Le Kosovo rejette le compromis de l’UE dans les pourparlers entre Belgrade et Pristina

Les nouvelles négociations entre les dirigeants de la Serbie et du Kosovo sur la normalisation des relations n’ont pas abouti, après le rejet par Pristina d’une proposition de compromis de l’UE qui, selon elle, favorisait la position de Belgrade.

Euractiv.com
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La réunion de jeudi entre le président serbe Aleksandar Vučić et le Premier ministre du Kosovo Albin Kurti marquait leur première rencontre dans le cadre du processus de dialogue Belgrade-Pristina facilité par l’UE depuis les affrontements, à la fin du mois de mai, dans le nord du Kosovo, où vit une importante minorité serbe. [X/@JosepBorrellF]

Les nouvelles négociations entre les dirigeants de la Serbie et du Kosovo sur la normalisation des relations n’ont pas abouti jeudi (14 septembre), après le rejet par Pristina d’une proposition de compromis de l’UE qui, selon elle, favorisait la position de Belgrade.

« Nous avons fait beaucoup d’efforts mais, malheureusement, il n’a pas été possible d’arrondir les angles aujourd’hui », a déclaré le chef de la diplomatie de l’UE, Josep Borrell, aux journalistes après les discussions à Bruxelles.

Cette réunion entre le président serbe Aleksandar Vučić et le Premier ministre du Kosovo Albin Kurti marquait leur première rencontre dans le cadre du processus de dialogue Belgrade-Pristina facilité par l’UE depuis les affrontements, à la fin du mois de mai, dans le nord du Kosovo, où vit une importante minorité serbe.

Le précédent cycle de discussions, en juin, n’avait donné lieu qu’à des entretiens séparés avec M. Borrell et le représentant spécial de l’UE pour le dialogue entre Belgrade et Pristina, Miroslav Lajčák, et n’avait débouché sur aucun résultat tangible.

Lors de la réunion de jeudi, les deux dirigeants n’ont pas réussi à se mettre d’accord sur la mise en œuvre de l’accord d’Ohrid sur la normalisation des relations entre la Serbie et son ancienne province, le Kosovo, qui a proclamé son indépendance en 2008.

Le Kosovo insiste sur le fait qu’il veut que la Serbie fasse le premier pas en prenant des mesures pour reconnaître officiellement son indépendance, comme la reconnaissance mutuelle des documents par exemple.

Belgrade, cependant, veut d’abord voir des progrès sur un accord visant à créer une association des municipalités à majorité serbe au Kosovo.

« Nous avons déployé des efforts répétés pour faciliter un compromis sur la forme que prendrait le processus de mise en œuvre », a déclaré M. Borrell.

« Nous avons donc proposé ce que nous considérons comme le seul compromis possible aujourd’hui — un processus […] en parallèle » selon lequel les deux conditions posées seraient mises en œuvre, a-t-il expliqué. Et d’ajouter que l’UE et la communauté internationale au sens large, y compris les États-Unis, considéraient qu’il s’agissait de la « seule manière réaliste de procéder à la mise en œuvre ».

Mais M. Kurti a rejeté cette proposition, a déclaré M. Borrell, même si elle avait été acceptée par M. Vučić.

La partie kosovare a toutefois souligné que la conclusion de l’UE ne refléterait pas ce qui s’est passé pendant les pourparlers.

S’adressant aux journalistes après la réunion, M. Kurti a déclaré qu’il avait précédemment proposé « une feuille de route pour la mise en œuvre de l’accord de Bruxelles et d’Ohrid » et rejeté ce qu’il a qualifié de « conditionnalité dépassée » de la part de Belgrade.

Il a accusé les médiateurs de l’UE de partialité, affirmant que l’Union avait adopté la position de la Serbie comme étant la sienne.

M. Vučić, quant à lui, a déclaré que la Serbie « a accepté la proposition de compromis de l’UE, [Albin] Kurti n’a pas voulu l’accepter — et la réunion s’est terminée ».

« Il est clair que M. Kurti évite simplement la formation de l’Association des municipalités [à majorité] serbe. C’est l’essence même de tout. La Serbie ne fuit pas ses obligations », a-t-il ajouté.

Pas de progrès dans la mise en œuvre

L’UE a critiqué le manque de progrès six mois après l’accord d’Ohrid.

« Le manque d’action de chaque partie signifie que les deux parties, le Kosovo et la Serbie, sont en violation directe et sérieuse des obligations du dialogue et de leurs promesses », a déclaré M. Borrell.

Jusqu’à présent, seuls trois éléments ont été abordés : la coopération dans la résolution des cas de personnes disparues, une équipe de gestion du statut de l’Association des municipalités serbes et la mise en place d’un comité commun de suivi de la mise en œuvre de l’accord, qui n’a toujours pas été utilisé.

« Il n’y a pas eu de réunions du comité commun car le dialogue s’est malheureusement concentré sur la désescalade des tensions et la gestion de la crise en raison de la situation tendue dans le nord du Kosovo », a indiqué un porte-parole de l’UE à EURACTIV.

Josep Borrell a prévenu Belgrade et Pristina que cette situation finirait par avoir un impact sur leurs aspirations à l’adhésion à l’UE. La Serbie est devenue un candidat à l’UE en 2012 et a ouvert les négociations d’adhésion en 2014, tandis que le Kosovo n’a pas encore obtenu le statut de candidat officiel.

« Sans normalisation, il n’y aura pas d’avenir européen pour la Serbie et le Kosovo. Ils risquent d’être laissés pour compte alors que d’autres partenaires se rapprochent rapidement de l’UE », a-t-il déclaré.

Élections dans le nord du Kosovo

M. Borrell a déclaré qu’aucun progrès n’avait été réalisé dans les efforts visant à désamorcer le différend concernant les élections dans le nord du Kosovo, qui ont déclenché des troubles en mai, et il a réitéré la demande faite à Pristina de réorganiser ce scrutin.

« Nous ne pouvons pas attendre la prochaine crise. Cela doit se faire immédiatement, conformément à la demande de l’UE », a-t-il ajouté.

En effet, à la fin du mois de mai, des violences ont éclaté après l’installation de maires d’origine albanaise à la suite d’élections controversées auxquelles les Serbes locaux ont refusé de participer. 93 soldats de la paix de l’OTAN ont été blessés lors d’affrontements avec des manifestants serbes.

M. Borrell a souligné que les mesures prises par le Kosovo pour désamorcer les tensions en organisant de nouvelles élections « ne répondaient pas du tout » aux demandes de la communauté internationale.

L’UE avait déjà demandé à Pristina de prendre des mesures pour réduire les tensions, telles que le retrait de la police spéciale des bâtiments institutionnels et la préparation de nouvelles élections.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]