Le nouveau parlement fera face au défi du climat
Les nouveaux eurodéputés disposeront d’un agenda climatique chargé, alors que l’Europe essaie de s’arracher à la récession où elle est engluée, en développant des politiques plus vertes et en convainquant le monde de s’accorder sur un accord climatique ambitieux.
Les nouveaux eurodéputés disposeront d’un agenda climatique chargé, alors que l’Europe essaie de s’arracher à la récession où elle est engluée, en développant des politiques plus vertes et en convainquant le monde de s’accorder sur un accord climatique ambitieux.
Le nouveau Parlement va prendre ses fonctions au beau milieu de négociations internationales sur un nouveau traité sur le changement climatique, destiné à remplacer le protocole de Kyoto signé en 1997 (EURACTIV.fr, 21/05/2009).
Mais la pression pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre, dans un contexte de lutte contre le chômage en forte progression, a conduit les eurodéputés sortants à diminuer fortement leurs ambitions écologiques initiales. Ils ont du trouver un compromis pour soutenir l’industrie, aux prises avec la concurrence croissante des économies émergentes qui ne régulent pas la pollution (Lire le dossier d’EURACTIV.com sur « La fuite du carbone »).
S’il est certain que la réduction des émissions et l’amélioration de la sécurité énergétique figurent parmi les priorités européennes pour les cinq prochaines années, les inquiétudes demeurent sur les conséquences de la crise. La production qui tourne au ralenti pourrait entraver les ambitions du Parlement sur le front du changement climatique.
Marie-Hélène Fandel, analyste politique au European Policy Centre (EPC), prévoit que les partis politiques qui ont porté un projet écologique lors des élections ne parviendront pas à l’inscrire dans la réalité. « Je crains que les ambitions européennes en matière de climat ne soient enterrées lors de la prochaine législature. Un renouvellement limité pourrait bénéficier aux partis extrêmistes, qui ne sont pas connus pour être des fervents défenseurs des mesures fortes sur le climat», a-t-elle expliqué à EURACTIV.com peu avant les élections européennes.
Garder le cap vers Copenhague
Point culminant de l’année, la Conférence-cadre des Nations Unies sur le changement climatique, avec la conclusion d’un accord international, représente un défi d’envergure pour l’Union européenne.
Les principaux partis européens considèrent comme primordial que l’UE joue un rôle décisif dans la lutte contre le changement climatique, et qu’elle sache convaincre les nations industrialisées de suivre son exemple. La légitimité de l’UE dans ce domaine repose sur le fait qu’elle ait été la seule région du monde à avoir adopté l’objectif de 20% de réduction des émissions de CO2 d’ici à 2020, par rapport au niveau de 1990. Reste à savoir si l’UE ira jusqu’à les réduire de 30% (lire encadré).
Le Parlement européen a toujours été l’institution européenne la plus progressiste pour adopter des objectifs ambitieux, grâce notamment à l’action des Verts. Les écologistes européens souhaitent que l’UE s’engage à réduire de 40% les émissions carbone d’ici à 2020, ce qui correspond au souhait des nations les plus développées, alors que les autres acteurs soutiennent l’objectif de 30%.
Mais les gouvernements de centre-droit, majoritaires en Europe, et les socialistes, insistent sur le fait que les emplois et l’industrie ne doivent pas être sacrifiés sur l’autel de l’écologie. Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ont averti au mois de mai qu’ils étaient «déterminés à prendre des mesures pour protéger l’industrie européenne » si les partenaires internationaux de l’UE échouaient à prendre des engagements similaires sur le climat.
Agir à la maison
En raison du peu de volonté des gouvernements d’appliquer des mesures contraignantes, l’accord sur les 30% pourrait être compromis. Néanmoins, « passer à 30% a des implications politiques et on pourrait espérer que cela conduira à des actions sur le terrain », a déclaré Antony Froggatt, expert de la politique européenne de l’énergie au think-tank Chatham House.
Pour M. Froggatt, des mesures prises au nom de la directive Eco-conception, par exemple, pourraient renforcer la législation vers des objectifs européens plus importants. La refonte de la nouvelle directive sur les renouvelables prévue pour 2014 pourrait être l’occasion de proposer une réduction plus importante des émissions de gaz à effet de serre.
La directive-cadre sur les sources d’énergie renouvelables a été adoptée vendredi 5 juin. Ce texte fait partie du paquet énergie-climat adopté en décembre, l’une des réalisations majeures du parlement sortant (EURACTIV.fr 23/03/2009).
Certains dossiers clés du paquet climat n’ont pas encore trouvé de conclusion. Alors que la Commission devrait prochainement publier une liste des secteurs du marché du carbone fragilisés par la fuite du carbone, les écologistes s’alarment de la méthode de Bruxelles, qui détermine les industries autorisées à émettre sans permis, ce qui pourrait compromettre les objectifs environnementaux relatifs au système de négociations des droits d’émissions (ETS).
Le précédent Parlement avait adopté une ligne dure lors des négociations sur les quotas d’émissions, appelant à la mise au point complète du système d’enchères d’ici à 2020. Les écologistes espèrent que les eurodéputés de 2009 se feront les champions d’une liste stricte des secteurs susceptibles de continuer à émettre gratuitement.
Cependant, les allocations gratuites ne seront pas les seuls signes de protectionnisme, puisque la crise économique diminue les profits dans les principaux secteurs industriels européens.
Les familles politiques tiendront-elles leurs promesses ?
Dans leurs programmes électoraux, tous les partis se sont engagés à rendre l’énergie propre en réduisant les émissions et en créant une croissance verte.
Pour M. Froggatt, la sécurité énergétique sera une priorité majeure du nouveau parlement. « L’Union européenne devra réaliser certaines des recommandations de la seconde analyse stratégique de la politique énergétique », a-t-il déclaré (EURACTIV.fr, 26/01/2009) Il recommande également de construire des infrastructures destinées au transport énergétique, de développer la capture du carbone et les technologies de stockage, tout en lançant des projets renouvelables à grande échelle.
«L’Europe devrait devenir le leader dans les technologies vertes, en développant de nouveaux programmes de recherche et le développement, plus nombreux et de meilleure qualité », recommande le manifeste du Parti populaire européen (PPE). Le PPE appelle à augmenter à 20 % la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique. En parallèle, les verts ont décidé d’établir sur le long terme une classification des énergies renouvelables.
Les socialistes appellent quant à eux à une « stratégie européenne pour une croissance verte intelligente », qui inclurait des investissements plus importants dans la recherche-développement, et la modernisation des listes pour y intégrer les énergies produites, par exemple, par les éoliennes. Quant au parti européen des libéraux, démocrates et réformateurs (ELDR), affilié à l’ADLE, il veut plus d’investissement dans les technologies qui développent l’efficacité et augmentent la sécurité de l’approvisionnement énergétique.
Pour beaucoup, l’expression «efficacité énergétique» marquera les prochaines années, et les eurodéputés devront arracher un accord sur la directive «Performance énergétique des bâtiments». Les plafonds concernant l’efficacité énergétique des nouveaux produits devront être définis avant l’entrée en vigueur de la directive Eco-conception.
Les citoyens appellent à plus d’efficacité énergétique
«Quand on parle climat, la question est de savoir à quel point il existe une représentation juste de ce que les citoyens veulent. Quand on les interroge, les gens se montrent enthousiastes sur l’adoption de nouvelles mesures d’efficacité énergétique au niveau de l’Union européenne », remarque Marie-Hélène Fandel, du European Policy Centre. «Mais je n’ai pas l’impression que le Parlement inscrive ces souhaits dans la réalité », a-t-elle ajouté.
CALENDRIER :
- 14 au 16 juillet: Première session plénière du nouveau Parlement
- 7 au 18 décembre: Conférence des Nations unies sur le changement climatique, à Copenhague