Le Parlement européen s’apprête à débattre d’une résolution très critique sur l’Albanie
La rapporteure du Parlement européen pour l’Albanie a rédigé une résolution très critique à l’encontre du pays. Elle a notamment dénoncé le manque de transparence en matière de concurrence et le peu de progrès réalisés sur le plan des libertés fondamentales.
La rapporteure permanente du Parlement européen pour l’Albanie, Isabel Santos, a rédigé une résolution très critique à l’encontre du pays. Elle a dénoncé les projets d’octroi de passeports dorés, le manque de transparence en matière de concurrence et de marchés publics, ainsi que le peu de progrès réalisés sur le plan des libertés fondamentales.
La résolution rédigée par Mme Santos (Socialistes & Démocrates, S&D) devrait être soumise aux procédures parlementaires dans les semaines à venir.
« [Le Parlement européen] s’inquiète de l’absence de progrès en matière de transparence institutionnelle, de liberté d’expression et de liberté des médias et souligne le rôle des dirigeants politiques dans la création d’un environnement favorable à ces libertés », peut-on lire dans le projet de résolution.
En ce qui concerne la liberté des médias, il est également demandé que des « mesures immédiates » soient mises en place contre l’influence politique et contre l’intimidation des journalistes.
Dans le dernier rapport de la Commission concernant les progrès accomplis par l’Albanie, il a été considéré que le pays n’avait réalisé « aucun progrès » en matière de liberté des médias. Les principales préoccupations de l’exécutif portaient sur les pressions exercées sur les professionnels des médias, le financement et la transparence.
Le projet de résolution « fait également état de préoccupations » concernant certains aspects du projet de loi sur l’amnistie fiscale et la proposition d’octroi de passeport en échange d’investissements, considérés « incompatibles avec les normes de l’UE et la politique en matière de visas ».
Les projets de vente de la citoyenneté albanaise à de riches investisseurs de pays tiers ont été révélés pour la première fois par le média Exit en 2019. Malgré l’opposition de l’UE, le gouvernement a déclaré qu’il poursuivrait son projet.
Malte, Chypre et la Bulgarie disposaient de projets similaires, mais Nicosie et Sofia les ont abandonnés en raison des préoccupations de l’UE. Malte fait pour sa part l’objet de procédures judiciaires devant les tribunaux de l’UE.
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La résolution porte aussi sur les questions non résolues des presque 50 années de régime communiste totalitaire, qui s’est achevé en 1991. Les dossiers de la Sûreté de l’État restent fermés malgré les demandes de la société civile et des responsables politiques des deux camps.
Au-delà des critiques, Mme Santos a noté des progrès dans la lutte contre la corruption et le crime organisé ainsi que dans le domaine de la réforme judiciaire.
Par ailleurs, dans le projet de résolution, on peut lire que le Parlement européen « estime qu’il est nécessaire de rendre publics les dossiers de l’ère communiste et de les mettre à la disposition des chercheurs et du grand public, afin de faire progresser la justice et la réconciliation ».
La résolution salue toutefois l’engagement du gouvernement de mener à bien la réforme de la justice et l’encourage à achever le processus de vérification ainsi qu’à garantir une justice universelle au moyen de mesures transversales.
Un processus de prévention, d’enquête proactive et de poursuite des affaires de corruption et de crime organisé est en cours, mais il a été demandé que des progrès supplémentaires soient réalisés afin de mettre en place une administration publique efficace et responsable.
En ce qui concerne le trafic d’êtres humains, de drogues et d’armes, les enquêtes et les opérations internationales menées avec succès pour lutter contre ces phénomènes ont été appréciées. Toutefois, une action continue est nécessaire pour « réduire les demandes d’asile infondées déposées par des ressortissants albanais ».
Pour ce qui est des droits de l’homme, la résolution salue les mesures visant à éliminer la discrimination à l’égard des minorités ainsi que l’engagement constructif pris dans le cadre d’initiatives de coopération régionale et transfrontière.Les « progrès tangibles réalisés dans le contexte du processus de Berlin et du sommet UE-Balkans occidentaux à Tirana » sont particulièrement appréciés.
L’approche en matière de transition et de diversification énergétiques, l’adhésion au mécanisme européen de protection civile et les mesures prises pour créer le parc national de Vjosa sont d’autres éléments louables mentionnés.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]