Le Parlement européen renonce à s'opposer à l'arbitrage dans le TTIP

Le Parlement européen a adopté mercredi 8 juillet une résolution qui exprime son soutien de principe au traité transatlantique. Le texte prévoit que le mécanisme d'arbitrage entre investisseurs et Etats soit remplacé par un autre système, ce qui laisse de nombreux observateurs sceptiques.

EURACTIV.fr
Bernd Lange, rapporteur sur la résolution concernant le TTIP © Parlement européen
Bernd Lange, rapporteur sur la résolution concernant le TTIP © Parlement européen

Le Parlement européen a adopté mercredi 8 juillet une résolution qui exprime son soutien de principe au traité transatlantique. Le texte prévoit que le mécanisme d’arbitrage entre investisseurs et Etats soit remplacé par un autre système, ce qui laisse de nombreux observateurs sceptiques.

La seconde fois devait être la bonne. Les députés européens ont adopté, mercredi 8 juillet, une position commune à propos du traité commercial transatlantique, par 436 voix pour et 241 voix contre.

Contrairement à la session précédente, en juin dernier, un consensus s’est vaguement dessiné entre les principaux groupes politiques sur un texte de compromis. Malgré la valeur modeste de cette contribution au débat, les différents partis du Parlement européen se sont vivement écharpés sur le sujet. Et de nombreux amendements sont venus modifier le texte initial.

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« Nous avons beaucoup travaillé pour que l’accord soit le plus transparent possible depuis l’année dernière. Les progrès sont considérables » a assuré le rapporteur allemand, Bernd Lange.

Le débat sur le texte organisé mardi 8 juillet a toutefois montré une vive fracture entre opposants purs et durs au projet d’accord, et à une majorité d’eurodéputés plus mesurés. Et dont la voix porte moins.

Un soutien largement majoritaire mais contrasté

En plénière, les présidents des autres commissions parlementaires qui se sont exprimés sur le rapport ont dans leur grande majorité signifié leur soutien à l’accord commercial, et ce pour des raisons variées.

Francisco Jose Millan Mon, de la commission des affaires internationales, a insisté sur l’angle géopolitique. « L’accord va permettre de ramener les États-Unis vers nous. Les défis que nous connaissons en Méditerranée doivent nous rapprocher de notre allié naturel » a assuré le président de la commission parlementaire. Il faisait ainsi écho à des propos de la commissaire au commerce, Cecilia Malsmstrom, qui a de son côté estimé que « l’UE avait besoin d’un allié parce que sa place dans le monde recule en terme relatif ».

L’aide au développement en question

Arne Lietz, membre de la commission développement, a de son côté insisté sur la cohérence des politiques commerciales avec les politiques de développement. « Il faut faire une analyse du TTIP sur le développement, on a trop peu d’information sur l’impact que ca pourrait avoir, nous n’avons pas assez d’études précises » assure l’eurodéputé.

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Selon une étude de l’institut allemand IFO, les pays en développement pourraient bénéficier de l’accord, parce que l’augmentation de la croissance en UE et aux États-Unis permettrait plus de demandes de biens et services produits dans les pays en développement.

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Mais ce point de vue n’est pas systématiquement partagé. Les pays en développement bénéficient aujourd’hui d’accès préférentiels aux marchés européen et américain, et risquent de souffrir d’une érosion des préférences en cas d’accord UE-Etats-Unis, selon l’étude du CNCD belge.

Le danois Jeppe Kofod, de la commission industrie, a de son insisté sur le fait qu’il ne fallait pas pas rejeter n’importe quel TTIP. La commission environnement s’est de son côté inquiétée à la fois des sujets de santé et d’environnement, mais aussi de la question de l’arbitrage. « Nous avons des inquiétudes sur les normes : pour la viande de bœuf, la viande clonée, les concessions en eau ou la santé publique, le RDIE. Le compromis proposé ne suffit pas ! » a ainsi assuré le Vert Bart Staes.

Jerzy Buzek a souligné que les prix de l’énergie devaient converger si le traité était conclu. « Nous avons besoin de gaz naturel liquéfié en provenance des États-Unis » a indiqué l’eurodéputé, tout en s’interrogeant sur l’impact de la contrainte carbone en Europe sur la concurrence internationale.

Enfin la commission de l’agriculture a indiqué que l’accord permettrait d’améliorer l’accès des produits alimentaires au marché américain, mais il ne faut pas remettre en cause nos normes. «L’Europe a des intérêts offensifs avec un solde positif de plus de 6 milliards d’euros, et il y a encore un potentiel pour les produits alimentaires de qualité» a assuré James Nicholson.

A l’inverse, Patrick Le Hyaric, élu de la GUE a demandé mardi 7 juillet lors du débat en plénière que les négociations du traité soient suspendues suites aux écoutes par la NSA de dirigeants européens. Il a également regretté que le mécanisme de règlement des différends soit maintenu dans la dernière version du texte, estimant que « le droit des affaires va primer sur les droits humains ».

L’arbitrage toujours en débat

La question du règlement des différends entre investisseurs et État (RDIE), qui a fait l’objet des plus longues négociations a finalement fait l’objet d’un compromis adopté par 447 voix pour, 229 voix contre et 30 abstentions. Ce compromis final appelle à un nouveau mécanisme juridique public pour remplacer les dispositions «de règlement des litiges investisseur-État» (ISDS), ce qui cristallise toujours le débat.

Selon le chef du parti S&D au Parlement européen, « le RDIE est mort. Il doit être remplacé par un nouveau système public et transparent de protection des investissements, dans lequel les intérêts privés ne compromettent pas les politiques publiques et qui est soumis au droit public ».

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Mais les points de vue sont partagés sur ce sujet. Au sein du groupe S&D, mais aussi chez les Verts et la gauche radicale, de nombreuses voix estiment que le nouveau texte, qui ouvre la voie à la mise en place d’une cour spécifique pour l’arbitrage des conflits UE-Etats-Unis, ne suffit pas. Ainsi, la totalité des eurodéputés socialistes français a voté contre le texte du rapport. Ils ont également prévenu qu’ils voteraient contre l’accord commercial.

 « Si, à l’issue des négociations, l’arbitrage privé devait figurer dans l’accord passé entre l’Union européenne et les Etats-Unis, nous rejetterions le TTIP» a prévenu la délégation socialiste dans un communiqué.

La France plaide pour la mise en place d’une cour spécifique, comme l’a précisé le secrétaire d’État au commerce extérieur, Matthias Fekl, dans une interview à EURACTIV.

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