Le Luxembourgeois Christophe Hansen choisi pour l’Agriculture, mais la sécurité alimentaire reste au Hongrois Várhelyi

Le Luxembourgeois Christophe Hansen devrait récupérer le portefeuille de l’agriculture, mais le dossier de la sécurité alimentaire restera du ressort du commissaire à la Santé, le Hongrois Olivér Várhelyi, si celui-ci est confirmé par le Parlement européen.

/ / EURACTIV.com
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Ursula von der Leyen a chargé Christophe Hansen d’élaborer une vision pour le secteur dans les 100 premiers jours de son mandat, c’est-à-dire d’ici mars 2025. [European Union/EP]

Le Luxembourgeois Christophe Hansen devrait récupérer le portefeuille de l’agriculture, mais le dossier de la sécurité alimentaire restera du ressort du commissaire à la Santé, le Hongrois Olivér Várhelyi, si celui-ci est confirmé par le Parlement européen. 

Ursula von der Leyen a chargé Christophe Hansen d’élaborer une feuille de route pour le secteur de l’agriculture, dans les 100 premiers jours de son mandat, c’est à dire d’ici mars 2025. C’est ce que la présidente de la Commission avait promis lors de son discours devant le Parlement européen, en juillet dernier.

Ce plan devrait s’appuyer sur les récents résultats du dialogue stratégique sur l’avenir de l’agriculture de l’UE. Les différents acteurs du secteur alimentaire ont appelé à abandonner les subventions de la Politique agricole commune (PAC) basées sur la taille des exploitations, au profit de soutiens plus importants en direction des petites exploitations.

L’insertion du titre « alimentation » dans les compétences du commissaire à l’Agriculture — qui remplace la référence au « développement rural » du mandat précédent — ne signifie cependant pas que Christophe Hansen s’occupera du dossier de la sécurité alimentaire, comme l’espéraient certains.

La lettre de Christophe Hansen mentionne la « sécurité alimentaire », mais en mettant l’accent sur le « renforcement de la souveraineté alimentaire » et « la poursuite de la diversification et de la réduction des importations d’intrants et de produits de base essentiels ».

La sécurité alimentaire, y compris des dossiers essentiels pour le secteur agricole, comme les nouvelles techniques d’édition génétique et les pesticides, restera du ressort du commissaire à la Santé, un poste qui sera occupé si le Parlement le confirme, par le Hongrois Olivér Várhelyi.

Ce dernier sera également chargé de prévenir et de réduire le gaspillage alimentaire, ainsi que d’améliorer « la durabilité, la sécurité et le caractère abordable de la production tout au long de la chaîne alimentaire », en mettant l’accent sur la production biologique et le biocontrôle.

Raffaele Fitto aux commandes

Selon le plan d’Ursula von der Leyen, le portefeuille de l’agriculture relèvera du vice-président exécutif chargé de la cohésion et des réformes, l’Italien Raffaele Fitto. Ce qui marque un changement d’approche, réorientant l’agriculture vers l’économie plutôt que vers l’action climatique, comme c’était le cas dans la Commission précédente.

D’après sa lettre de mission, Raffaele Fitto est chargé de renforcer « la compétitivité, la résilience et la durabilité du secteur alimentaire et agricole » et de soutenir les agriculteurs « qui en ont le plus besoin ».

La Suédoise Jessika Roswall, qui devrait être chargée de l’environnement, de la sécurité hydrique et de l’économie circulaire, influencera également les politiques agroalimentaires.

Cette dernière va devoir mettre en place une stratégie européenne de l’eau, une autre des promesses d’Ursula von der Leyen. Cette question a dernièrement gagné en importance, alors que les pays méditerranéens ont demandé une intensification des efforts de l’Union pour faire face à la sécheresse.

« Elle aura pour tâche importante […] d’intégrer la nature dans la balance », a commenté Ursula von der Leyen, en faisant allusion au plan de crédits nature, dont les agriculteurs devraient être les principaux bénéficiaires.

Le bien-être animal : une priorité absolue

Le bien-être des animaux, une question essentielle pour le secteur agricole, relèvera à nouveau de la responsabilité du commissaire à la Santé, mais avec une importance renouvelée.

Le sujet semble avoir gagné en pertinence puisqu’il figure désormais dans le titre du commissaire, « Santé et bien-être animal » au lieu de « Santé et sécurité alimentaire ». Cette décision a été accueillie favorablement par les ONG de protection des animaux.

« L’inclusion du bien-être animal dans le titre garantira que ce sujet reste une priorité […] et nous nous attendons à ce que la révision de la législation sur le bien-être animal soit le premier dossier à être traité », a souligné dans un communiqué de presse Reineke Hameleers, la directrice générale d’Eurogroup for Animals.

Le commissaire désigné, Olivér Várhelyi, devrait présenter la révision retardée de la législation sur la protection des animaux, y compris les nouvelles règles sur les cages, les abattoirs et l’étiquetage, qui font partie de la politique alimentaire durable de l’UE, « De la ferme à la table ».

Le rapport sur le dialogue stratégique a également exhorté la Commission à tenir ses promesses d’ici à 2026.

L’approbation de ces nominations reste subordonnée à leur confirmation par les eurodéputés lors des auditions prévues en octobre, au cours desquelles les candidats devront prouver qu’ils sont aptes à occuper leurs fonctions.

Reste donc à voir Olivér Várhelyi passera cet écueil, alors que ce dernier entretenait ces dernières années des relations compliquées avec le Parlement. Le commissaire hongrois a également été soupçonné de ne pas être impartial quand il était commissaire à l’Élargissement et au Voisinage, en particulier avec certains pays des Balkans occidentaux.

Pêche et océans

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a aussi annoncé la nomination du Chypriote Kóstas Kadís comme tout premier commissaire européen uniquement dédié à la pêche et aux océans. Kóstas Kadís a été ministre de l’Agriculture de Chypre entre 2018 et 2023.

Au cours du mandat précédent, le commissaire lituanien Virginijus Sinkevičius était responsable des océans et de la pêche, mais parallèlement à l’environnement.

« Je compte sur son expérience pour créer un secteur durable et compétitif », a indiqué Ursula von der Leyen, en présentant Kóstas Kadís. Elle a également demandé à ce dernier d’élaborer « le premier pacte pour les océans », une autre des promesses de son discours de juillet devant le Parlement.

Le pacte devrait agir pour « des océans et des zones côtières résilients et sains  », sur la promotion de l’« économie bleue » et sur la gestion de l’utilisation des mers et des océans, a indiqué Ursula von der Leyen dans la lettre envoyée à Kóstas Kadís.

Elle propose d’organiser des « dialogues sur la pêche et les océans », réunissant notamment les petits pêcheurs, à l’image de ce qui a été fait pour le secteur agroalimentaire.

[Édité par Laurent Geslin]