Le manque de productivité, un « défi existentiel » pour l’Europe, selon Mario Draghi
Pour répondre au « défi existentiel » auquel est confrontée l’UE, les États membres doivent impérativement accroître leur productivité, explique Mario Draghi dans son rapport sur la compétitivité européenne. Ils doivent aussi développer les nouvelles technologies et décarboner le continent.
Pour répondre au « défi existentiel » auquel est confrontée l’Union européenne (UE), les États membres doivent impérativement accroître leur productivité, explique Mario Draghi dans son rapport sur la compétitivité européenne. Ils doivent aussi développer les nouvelles technologies et décarboner le continent.
« Aujourd’hui plus que jamais, nous devons nous appuyer sur la productivité, mais celle-ci est faible, très faible », a expliqué Mario Draghi, lundi 9 septembre lors de la conférence de presse durant laquelle l’ancien directeur de la Banque centrale européenne (BCE) a présenté son rapport très attendu sur la compétitivité de l’Union.
Ainsi, si l’Europe ne parvient pas à accroître sa productivité, il lui sera impossible de mettre en œuvre ses ambitions politiques, estime ce dernier dans l’avant-propos de son étude.
« Nous ne pourrons pas devenir à la fois un leader dans les nouvelles technologies, un modèle de responsabilité climatique et un acteur indépendant sur la scène mondiale. Nous ne serons pas en mesure de financer notre modèle social. Nous devrons revoir à la baisse certaines de nos ambitions, si ce n’est toutes », constate-t-il.
L’UE a en effet perdu du terrain par rapport à ses concurrents ces deux dernières décennies. « Un écart important en termes de PIB s’est creusé avec les États-Unis », précise-t-il. Selon le rapport, 70 % de cet écart serait lié à la faible productivité de l’Europe.
Le revenu par habitant ayant augmenté presque deux fois plus vite aux États-Unis qu’au sein de l’UE depuis 2000, « les ménages européens ont perdu du niveau de vie », poursuit-il.
« L’écart de productivité entre l’UE et les États-Unis s’explique en grande partie par le secteur technologique », écrit l’Italien, car « l’UE est peu développée dans les technologies émergentes qui seront le moteur de la croissance future ».
« La principale raison pour laquelle la productivité de l’UE a divergé de celle des États-Unis au milieu des années 1990 est que l’Europe n’a pas su tirer parti de la première révolution numérique menée par Internet », note-t-il.
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Redoubler d’efforts en matière d’innovation technologique et de souveraineté
Si Mario Draghi considère que certains secteurs numériques, comme l’informatique dématérialisée, sont des domaines que l’Europe a « perdus » face à la concurrence mondiale, il soutient que « l’Europe ne doit pas renoncer à développer le secteur des technologies ».
« Il est important que les entreprises européennes gardent un pied dans les domaines où la souveraineté technologique est nécessaire », écrit l’ancien président de la BCE, précisant que cela permettra au continent de stimuler l’innovation dans de nombreux secteurs, y compris dans l’énergie, les produits pharmaceutiques, les matériaux et la défense.
En outre, l’UE « a encore la possibilité de capitaliser sur les futures vagues d’innovation numérique », affirme Mario Draghi, citant la robotique autonome ou les services d’intelligence artificielle (IA).
L’économiste italien soutient également une règlementation au niveau de l’UE et des capacités européennes d’investissement plus fortes pour promouvoir les secteurs technologiques européens, y compris les télécommunications, l’espace, et les technologies propres.
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Bien gérer la décarbonation
Mario Draghi appelle aussi à une meilleure coordination des politiques européennes pour mettre en place la décarbonation de l’UE.
Le passage à une économie neutre sur le plan climatique peut constituer une « opportunité de croissance pour l’industrie européenne », mais si l’Europe ne parvient pas à actualiser ses politiques, « la décarbonation risque d’aller à l’encontre de la compétitivité et de la croissance », avertit-il.
Les entreprises européennes sont actuellement confrontées à des prix de l’énergie deux à trois fois plus élevés qu’aux États-Unis, tandis que le gaz naturel coûte quatre à cinq fois plus cher.
L’ancien président de la BCE souhaite renforcer le cartel des acheteurs de l’UE, consolider des liens contractuels à long terme avec des « partenaires commerciaux fiables et diversifiés » et lutter contre les spéculateurs.
Pour réduire les prix du gaz, l’Europe a besoin de « toutes les solutions disponibles », du nucléaire au captage du carbone, soutenues par des règles d’urgence étendues pour accélérer l’octroi de permis pour les centrales électriques et les réseaux.
Selon Mario Draghi, « le secteur des technologies propres souffre des mêmes obstacles […] que le secteur numérique ». Il appelle à une règlementation plus cohérente au niveau de l’UE et à un meilleur accès aux investissements.
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Accroître la marge de manœuvre budgétaire grâce à la croissance
L’augmentation de la productivité sera également cruciale pour soutenir les investissements publics nécessaires à la numérisation et à la décarbonation de l’économie.
Le rapport estime que l’Europe a besoin de 750 à 800 milliards d’euros supplémentaires par an.
Bien que Mario Draghi note que des fonds privés peuvent être mobilisés grâce à une intégration plus poussée de l’Union des marchés de capitaux, il prévient que « le secteur privé ne sera pas en mesure de se tailler la part du lion dans le financement des investissements, sans le soutien du secteur public ».
Il souligne que « plus l’UE sera prête à se réformer pour générer une augmentation de la productivité, plus la marge de manœuvre budgétaire augmentera ».
Les fonds européens devraient toutefois être réservés aux objectifs européens communs, tels que la défense et « l’innovation révolutionnaire », mais uniquement si les États membres parviennent à un accord.
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[Édité par Laurent Geslin & Anne-Sophie Gayet]