Le Kosovo et la Serbie s’engagent à résoudre le problème des personnes disparues pendant la guerre

Les dirigeants du Kosovo et de la Serbie se sont rencontrés à Bruxelles pour discuter du plan de normalisation des relations soutenu par l’UE. Ils ont accepté de coopérer pour résoudre les cas de personnes disparues durant la guerre de 1998-1999.

Euractiv.com
EU hosts Belgrade-Pristina Dialogue in Brussels
(De gauche à droite) Le président de la Serbie Aleksandar Vucic, le représentant spécial de l’UE pour le dialogue Belgrade-Pristina Miroslav Lajcak, le haut représentant de l’UE pour les Affaires étrangères Josep Borrell et le Premier ministre du Kosovo Albin Kurti lors d'une réunion à Bruxelles le 2 mai. [EPA-EFE/OLIVIER MATTHYS]

Les dirigeants du Kosovo et de la Serbie se sont rencontrés à Bruxelles mardi (2 mai) pour discuter du plan de normalisation des relations soutenu par l’UE. Ils ont accepté de coopérer pour résoudre les cas de personnes disparues, mais n’ont pas réussi à apaiser les tensions dans le nord du Kosovo, région à majorité serbe, à la suite des élections.

En février, Pristina et Belgrade ont accepté de mettre en œuvre un accord soutenu par l’Occident, suivi d’un accord sur une annexe de mise en œuvre en mars à Ohrid, mais peu de progrès ont été réalisés depuis.

Entre-temps, les tensions se sont ravivées dans le nord du Kosovo, après que Pristina a tenu des élections locales pour remplacer les Serbes ethniques qui avaient démissionné en masse pour protester contre les nouvelles règles relatives aux plaques d’immatriculation en décembre.

Le scrutin a connu le taux de participation le plus bas de l’histoire du pays (3,47 %) à la suite des appels au boycott lancés par Belgrade.

Le chef de la diplomatie de l’UE, Josep Borrell, a déclaré qu’il avait exprimé sa « vive inquiétude quant à la situation dans le nord du Kosovo » à la suite d’élections marquées par « un très faible taux de participation ».

À l’issue de la réunion de mardi, il a déclaré que ces dernières risquaient même de « conduire à une escalade et de compromettre la mise en œuvre de l’accord ».

« Ce n’est pas ce que nous souhaitons. J’espère que personne ne souhaite que cela se produise, mais c’est un risque important. C’est pourquoi j’ai exhorté les deux parties à trouver une solution qui permette aux Serbes du Kosovo de renforcer les institutions qu’ils ont quittées en novembre dernier et d’y revenir », a ajouté M. Borrell.

Il a exhorté les chefs des deux pays à trouver un compromis et a averti que toute nouvelle escalade pourrait « compromettre » la mise en œuvre de l’accord de normalisation des relations soutenu par l’UE.

Le Kosovo a déclaré son indépendance en 2008, quelques années après la guerre de 1998-1999 qui a opposé l’armée yougoslave à l’Armée de libération du Kosovo et qui a conduit au retrait des troupes yougoslaves du territoire kosovar. Une grande partie des quelque 50 000 Serbes ethniques résidant dans le nord du Kosovo ne reconnaît toutefois pas cette indépendance.

Association des municipalités serbes

L’une des demandes de la Serbie pour la normalisation des relations est la création de l’Association des municipalités serbes, qui offrirait aux Serbes une autonomie sur le territoire du Kosovo.

La création de l’Association a été signée lors de précédents pourparlers facilités par l’UE, notamment en 2013, mais n’a pas encore été mise en œuvre, la Cour constitutionnelle du Kosovo ayant jugé que certaines caractéristiques de l’Association étaient inconstitutionnelles.

Le Premier ministre kosovar, Albin Kurti, a depuis refusé d’établir l’Association, posant plutôt ses propres conditions pour sa création.

Le président serbe Alexandar Vučić et M. Kurti ont discuté mardi d’un premier projet préparé par l’UE sur l’établissement d’un modèle possible pour une telle association, mais n’étaient pas d’accord sur le cadre à adopter, une condition posée par les Serbes pour participer aux institutions du Kosovo.

Leurs points de vue étaient « assez éloignés sur la nature de l’Association », a déclaré M. Borrell à l’issue de la réunion, ajoutant que les parties avaient convenu d’entamer des négociations « dans un avenir proche ».

M. Vučić a indiqué aux journalistes après les discussions de mardi que « Pristina ne veut pas remplir l’obligation » et qu’il semblait clair que les négociations étaient « arrivées face à un mur ». Il a également précisé que le projet présenté ne comprend pas de points qui n’ont pas déjà été discutés et convenus.

À Bruxelles, M. Kurti a déclaré que le Kosovo était « intéressé par la recherche d’une solution », mais que le projet présenté n’était pas conforme à la constitution du Kosovo et ne pouvait être accepté.

« J’ai proposé une vision du projet montrant le cadre régissant les droits des minorités […] Les Serbes auront des droits et, ensemble, nous aurons une société qui ne laissera personne de côté. »

Les minorités du Kosovo jouissent de droits considérables en vertu de la constitution, notamment le fait que le serbe soit une langue officielle, que les Serbes ethniques puissent disposer de sièges garantis au parlement quels que soient les résultats des élections, ainsi que d’une représentation au niveau municipal, du droit de nommer les principaux responsables de la police dans les zones à majorité serbe, d’un enseignement en langue serbe dans les écoles à majorité serbe au lieu de l’albanais, et la présence d’au moins un ministre issu de la minorité serbe au sein du gouvernement.

La guerre, un sujet épineux

Les deux parties se sont engagées mardi à collaborer pour localiser les lieux de sépulture datant de l’époque de la guerre au Kosovo afin d’identifier les restes des personnes portées disparues durant du conflit de 1998-1999.

Près de 24 ans après la fin de la guerre, 1 621 des 6 065 personnes disparues, principalement des Albanais du Kosovo, n’ont toujours pas été retrouvées, a déclaré M. Borrell.

Alors que des charniers ont été découverts récemment, le Kosovo accuse la Serbie de ne pas faire face à ses crimes et de refuser de coopérer pour le retour des disparus. La société civile a appelé à plusieurs reprises les deux parties à ne pas politiser la question, mais la question des disparus reste l’une des plus épineuses entre les deux pays.

Dans un communiqué, M. Borrell a indiqué que M. Kurti et M. Vučić ont réaffirmé l’importance de résoudre ces cas de personnes disparues « afin de mettre un terme aux souffrances de leurs proches et de favoriser une réconciliation et une paix durable ».

En vertu de la déclaration, les parties coopéreront étroitement à l’identification des lieux de sépulture et garantiront le plein accès à des informations fiables et précises permettant de localiser et d’identifier les personnes disparues entre le 1er janvier 1998 et le 31 décembre 2000.

Les deux parties ont convenu de partager des documents, y compris ceux qui sont classifiés, et d’utiliser des données satellitaires et d’autres technologies pour détecter les charniers.

Les « détails opérationnels » seront convenus lors de la prochaine réunion des pourparlers facilités par l’UE au niveau des négociateurs en chef.

« Résoudre la question des personnes disparues n’est pas seulement une obligation humanitaire. Il s’agit également d’un facteur essentiel de réconciliation et de confiance entre les peuples », a rappelé M. Borrell.

M. Kurti a ensuite déclaré que l’accord avait permis d’entamer les pourparlers sur une « note très positive ».

La mission « État de droit » de l’Union européenne au Kosovo (EULEX) a déjà indiqué qu’il était difficile de retrouver les corps des disparus, car nombre d’entre eux ont été enterrés dans de petites tombes non signalées dans le but de rendre les recherches plus difficiles et de dissimuler les preuves.

Bojana Zimonjic Jelisavac a contribué à la rédaction de cet article.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]