Le Parlement européen divisé sur les modalités de réduction des déchets d’emballages

Les députés du Parlement européen sont en désaccord sur la façon de s’attaquer au problème croissant des déchets d’emballages en Europe, avec la réutilisation, par opposition au recyclage, au cœur du débat.

Euractiv.com
ENVI Committee on packaging waste and pesticides
Grace O’Sullivan (Verts/ALE) et Frédérique Ries (Renew Europe) lors d’une réunion de la commission de l’Environnement sur les déchets d’emballage. [<a href="https://multimedia.europarl.europa.eu/en/photo/envi-committee-on-packaging-waste-and-pesticides_20230504_EP-149865A_EVD_EVD_102" target="_blank" rel="noopener">Parlement européen (2023), Eric Vidal</a>]

Les députés du Parlement européen sont en désaccord sur la façon de s’attaquer au problème croissant des déchets d’emballages en Europe, avec la réutilisation, par opposition au recyclage, au cœur du débat.

Les membres de la commission de l’Environnement (ENVI) du Parlement européen se sont réunis jeudi dernier (4 mai) pour discuter de la proposition de règlement sur les emballages et les déchets d’emballages, qui vise à réduire les déchets et à faire en sorte que tous les emballages soient réutilisables ou recyclables d’ici 2030.

Mais si les eurodéputés s’accordent sur la nécessité de réduire l’impact environnemental des emballages, ils sont en revanche divisés sur la manière d’y parvenir.

« Nous devons passer de cette approche [centrée sur le plastique] à usage unique à une approche circulaire et utiliser tout ce qui est à notre disposition — prévention, réutilisation, recyclage et ainsi de suite », a déclaré Frédérique Ries, eurodéputée centriste belge et chef de file du Parlement sur la proposition.

Cependant, elle a souligné les différences entre les positions défendues par les Socialistes et Démocrates (S&D) et les Verts, par rapport aux partis de droite, le Parti populaire européen (PPE) et les Conservateurs et Réformistes européens (CRE).

Plusieurs questions sont à l’origine de ce clivage, notamment la nécessité de fixer un objectif de réutilisation pour les emballages de boissons et d’aliments à emporter et le rôle que joueront les emballages à base de papier dans la substitution des plastiques.

Plats à emporter : le dilemme de la réutilisation des contenants

L’un des principaux changements introduits par Mme Ries dans ses amendements au règlement est la suppression des objectifs de réutilisation des emballages dans le secteur de la restauration à emporter et l’ajout d’une obligation pour les restaurants et les cafés d’accepter les contenants apportés par les clients.

« Je pense que nous devons modifier les obligations en matière d’emballages pour les aliments et les boissons à emporter, car il est difficile de savoir si ces règles seront efficaces. Nous devons nous pencher sur cette question de manière plus efficace », a déclaré Mme Ries.

La députée européenne a expliqué à ses collègues qu’un certain nombre de questions sur les objectifs de réutilisation avaient été soulevées lors de ses rencontres avec les acteurs du secteur.

« Nous avons cette volonté constante de renforcer nos ambitions environnementales sur toute une série de points, mais nous sommes aussi à l’écoute des nombreux acteurs qui se sont exprimés dans un secteur très fragilisé par la crise », a-t-elle expliqué.

La démarche a été soutenue par Massimiliano Salini (PPE), qui s’est inquiété du fait que les objectifs de réutilisation pourraient conduire à un « effet inverse », où la loi sur les emballages augmenterait l’utilisation du plastique au lieu de réduire les déchets.

En revanche, les parlementaires du groupe de la Gauche, des Verts et du groupe S&D qui ont pris la parole sur la proposition, soutiennent le maintien de l’objectif de réutilisation présenté par la Commission européenne.

« La mise en place de systèmes de réutilisation efficaces pour les emballages des plats à emporter ne réduirait pas seulement les déchets, mais stimulerait également l’innovation positive et durable », a déclaré Grace O’Sullivan (Verts/ALE), soulignant que des entreprises travaillaient déjà sur des systèmes de réutilisation.

« Plus de 16 milliards d’unités de gobelets et de contenants alimentaires [pour la restauration] à emporter ont été consommées dans l’UE en 2019 et le meilleur scénario pour ces emballages à usage unique est qu’ils soient recyclés en aval, ce qui n’est pas idéal [parce que] la plupart d’entre eux finissent dans les déchets mixtes », a-t-elle ajouté.

La Commission européenne a également exprimé son inquiétude quant à la suppression des objectifs de réutilisation. L’exécutif de l’UE est « pleinement conscient des critiques » sur la réutilisation mais a défendu l’objectif comme étant « une contribution importante » à la lutte contre la production de déchets, a déclaré Aurel Ciobanu-Dordea, directeur de l’économie circulaire au département de l’environnement de la Commission.

« Nous nous en remettons à la sagesse des membres de cette commission parlementaire et plus généralement à la sagesse de cette assemblée pour décider quelle serait la meilleure solution applicable aux aliments et boissons à emporter, mais nous vous invitons à penser que la simple suppression de l’objectif ne permettra pas d’atteindre les ambitions environnementales nécessaires », a-t-il déclaré aux législateurs.

Papier vs plastique

Le débat sur les emballages a été centré sur la question de savoir si le papier recyclable est préférable au plastique, alors que les restaurants et les épiceries se tournent vers les emballages réutilisables.

Les députés européens originaires de Suède et de Finlande — deux pays abritant une industrie forestière florissante — ont résolument pris la défense du papier dans ce débat.

« Penser que nous pouvons éliminer tous les plastiques fossiles d’un seul coup, alors que nous avons tant de plastique dans la société, je trouve que c’est très naïf », a déclaré Emma Wiesner, eurodéputée suédoise centriste (Renew Europe).

Selon elle, les alternatives telles que le plastique biosourcé et le papier devraient être privilégiées.

De son côté, l’eurodéputé du PPE Peter Liese a suggéré que le papier et le plastique soient traités séparément car l’un des objectifs de l’UE est de réduire l’utilisation du plastique.

« Je ne pense pas qu’il soit logique de les traiter de la même manière. Il y a des gens qui planifient des usines de papier neutres en carbone et le papier reste un matériau durable », a-t-il déclaré.

Pascal Canfin, député du groupe Renew, a toutefois mis en garde contre une dépendance excessive à l’égard du papier.

« Si nous remplaçons tout le plastique par du papier là où c’est possible, nous aurons un problème avec les forêts. À un moment donné, ce n’est pas seulement une question de recyclabilité, c’est aussi une question de volume. Nous devons réduire les déchets et nous commencerons par les emballages inutiles », a-t-il déclaré.

Les députés européens ont jusqu’à mercredi (10 mai) pour déposer leurs amendements. La commission de l’Environnement du Parlement votera ensuite sur le projet de loi en septembre avant un vote en plénière en octobre.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]