Le parlement britannique rejette l'idée du référendum sur l'UE

Lundi (24 octobre), le parlement britannique a rejeté un appel à referendum sur la sortie du pays de l'Union européenne. Toutefois, la population s'élève contre le premier ministre, David Cameron, sapant son autorité et jetant le doute sur l'engagement à long terme de la Grande-Bretagne vis-à-vis de l'Europe.

EURACTIV.com / Reuters
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Lundi (24 octobre), le parlement britannique a rejeté un appel à referendum sur la sortie du pays de l'Union européenne. Toutefois, la population s'élève contre le premier ministre, David Cameron, sapant son autorité et jetant le doute sur l'engagement à long terme de la Grande-Bretagne vis-à-vis de l'Europe.

Quelque 80 membres du Parti conservateur de David Cameron, soit plus d'un quart du nombre total, ont défié l'autorité de leur chef en se prononçant en faveur d'un référendum. Il s'agit du soulèvement le plus important jamais observé contre un premier ministre conservateur, au sujet d'une question européenne.

« Nous comprenons que de nombreuses personnes qui se sont prononcées en faveur du référendum y croient fermement – et nous respectons cela. Néanmoins, le gouvernement se doit de prendre des décisions dans l'intérêt national. Il est dans l'intérêt du Royaume-Uni de rester au sein de l'UE », a déclaré M. Cameron à la suite du vote, par le biais d'un communiqué.

Cette demande n'avait aucun poids juridique, mais ce soulèvement, le plus important en 17 mois de gouvernement sous la direction de M. Cameron, laisse présager une nouvelle division des conservateurs sur la question de l'Europe. Une telle division avait déjà ébranlé le gouvernement du premier ministre John Major dans les années 1990.

M. Cameron a enjoint les membres du Parti conservateur, pour la plupart eurosceptiques, de rejeter la motion. Il a avancé que la Grande-Bretagne devait faire entendre sa voix en Europe afin de sauvegarder ses intérêts, alors que la zone euro affronte la crise de la dette.

Ce désaccord met le premier ministre dans l'embarras, et affaiblit sa volonté de maintenir la Grande-Bretagne au cœur des débats sur la réforme de la zone euro. M. Cameron souhaite que son pays reste dans l'UE et recouvre certains pouvoirs actuellement détenus par Bruxelles.

Il devrait participer à une réunion extraordinaire du Conseil européen sur la crise de la zone euro ce mercredi (26 octobre).

D'après Tim Bale, professeur en politique à l'université du Sussex, cette révolte conservatrice représente « une source d'embarras majeure ».

« J'ai tendance à penser que certains partenaires européens se montreront inquiets quant à l'engagement de la Grande-Bretagne envers l'UE sur le long terme », a-t-il déclaré.

Après plus de cinq heures de débat houleux, l'appel au referendum a été largement rejeté avec 483 votes contre 111. Cette majorité s'explique par le vote défavorable des libéraux démocrates, pro-européens et membres de la coalition au pouvoir, et des membres de l'opposition travailliste.

Les conservateurs fortement divisés

Les partisans de l'UE avancent que 40 % des échanges commerciaux britanniques sont effectués avec la zone euro, et que sortir de l'UE pourrait porter préjudice à l'économie.

Les eurosceptiques, quant à eux, écartent ces inquiétudes et assurent que le pays a transféré trop de pouvoir à l'Union européenne, qu'ils considèrent comme antidémocratique et surréglementée. Selon eux, l'UE freine la croissance économique.

M. Cameron pensait avoir réussi à apaiser les eurosceptiques les plus convaincus en adoptant une loi soumettant tout transfert de pouvoir entre Londres et Bruxelles à un référendum, mais les résultats de lundi ont prouvé qu'il avait tort.

La crise de la zone euro est à l'origine d'un dilemme au sein du gouvernement Cameron, qui refuse de contribuer davantage au sauvetage de la zone. Il craint toutefois que la zone euro ne le tienne à l'écart des décisions qui pourraient avoir un impact sur la Grande-Bretagne, notamment en ce qui concerne le secteur des services financiers, pierre angulaire de l'activité londonienne.

Le leader de l'opposition, Ed Miliband (Parti travailliste), a qualifié la division des conservateurs de « retour à la querelle dépassée qui divisait les conservateurs au sujet de l'Europe ».

Adam Holloway, un collaborateur du gouvernement conservateur, a fait savoir qu'il était prêt à démissionner en signe de soutien à la motion en faveur d'un référendum, qui a été déclenchée par une pétition publique rassemblant plus de 100 000 signatures. M. Hollway ne serait pas le seul à se déclarer prêt à risquer son poste.

« Il s'agissait d'une question tellement cruciale pour ma réputation et mes rapports avec les électeurs que je n'ai pas vraiment eu le choix », a-t-il déclaré à la BBC.