Le Parlement chypriote hésite sur un plan de sauvetage révisé

Le Parlement chypriote n’approuvera probablement pas une taxe controversée sur les épargnes lors du vote d’aujourd’hui, a déclaré un porte-parole du gouvernement ce matin (19 mars).

EURACTIV.com / Reuters
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Le Parlement chypriote n’approuvera probablement pas une taxe controversée sur les épargnes lors du vote d’aujourd’hui, a déclaré un porte-parole du gouvernement ce matin (19 mars).

 

Rompant avec la pratique précédente de l'UE sur la sacralisation des économies des déposants, les ministres des finances de la zone euro ont annoncé ce week-end qu’une taxe exceptionnelle sur les comptes bancaires chypriotes serait imposée dans le cadre d'un renflouement de 10 milliards d'euros de l'Union européenne.

 

Cette mesure a irrité les Chypriotes ordinaires, qui ont envahi la capitale, Nicosie, pour manifester bruyamment.

 

Un texte de loi plus souple ?

 

Des responsables de Chypre et de la zone euro ont depuis tenté d'assouplir les taxes proposées au départ de 6,75 % pour les comptes abritant 100 000 euros et de 9,9 % au-delà, en vue d'alléger le poids sur les petits épargnants et de surmonter l'opposition des législateurs.

 

Apparemment, plus personne ne soutenait cette proposition. Cette situation a évolué après les discussions du président chypriote, Nicos Anastasiades, avec la chancelière allemande, Angela Merkel, et le président russe, Vladimir Poutine.

 

Ce dernier avait jugé que le prélèvement était « injuste, non professionnel et dangereux » et a exprimé sa frustration, car son pays n’a pas participé au processus de prise de décision européen sur Chypre.

 

Le Parlement chypriote a reporté à deux reprises son vote en vue d'établir un consensus alors qu’aucun parti ne dispose de la majorité absolue à l’assemblée. Trois partis ont clairement laissé entendre qu'ils ne soutiendraient pas une telle mesure.

 

L’euro et les marchés boursiers ont chuté en raison de cette proposition initiale, qui irrite les Chypriotes ordinaires. Les citoyens indiquent qu’ils sont contraints de payer le prix de la crise bancaire du pays.

 

Cobayes

 

Les habitants de l'île, abasourdis, ont vidé les distributeurs d'argent au cours du week-end et les banques resteraient fermées jusqu’à mercredi pour éviter une panique du secteur bancaire. Des centaines de manifestants se sont rassemblés devant le parlement lundi, scandant à travers des porte-voix et agitant des banderoles indiquant « Nous ne sommes pas vos cobayes ! »

 

« S'ils adoptent cette taxe, ils seront confrontés à la colère du peuple », a déclaré Markos Economou, professeur de physique de 47 ans et père de deux enfants. « Les banques et les dirigeants politiques devraient payer pour ce désordre, pas la population. »

 

Afin de surmonter les divergences au sein de leurs propres rangs, les ministres se sont dépêchés de soulager la douleur des petits épargnants en concentrant les taxes sur les dépôts supérieurs à 100 000 euros.

 

L'Eurogroupe s'est prononcé en faveur d'une taxe de 15,6 % pour les dépôts au-delà de 100 000 euros afin de recapitaliser le secteur financier chypriote sans pénaliser les petits dépositaires qui seraient exonérés, ont expliqué des responsables à Reuters.

 

Le gouvernement a déclaré que Chypre n'avait pas d'autre choix : soit elle acceptait les taxes sur les dépôts, soit elle faisait faillite.

 

Une mesure exceptionnelle ?

 

Bien que Bruxelles affirme qu'il s'agit d'une mesure exceptionnelle pour un pays qui représente seulement 0,2 % de la production européenne, certains craignent de plus en plus que des épargnants d’autres pays européens plus larges ne s’agitent et ne commencent à retirer leurs épargnes.

 

« Si vous êtes un petit épargnant à Chypre, vous vous dites que vous auriez mieux fait de garder votre argent sous votre tapis plutôt que dans une banque », a indiqué un cadre supérieur français de banque, sous couvert de l’anonymat.

 

« Si vous êtes [un petit épargnant] grec, italien ou espagnol, vous vous dites que vous risquez d'être le prochain. »