Le ministre néerlandais des Affaires étrangères s'oppose à l'arrêt du dialogue politique avec Israël

En marge d’une réunion du Conseil « Affaires étrangères » ce 18 novembre, le ministre néerlandais Caspar Veldkamp a critiqué la volonté de Josep Borrell de suspendre le dialogue politique de l’UE avec Israël dans le cadre de l’Accord d’association signé avec Tel-Aviv.

EURACTIV.com
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Caspar Veldkamp, ministre des Affaires étrangères des Pays-Bas, avec Josep Borrell, Haut représentant de l’Union européenne (UE) pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité. [Union européenne]

En marge d’une réunion du Conseil « Affaires étrangères » ce lundi 18 novembre, le ministre néerlandais Caspar Veldkamp a critiqué la volonté de Josep Borrell de suspendre le dialogue politique de l’Union européenne (UE) avec Israël dans le cadre de l’Accord d’association signé avec Tel-Aviv.

Le 13 novembre, le Haut représentant de l’Union pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, avait annoncé qu’il proposerait la suspension du « dialogue politique » avec Israël — un élément formel de l’accord d’association conclu entre Bruxelles et Tel-Aviv — pour protester contre la poursuite des violences à Gaza.

Cette proposition devrait être discutée lors du Conseil des ministres des Affaires étrangères de l’UE ce lundi. Elle a cependant très peu de chances d’être adoptée, car elle nécessite l’approbation de tous les États de l’UE.

« Je pense que nous devrions garder les portes ouvertes », a ainsi expliqué Caspar Veldkamp lors de son arrivée à la réunion des ministres à Bruxelles lundi matin.

Comme son homologue tchèque, le ministre néerlandais a par ailleurs exprimé sa perplexité face à ce qu’il a appelé un « virage à 180 degrés » de Josep Borrell sur la poursuite du dialogue avec Israël.

« Ces derniers mois, le Haut représentant a fait pression en faveur d’un dialogue politique entre l’UE et le ministre des Affaires étrangères israélien. Maintenant, [il] prend apparemment un virage à 180 degrés — ce que je ne comprends pas très bien », a expliqué le Néerlandais.

Caspar Veldkamp a également rappelé que Josep Borrell devrait bientôt quitter ses fonctions, alors que ce dernier pourrait présider pour la dernière fois le Conseil des Affaires étrangères si le Parlement européen parvient à approuver la nouvelle Commission dans les temps.

Dans ce cas, Josep Borrell serait remplacé dès le 1er décembre au poste de Haut représentant de l’Union pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité par Kaja Kallas, ancienne Première ministre estonienne.

Le ministre néerlandais souligne aussi qu’Israël a nommé un nouveau ministre des Affaires étrangères, Gideon Sa’ar. Le ministre néerlandais et son homologue israélien se sont rencontrés à Amsterdam le 9 novembre dernier pour discuter des attaques perpétrées contre des supporters de football israéliens, dans la nuit du 8 au 9 novembre.

« Profitons de ces occasions pour entamer un dialogue, car il y a beaucoup de choses à discuter, y compris la situation humanitaire catastrophique dans la bande de Gaza », a poursuivi Caspar Veldkamp.

Suspendre le dialogue politique

Selon Josep Borrell, les violations répétées des droits humains par Israël dans la bande de Gaza devraient justifier la rupture du dialogue politique avec Tel-Aviv, alors que le respect de ces derniers est un élément essentiel de l’accord d’association en vigueur depuis 2000 avec l’UE.

Sa proposition ne concerne toutefois que la suspension des discussions formelles menées dans le cadre de cet accord, et n’appelle pas Bruxelles à couper tous ses liens diplomatiques avec le pays.

Dans une lettre adressée aux États membres le 13 novembre, Josep Borrell a annoncé vouloir présenter « une proposition visant à ce que l’UE invoque la clause relative aux droits humains pour suspendre le dialogue politique avec Israël ».

Mais alors qu’il accueillait les journalistes à l’occasion de la réunion des ministres des Affaires étrangères, le Haut représentant de l’Union a ce lundi quelque peu fait marche arrière, en déclarant souhaiter une discussion sur « les décisions qui pourraient être prises » pour pousser Israël à se conformer à ses obligations en matière de droits humains.

Il a notamment précisé que l’UE pourrait cesser de vendre des produits israéliens fabriqués dans les territoires palestiniens, conformément à l’arrêt rendu en juillet par la Cour internationale de justice, selon lequel la présence militaire d’Israël sur ces territoires est illégale.

En 2019, la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) avait statué que les denrées alimentaires israéliennes produites dans les territoires palestiniens devaient être étiquetées comme telles lorsqu’elles étaient vendues dans l’UE.

« Beaucoup de mes collègues voyagent régulièrement au Moyen-Orient, faisant pression pour la libération des otages et l’arrêt de la guerre. Cela ne s’est pas encore produit et je ne vois aucun espoir que cela se produise », a déclaré Josep Borrell à la presse lundi matin.

« C’est pourquoi nous devons faire pression sur le gouvernement israélien et, bien entendu, sur le Hamas. Les deux parties doivent être mises sous pression », a-t-il ajouté.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]