Le pape dévoile son encyclique sur le climat en amont de la COP 21

Le pape François espère que son encyclique sur l'environnement sera accueillie avec « ouverture d'esprit ». Selon lui, cette injonction écologique inédite doit être considérée comme un appel à la responsabilité.

En partenariat avec The Guardian
Pape François.
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Le pape François espère que son encyclique sur l’environnement sera accueillie avec « ouverture d’esprit ». Selon lui, cette injonction écologique inédite doit être considérée comme un appel à la responsabilité.

Avec cet essai, publié le 18 juin par le Vatican, le souverain pontife entend lancer un défi moral à l’indifférence générale face au changement climatique. Il annonce sans détour que l’humanité ne se montre pas à la hauteur du rôle que Dieu lui a assigné, d’être un gardien responsable de la Terre, et qu’il ne reste que peu de temps pour régler ce problème. Il rappelle que le changement climatique est essentiellement causé par l’Homme et que les humains doivent cesser de compter sur les énergies fossiles.

« La maison que nous habitons est en train de se détruire et cela touche tout le monde, spécialement les pauvres », a-t-il déclaré lors de son audience hebdomadaire du 17 juin. « J’appelle à plus de responsabilité… Je vous demande à tous de recevoir ce document avec un esprit ouvert. »

Cette encyclique peut être perçue comme le plus grand défi du pape François, qui espère devenir l’un des plus influents diplomates du monde, après avoir aidé Cuba et les États-Unis à reprendre des relations normalisées l’an dernier. La publication du document précède la visite du pape aux États-Unis, où il s’adressera aux Nations unies et tentera d’encourager les négociateurs de la conférence de Paris sur le climat, la COP 21, qui aura lieu à la fin de l’année. Il devrait également s’exprimer lors d’une session commune des deux chambres du Congrès américain au mois de septembre.

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L’encyclique a d’ores et déjà été critiquée par les républicains conservateurs, qui s’opposent farouchement à toute action contre le changement climatique, et a été poliment mais fermement écartée par le candidat présidentiel Jeb Bush. Lors d’un discours de campagne dans le New Hampshire, ce catholique converti a expliqué qu’il respectait le pape François, mais que ses « politiques économiques n’étaient pas dictées par [ses] évêques [ses] cardinaux ou [son] pape ».

Selon une version non définitive de l’encyclique obtenue par le magazine de l’Espresso ce lundi, le document, qui fait environ 200 pages, inclut un examen théologique de l’écologisme, ainsi que des analyses pratiques et techniques des moyens qui, selon l’Église, permettront de gérer le changement climatique. Le pape François s’oppose par exemple aux programmes de plafonnement et d’échange mis en place pour réduire les gaz à effet de serre. Selon lui, ces « solutions faciles », ne font que donner lieu à de la spéculation.

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L’encyclique n’est pas seulement une déclaration sur le réchauffement de la planète. Elle aborde aussi des sujets qui ont été au cœur de l’action de François. Elle critique donc la culture de consumérisme qui permet aux pays riches d’exploiter les pays pauvres.

Si le pape argentin a annoncé que l’encyclique avait vocation de s’adresser à tout le monde, puisqu’il s’agit d’une déclaration sur « la maison que nous partageons », elle inclut une section principalement adressée aux chrétiens et à leur foi, en particulier à l’histoire de la création, qui demande aux peuples de servir la terre, et non l’inverse.

L’encyclique a été encensée par nombre de militants progressistes et écolos avant sa publication, mais devrait également contenir des passages conformes aux opinions conservatrices de l’Église, comme son rejet de l’avortement et de la contraception, qui, selon la version divulguée lundi, est contraire à la nature.

Bernd Hagenkord, le révérend qui dirige la section germanophone de Radio Vatican, souligne l’impact transformateur que l’encyclique pourrait avoir sur les enseignements sociaux de l’Église.

« Oui, nous parlons de justice et de pauvreté. Aujourd’hui, nous parlons aussi d’écologie. Il y a à présent un élément supplémentaire aux enseignements officiels de l’Église, et ce n’est François qui l’a inventé. C’est dans la Bible », a-t-il confié au Guardian.

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