembre son PDG, Sam Altman, ce qui a entraîné le départ d’autres membres de l’entreprise en signe de protestation. Il a été rapporté que Microsoft avait embauché ses cofondateurs Sam Altman et Greg Brockman pour diriger une « nouvelle équipe de recherche avancée sur l’IA ».

Toutefois, la même semaine, OpenAI a annoncé sur X avoir « conclu un accord de principe pour que Sam Altman revienne à OpenAI en tant que PDG avec un nouveau conseil d’administration initial composé de Bret Taylor (en tant que président), Larry Summers et Adam D’Angelo ».

Régulation et gouvernance

Le PDG de Microsoft Corporation, Satya Nadella, a écrit sur X en novembre que la société se sentait « encouragée par les changements apportés au conseil d’administration d’OpenAI » et qu’il s’agissait d’une « première étape essentielle sur la voie d’une gouvernance plus stable, mieux informée et plus efficace ».

M. Haffner a ajouté que même si l’autorité britannique « ne va pas plus loin, l’ouverture d’une enquête préliminaire permettra à la CMA de mieux comprendre la portée des accords de gouvernance qui sous-tendent le projet OpenAI et, par conséquent, de mieux informer sa surveillance plus large du secteur de l’IA qui se développe rapidement ».

Kris Shrishak, chercheur au Conseil irlandais des libertés civiles (CILC), a confié à Euractiv que « les investissements et les accords de Microsoft avec OpenAI, qui remontent à de nombreuses années, auraient dû déclencher des signaux d’alarme il y a longtemps. Mieux vaut aujourd’hui que jamais. Espérons que les investissements d’Amazon et de Google feront également l’objet d’une enquête ».

OpenAI est déjà soutenue par Microsoft, ce qui représente un investissement de plusieurs milliards de dollars. Fin janvier, le fabricant du ChatGPT a annoncé qu’il prolongeait son partenariat avec le géant de la technologie, après les investissements de 2019 et 2021.

Les grandes entreprises technologiques qui soutiennent des sociétés d’IA de premier plan comme Microsoft avec Open AI et Amazon avec Anthropic ont été accusées de chercher à prendre le contrôle de ce marché en pleine croissance.

Open AI fonctionne également sur le service cloud de Microsoft, Azure, « une plateforme basée sur le cloud qui permet aux développeurs et aux experts en mégadonnées de construire et de déployer des modèles d’IA rapidement et facilement ». Le service Azure Open AI a été lancé pour la première fois en novembre 2021.

La CMA déterminera si Microsoft a pris le contrôle d’Open AI, c’est-à-dire si elle a obtenu le contrôle de facto de 50 % ou plus des droits de vote de son conseil d’administration.

Quoi qu’il en soit, en ayant un membre sans droit de vote au conseil d’administration de la société, Microsoft peut théoriquement assister aux réunions de celui-ci et accéder à des informations confidentielles.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]