Le Parlement demande une stratégie de l'UE sur l'intégration des Roms
Le Parlement européen a pesé de tout son poids hier (9 mars) pour une stratégie à l'échelle de l'UE visant à soutenir l'intégration sociale des communautés roms. Toutefois, la Commission européenne insiste, quant à elle, sur la primauté de la responsabilité nationale en la matière.
Le Parlement européen a pesé de tout son poids hier (9 mars) pour une stratégie à l'échelle de l'UE visant à soutenir l'intégration sociale des communautés roms. Toutefois, la Commission européenne insiste, quant à elle, sur la primauté de la responsabilité nationale en la matière.
La très grande majorité des membres du Parlement européen ont accordé leur soutien à une stratégie qui pourrait promouvoir une action ciblée à tous les niveaux pour gérer le large éventail de problèmes sociaux et économiques qui affectent la vie d'environ 10 millions de personnes, la plus grande minorité ethnique en Europe.
Toutefois, la Commission européenne a déjà précisé que les gouvernements nationaux étaient principalement responsables du développement et de la mise en application des politiques visant le respect des droits fondamentaux, la lutte contre la discrimination et la promotion de l'intégration sociale.
Le mois prochain (5 avril), la Commission devrait présenter des propositions vouées à créer un cadre européen pour des stratégies nationales d'intégration des Roms. L'accent sera mis sur le développement des 27 stratégies nationales plutôt que sur une stratégie européenne.
Selon László Andor, le commissaire européen en charge de l'emploi, de la politique sociale et de l'intégration, une approche basée sur des stratégies nationales est nécessaire pour prendre en compte « la diversité des réalités » dans les différents pays.
« Il y a un problème commun à toute l'Europe, mais la manière dont il s'exprime dans les différents Etats membres et dont il est traduit dans les stratégies nationales n'est pas la même en Roumanie ou en France, en Slovaquie ou au Portugal, et nous devons en être conscients », a expliqué le commissaire aux eurodéputés à Strasbourg plus tôt cette semaine.
La résolution bénéficie d'un large soutien des eurodéputés
« L'intégration sociale des Roms est l'un des plus importants défis stratégiques auquel est confrontée l'Europe, et en même temps, cela lui donne l'une des opportunités les plus prometteuses », a déclaré l'eurodéputée du Parti populaire européen (PPE) de centre-droit, Livia Járóka, qui a rédigé la résolution du Parlement qui demande une stratégie.
L'eurodéputée hongroise, qui est devenue en juin 2004 la première femme rom a avoir été élue au Parlement européen, a reçu le soutien de 576 collègues lors de la séance plénière de l'assemblée de l'UE à Strasbourg hier (9 mars).
Le texte a été approuvé par non moins de 86 % des eurodéputés qui ont pris part au vote, y compris la plupart des membres des groupes de centre-droit (PPE) et libéraux (ALDE), ainsi que ceux assis dans la partie gauche de l'hémicycle, comme les Socialistes & Démocrates et les Verts.
Seuls 32 membres des partis d'extrême droite ont voté contre la résolution, dont l'actuelle et l'ancien leader du Front National français, à savoir Marine et Jean-Marie Le Pen.
Selon VoteWatch.eu, 60 eurodéputés se sont abstenus. Il s'agit de tous les conservateurs britanniques et de cinq membres du parti de Silvio Berlusconi, Il Popolo della Libertà (Le Peuple de la liberté).
Le résultat du vote de mercredi apporte la preuve du large consensus que Mme Járóka a réussi à établir depuis le début de l'année dernière lorsqu'elle fut chargée de rédiger un rapport pour la commission des libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures du Parlement.
Les Roms sont exclus des « droit de l'Homme fondamentaux »
A Strasbourg, avant le vote, Mme Járóka a expliqué qu'une « proportion significative de Roms européens » devait vivre dans des « conditions déplorables, presque totalement déconnectés de l'économie, ce qui les exclut des droits de l'Homme fondamentaux ».
« Les efforts au niveau de l'UE pour combattre la pauvreté et l'exclusion sociale des Roms européens doivent donc tout d'abord se concentrer sur le respect et la promotion des droits fondamentaux à l'emploi, au logement, aux soins de santé et à l'éducation », a-t-elle insisté.
La résolution adoptée par le Parlement réclame une stratégie de l'UE sur l'intégration des Roms qui mènerait à l'introduction de normes contraignantes minimums au niveau de l'UE en ce qui concerne chacun de ces domaines clés de la politique sociale.
Le texte précise que la stratégie de l'UE devrait être un « plan d'action européen, indicatif et participatif, à plusieurs niveaux » et qu'il devrait être « préparé et appliqué à tous les niveaux politiques et administratifs ».
La Commission européenne serait responsable de la coordination, de la supervision et du contrôle de la stratégie proposée, de l'évaluation des résultats et de la rédaction de rapports annuels, avec un tableau de résultats régulièrement mis à jour pour montrer les résultats dans chaque Etat membre.
Selon Mme Járóka, la stratégie de l'UE devrait également prendre en compte la dimension territoriale de l'exclusion en reconnaissant que « la distribution géographique des inégalités sociales n'est pas la même dans tous les Etats membres ».
« La pauvreté et l'exclusion sociale se concentrent dans les microrégions sous développées qui, dans de nombreux Etats membres, sont surtout habitées par la communauté Rom », a-t-elle déclaré.
Le Parlement européen demande aux Etats membres de développer des politiques intégrées en coopération avec des représentants de la population rom et en utilisant les ressources financières allouées par les divers fonds de l'UE, tels que le Fonds européen de développement régional (FEDER), le Fonds social européen (FSE) et le Fonds européen agricole pour le développement rural (Feader).
Mme Járóka pense qu'une partie du budget alloué au fonds de cohésion de l'UE pour la prochaine période (2014-2020) devrait être mise de côté pour permettre d'encourager financièrement les projets qui promeuvent l'intégration des Roms.
Suite à plusieurs remarques formulées par des eurodéputés, le commissaire Andor a répété son souhait d'adapter la Fonds social européen pour qu'il se concentre davantage sur l'intégration sociale et la création d'opportunités d'emploi pour les travailleurs peu ou pas qualifiés.
En ce qui concerne le rôle de la politique de cohésion de l'UE, il a promis que la Commission examinerait attentivement la requête du Parlement de se concentrer sur « la dimension territoriale de la pauvreté », y compris sur les besoins particuliers des « microrégions sous développées ».
Pas sans la société civile
S'exprimant également pour l'exécutif de l'UE, la vice-présidente, Viviane Reding, a qualifié l'intégration des Roms d' « obligation morale » et d'« intérêt économique ».
Mme Reding a promis que les propositions de la Commission visant à établir un cadre européen pour les stratégies nationales d'intégration des Roms se baseraient sur les idées présentées par le Parlement et prendraient également en compte les contributions apportées par les différents Etats membres et la société civile.
« Il faut des actions concrètes, des engagements clairs pour mieux utiliser l'éventail d'instruments juridiques et financiers disponibles, et ce afin d'aboutir à une avancée décisive », a déclaré la vice-présidente de la Commission. Elle a insisté sur le rôle de la plateforme européenne pour l'intégration des Roms créée en 2009 en tant que « mécanisme unique pour l'implication des parties prenantes ».
La présidence met l'accent sur la question des Roms
La présidence hongroise de l'UE accueillera la cinquième réunion de la plateforme européenne pour l'intégration des Roms à Budapest les 7 et 8 avril prochains, dates qui coïncideront avec la Journée internationale des Roms.
Le 19 mai, le Conseil des ministres de l'emploi, de la politique sociale, de la santé et des consommateurs se rencontreront à Gödöll?, non loin de Budapest, où ils seront invités à adopter des conclusions en réponse aux propositions de la Commission sur un cadre européen pour les stratégies nationales concernant l'intégration des Roms.