Le nouveau président allemand promet de rester loyal à Mme Merkel

Joachim Gauck, un homme politique dont le franc-parler est bien connu, a été élu président du pays le plus puissant d'Europe hier (18 mars), ce qui pourrait bien mettre la chancelière, Angela Merkel, dans l'embarras sur le plan politique. Les deux dirigeants ont prononcé des discours rassurants, promettant de collaborer l'un avec l'autre et de rester loyaux.

EURACTIV.fr / Reuters
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Joachim Gauck, un homme politique dont le franc-parler est bien connu, a été élu président du pays le plus puissant d'Europe hier (18 mars), ce qui pourrait bien mettre la chancelière, Angela Merkel, dans l'embarras sur le plan politique. Les deux dirigeants ont prononcé des discours rassurants, promettant de collaborer l'un avec l'autre et de rester loyaux.

Pendant sa présidence, en grande partie honorifique, M. Gauck ne menacera pas le pouvoir de Mme Merkel dans le domaine des politiques nationales. Toutefois, son autorité morale, son caractère indépendant et le fait qu'il ne soit affilié à aucun parti pourraient faire de lui un partenaire gênant du gouvernement de la chancelière, qui peine déjà à surmonter la crise économique européenne.

M. Gauck a remporté 991 voix lors de l'assemblée fédérale réunissant les membres du parlement et les délégués régionaux en charge de l'élection des chefs d'Etat en Allemagne. Sa principale rivale, l'ancienne militante anti-nazi Beate Klarsfeld, a quant à elle obtenu 126 votes.

Les Allemands espèrent que M. Gauck, un acteur majeur des manifestations pacifiques qui ont mené à la chute du Mur de Berlin en 1989, pourra redorer le blason de la présidence terni par son prédécesseur, Christian Wulff, qui s'était retrouvé au coeur de plusieurs scandales financiers.

« Je prends ces fonctions avec la gratitude infinie de quelqu'un qui, après une longue traversée du désert politique au XXe siècle, a fini par retrouver les siens et a eu la chance d'assister à la formation d'une société démocratique au cours des 20 dernières années », a-t-il déclaré après avoir prêté serment pour son entrée en fonction.

Sa victoire ne faisait aucun doute, dans la mesure où il avait recueilli le soutien de tous les grands partis politiques, dont le Parti démocrate chrétien d'Angela Merkel.

Mme Merkel a rejeté les propos de ceux qui affirment que ce théologien véhément pourrait profiter de ses nouvelles fonctions pour sermonner les décideurs politiques allemands ou entrer en conflit avec la chancelière.

« Il pourrait bien désapprouver certaines choses, et moi de même, mais nous sommes des adultes […] Je pense qu'il y aura une bonne collaboration », a-t-elle déclaré à la presse après avoir remis un bouquet de fleur à M. Gauck.

Le nouveau président a adopté un ton similaire lors d'un entretien accordé à la chaîne télévisée ARD.

« Je lui [Mme Merkel] ai offert ma confiance, ma sincérité et ma loyauté. Nous nous sommes regardés dans les yeux et je n'y ai pas vu de méfiance », a-t-il affirmé.

La chancelière ne peut pas se permettre d'être en conflit avec le président. Elle tente en effet de rassembler le soutien de tous les partis pour promouvoir le renforcement des règles budgétaires. Ce renforcement sera nécessaire pour enrayer la crise de la dette souveraine qui secoue la zone euro depuis deux ans et qui a poussé l'Allemagne a s'imposer davantage sur la scène européenne.

Des antagonistes?

C'est néanmoins avec une certaine réticence que Mme Merkel avait soutenu la candidature de M. Gauck après que son allié de coalition, le Parti libéral-démocrate, a soutenu l'opposition le mois dernier pour que M. Gauck prenne la place du président discrédité, M. Wulff.

Contrairement à l'homme politique de carrière qu'est M. Wulff, M. Gauck aime donner son avis sur des sujets controversés, ce qu'il fait avec une éloquence forgée lors de ses discours en Allemagne de l'Est.

« Avec ses opinions sur le respect de la liberté, le nouveau président divisera la république », a expliqué l'hebdomadaire Der Spiegel dans un article soulignant l'attachement profond du nouvel élu à la liberté individuelle.

« Contrairement à son prédécesseur, M. Gauck n'a pas l'intention de se soumettre aux conventions politiques. Il se retrouvera donc inévitablement en désaccord avec la chancelière », peut-on lire dans l'hebdomadaire.

Selon un sondage d'opinion réalisé par Infratest, 80 % des Allemands font confiance au nouveau président. Deux tiers des personnes interrogées pensent toutefois que M. Gauck pourrait être un président « gênant » pour les partis politiques.

« Le président de la République fédérale doit être le gardien de l'âme de notre nation », pouvait-on lire dimanche dernier dans le quotidien influent Bild, qui avait également soutenu la candidature de M. Gauck en 2010.

« Sa tâche la plus importante, c'est de rendre sa dignité, grandement ternie, au poste qu'il occupe à présent. »

Le président français, Nicolas Sarkozy, un allié majeur de Mme Merkel au sein de la zone euro, a salué l'engagement de M. Gauck envers la liberté et la démocratie dans une lettre de félicitations adressée au chef d'État allemand.

M. Gauck a déclaré qu'il espérait, pour sa première visite officielle, se rendre en Pologne, un pays voisin important avec lequel Mme Merkel a noué de solides liens politiques et économiques au sein de l'UE.

Mme Merkel et M. Gauck sont tous deux issus d'Allemagne de l'Est, où le père de la chancelière était un ecclésiastique. Il semblerait qu'ils entretiennent de bonnes relations sur le plan personnel, mais elle avait pourtant empêché sa candidature d'aboutir en 2010 en soutenant la candidature de M. Wulff.

Un passé haut en couleur

M. Gauck a un passé riche en rebondissements façonné par la guerre froide. Lorsqu'il avait 11 ans, son père a été envoyé au goulag en Sibérie suite à des accusations d'espionnage. Il y est resté pendant quatre ans.

Cette expérience l'ayant poussé à avoir une aversion particulière pour le totalitarisme, il a déclaré qu'il ferait de la liberté le leitmotiv de sa présidence.

Après la chute du communisme et la réunification de l'Allemagne, M. Gauck s'est occupé des archives de la redoutable Stasi et il a gagné en reconnaissance pour avoir révélé au grand jour les crimes de la puissante police secrète d'Allemagne de l'Est.

Il a fait en sorte que ces vastes dossiers soient rouverts pour dénoncer les anciens collaborateurs et employés de la Stasi dans les services publics et pour comprendre le passé du pays.

Plus récemment, il a défendu sa décision de garder d'anciens employés de la Stasi aux archives, arguant que leur connaissance de l'organisation en faisait des éléments « indispensables ».

M. Gauck a eu quatre enfants avec son ex-femme. Outre-Rhin, certains acteurs politiques conservateurs ont déclaré qu'en tant que président, il devrait épouser sa partenaire de longue date, une journaliste de 20 ans sa cadette, afin de représenter un bon exemple moral.

Norbert Lammert, le président du Bundestag, la chambre basse du parlement, a fait part dimanche dernier de son souhait de voir M. Gauck occuper son nouveau poste pour les cinq années prévues, ce qui redonnerait une certaine stabilité à cette institution non seulement ébranlée par la démission prématurée de M. Wulff, mais aussi par le départ soudain de son prédécesseur, Horst Koehler.

M. Koehler avait en effet démissionné en 2010, au début de son second quinquennat de président, après avoir émis des commentaires jugés déplacés quant à l'intervention de l'Allemagne en Afghanistan.