Le ministre tchèque des Affaires étrangères s’oppose à une suspension du dialogue politique avec Israël
Le ministre tchèque des Affaires étrangères s’est fermement opposé à la proposition du Haut représentant de l’UE Josep Borrell de suspendre le dialogue politique avec Israël à la suite des violations des droits humains à Gaza — proposition que les ministres de l’Union doivent examiner lundi 18 novembre.
Cet article a été mis à jour avec des informations concernant le soutien ou non des États membres à la proposition.
Le ministre tchèque des Affaires étrangères, Jan Lipavský, s’est fermement opposé à la proposition du Haut représentant de l’Union européenne (UE) pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, de suspendre le dialogue politique avec Israël à la suite des violations des droits humains à Gaza — proposition que les ministres des Affaires étrangères de l’Union doivent examiner lundi 18 novembre.
Le 13 novembre, Josep Borrell a annoncé qu’il proposerait la suspension du « dialogue politique » avec Israël — un élément formel de l’accord d’association conclu de longue date entre Bruxelles et Tel-Aviv — pour protester contre les actions du pays dans le cadre de la guerre menée à Gaza.
Dans une lettre qu’il a adressée aux États membres, il a invoqué les dispositions relatives aux droits humains de l’accord d’association UE-Israël pour justifier la suspension des négociations. Cet accord est en vigueur depuis 2000, et le dialogue politique est mené au sein du Conseil d’association UE-Israël. La proposition de Josep Borrell vise à évaluer le respect de ces principes par Israël.
Les ministres des Affaires étrangères de l’UE se réunissent à Bruxelles lundi pour discuter de cette proposition controversée. Le soutien unanime des 27 États membres sera nécessaire pour que la proposition soit adoptée, ce qui rend son approbation peu probable. En effet, aucune des personnes interrogées par Euractiv, qu’elle soit pour ou contre la proposition, ne s’attend à ce qu’elle soit approuvée.
La République tchèque oppose son véto
Le ministre tchèque des Affaires étrangères, Jan Lipavský, s’est fermement opposé à la proposition de Josep Borrell. Selon lui, la suspension du dialogue politique avec Israël n’aurait aucun résultat, et il remet en question la cohérence du Haut représentant sur le sujet.
« Il me semble que Josep Borrell ne sait pas ce qu’il veut », expliquait le ministre tchèque à l’agence de presse nationale tchèque ČTK le 15 novembre, soulignant le changement de position du Haut représentant des Affaires étrangères de l’UE sur la question.
En effet, durant la présidence tchèque du Conseil de l’UE dans la seconde moitié de 2022, Josep Borrell avait d’abord bloqué les efforts visant à convoquer un conseil d’association avec Israël, pour ensuite faire pression en ce sens.
« Aujourd’hui, il propose de suspendre le dialogue. Cela n’a plus de sens », estime le ministre tchèque. Et d’ajouter qu’il « ne pense pas que la suspension du dialogue politique aboutira à quoi que ce soit ».
Interrogé par ČTK, Jan Lipavský n’a pas souhaité se prononcer sur l’approche qu’il attendait de la successeure de Josep Borrell, l’Estonienne Kaja Kallas, sur cette question.
« Laissons-lui le temps nécessaire pour présenter sa propre approche de cet agenda. Il ne s’agit pas d’un programme simple. C’est l’une des questions qui divisent le plus l’UE en ce moment », a-t-il répondu.
Josep Borrell va proposer aux ministres des Affaires étrangères de suspendre le dialogue politique avec Israël
Le Haut représentant de l’Union européenne pour les Affaires étrangères sortant, Josep Borrell, devrait présenter…
3 minutes
Une forte opposition attendue
Jusqu’à présent, outre la République tchèque, la Hongrie et l’Autriche ont également exprimé leur soutien à Israël. L’Allemagne et les Pays-Bas devraient aussi s’opposer à la proposition du Haut représentant.
Certains diplomates européens ont exprimé leur mécontentement quant au fait que Josep Borrell ait notifié sa proposition aux États membres dans un délai aussi court, seulement quelques jours avant la réunion des ministres des Affaires étrangères.
Selon un diplomate européen de haut rang, l’initiative de Josep Borrell « n’atteint pas le seuil d’une préparation sérieuse » pour des discussions au sein du Conseil des Affaires étrangères de l’UE (CAE).
Avec cette proposition, Josep Borrell sembler chercher à laisser son empreinte plutôt qu’à initier un véritable changement dans la politique étrangère de l’UE. Et la réunion de lundi pourrait bien être sa dernière occasion, puisqu’il pourrait s’agir de la dernière fois qu’il préside le CAE en tant que Haut représentant de l’Union pour les Affaires étrangères et vice-président de la Commission européenne pour les Affaires étrangères (HRVP).
Un second diplomate de haut rang a décrit cette proposition de dernière minute comme « un cadeau d’adieu de la part d’un HRVP qui fait son dernier Conseil des Affaires étrangères » et a accusé Josep Borrell de ne pas avoir préparé « une discussion sérieuse sur une question sérieuse ». Le travail d’un HRVP est de construire un consensus, a souligné le diplomate, « et il est clair que cela n’a pas été fait ».
Josep Borrell devrait être remplacé le 1er décembre par Kaja Kallas, ancienne Première ministre estonienne — date qui pourrait toutefois être repoussée si le Parlement européen n’approuve pas la nouvelle Commission européenne à temps.
Cependant, tous les États membres ne seront pas foncièrement hostiles à la proposition de Josep Borrell. En février, le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez et le Premier ministre irlandais de l’époque, Leo Varadkar, ont appelé à une « révision urgente » de l’accord d’association UE-Israël en raison de la guerre menée par Israël à Gaza.
Un diplomate favorable à la proposition a notamment indiqué qu’il s’agirait d’une mesure symbolique importante qui alignerait l’UE sur la Cour internationale de justice, cette dernière ayant statué en juillet que la présence militaire d’Israël à Gaza et en Cisjordanie violait le droit international.
Josep Borrell exhorte la communauté internationale à « faire pression » sur Israël pour obtenir un cessez-le-feu
La communauté internationale doit faire pression sur Israël pour obtenir un cessez-le-feu et « mettre fin…
4 minutes
Un agenda déjà chargé pour les ministres des Affaires étrangères
La proposition de Josep Borrell vient s’ajouter à l’ordre du jour déjà chargé de la réunion du Conseil des Affaires étrangères de ce lundi, qui comprend déjà la question du conflit au Moyen-Orient.
La guerre que mène la Russie contre l’Ukraine et les retombées des élections législatives du mois dernier en Géorgie, au sujet desquelles 15 ministres des Affaires étrangères de l’UE ont émis des doutes dans une déclaration commune le 28 octobre, figurent également à l’ordre du jour.
Les discussions devraient porter sur les inquiétudes concernant les transferts de drones chinois vers la Russie et sur ce que l’UE devrait faire ensuite au sujet de la Géorgie, dont les négociations d’adhésion sont déjà gelées.
Les ministres devraient également discuter des relations avec les États-Unis suite à la réélection du président républicain Donald Trump, ainsi que de la guerre au Soudan et des tensions croissantes entre l’Éthiopie et la Somalie.
Magnus Lund Nielsen et Nicoletta Ionta ont contribué à la rédaction de cet article.
Porter la voix de l’UE à l’international : le défi de Kaja Kallas pour son audition devant la Parlement
La prochaine Haute représentante de l’Union européenne pour les Affaires étrangères, Kaja Kallas, devrait être…
7 minutes
[Édité par Anne-Sophie Gayet]