Le Kazakhstan souhaite renforcer ses liens avec les différents États membres de l'UE

Cette année, cela fait 31 ans que le Kazakhstan et l’Union européenne (UE) ont établi des relations diplomatiques. Le pays d’Asie centrale cherche à approfondir la coopération non seulement avec le bloc de l’UE, mais aussi avec les différents États membres.

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This article is part of our special report "Les relations UE-Kazakhstan : une évolution stratégique et économique vers un rôle régional et mondial"
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Tous ces efforts soulignent la volonté du Kazakhstan de diversifier son économie. Les domaines de collaboration prometteurs, tels que l’énergie, le commerce, la connectivité des transports, la sécurité alimentaire, la technologie, la gouvernance et les droits humains, ne manqueront pas de poursuivre sur leur lancée. [Getty Images: Patchareeporn Sakoolchai]

Cette année, cela fait 31 ans que le Kazakhstan et l’Union européenne (UE) ont établi des relations diplomatiques. Le pays d’Asie centrale cherche à approfondir la coopération non seulement avec le bloc de l’UE, mais aussi avec les différents États membres.

Le président kazakh Kassym-Jomart Tokaïev a récemment effectué une visite d’État officielle à Paris, où il a signé, aux côtés de son homologue français Emmanuel Macron, un accord sur les réadmissions. Il s’agit du premier pacte de ce type conclu par la France avec un pays d’Asie centrale.

Cet accord intervient dans un contexte de renforcement des liens bilatéraux entre Paris et Astana. Emmanuel Macron a parlé d’un « partenariat stratégique renforcé » lors de sa déclaration à la presse conjointe avec Kassym-Jomart Tokaïev. Ce partenariat a vu les flux commerciaux s’accroître au cours des dernières années.

En septembre, le président kazakh a reçu une délégation allemande dirigée par le chancelier Olaf Scholz lors d’une visite officielle à Astana, au cours de laquelle les parties ont engagé des discussions de fond et signé trois mémorandums visant à renforcer la coopération bilatérale.

Olaf Scholz a qualifié d’« essentielle » la disponibilité de l’Allemagne en tant que partenaire commercial du Kazakhstan et de l’ensemble de la région d’Asie centrale, soulignant les bonnes conditions pour l’approfondissement des relations économiques.

Selon le ministère allemand des Affaires étrangères, les échanges commerciaux entre l’Allemagne et le Kazakhstan ont atteint 8,75 milliards d’euros en 2023, et quelque 400 entreprises allemandes opèrent dans la république d’Asie centrale.

Coopération stratégique

Au début de l’année, Kassym-Jomart Tokaïev a effectué une autre visite de haut niveau en Italie, les deux pays cherchant à renforcer leur coopération stratégique au-delà des matières premières essentielles pour y inclure d’autres domaines d’intérêt commun, notamment la technologie et les infrastructures.

Sept accords intergouvernementaux et 16 mémorandums commerciaux ont été signés, dont un projet clé de construction d’une centrale électrique hybride au Kazakhstan, soulignant ainsi l’expansion des liens économiques.

Selon le Caspian Policy Center, l’Italie sera le troisième partenaire commercial du Kazakhstan en 2023, derrière la Chine et la Russie, laissant derrière elle d’autres États membres de l’UE tels que les Pays-Bas, la France et l’Allemagne.

Mark Rutte, alors Premier ministre des Pays-Bas, était un autre visiteur de premier plan à Astana. Cette visite a été considérée comme un moment important pour donner un nouvel élan au développement des relations commerciales et économiques avec Amsterdam.

Dans le cadre de ce partenariat, les deux pays renforcent leurs liens en matière de gestion de l’eau et d’expertise agricole afin de relever les défis cruciaux auxquels l’Asie centrale est confrontée dans ces secteurs.

Besoin de diversification

Tous ces efforts soulignent la volonté du Kazakhstan de diversifier son économie. Les domaines de collaboration prometteurs, tels que l’énergie, le commerce, la connectivité des transports, la sécurité alimentaire, la technologie, la gouvernance et les droits humains, ne manqueront pas de continuer sur leur lancée.

L’UE et ses États membres considèrent le Kazakhstan comme leur principal partenaire commercial en Asie centrale. L’Union est le principal investisseur étranger dans le pays, avec un stock d’investissements directs étrangers de 54,8 milliards d’euros en 2022.

Kassym-Jomart Tokaïev, qui envisage une politique étrangère « multi-vectorielle », a déjà appelé à la renaissance de l’Asie centrale en tant que pont entre l’Est et l’Ouest, soulignant ainsi le poids politique croissant de son pays et de la région au sens large.

Cet effort proactif pour diversifier non seulement l’économie du Kazakhstan, mais aussi ses relations extérieures, est largement attribué à l’invasion de l’Ukraine par la Russie et aux bouleversements géopolitiques qui ont suivi.

Le Kazakhstan doit toutefois maintenir un équilibre délicat en raison de sa dépendance à l’égard de la Russie, principalement en ce qui concerne l’uranium. L’entreprise moscovite Rosatom est l’une des quatre sociétés d’énergie nucléaire qui souhaitent construire la centrale nucléaire récemment approuvée au Kazakhstan.

Toutefois, les experts estiment que l’UE a un avantage pour maintenir sa position de premier partenaire commercial du Kazakhstan. Le bloc jouit d’une image plutôt positive auprès du peuple kazakh et agit comme un « normalisateur » sur plusieurs questions d’intérêt direct.

Expertise et assistance technique

L’UE et ses États membres peuvent, à titre individuel, fournir une expertise et une assistance technique dans les domaines où le Kazakhstan en a un besoin urgent. Pour tirer pleinement parti de cet avantage, il est conseillé à l’Union de concevoir une approche globale à l’égard du Kazakhstan.

Cela implique, entre autres, de se concentrer sur la réforme judiciaire du pays et d’insister sur la transparence, de soutenir une nouvelle stratégie sociale et économique et de s’engager avec le Kazakhstan sur les questions internationales, y compris la mise en œuvre des sanctions.

Si l’issue de l’invasion russe de l’Ukraine déterminera « fondamentalement » les relations du Kazakhstan avec le Kremlin et d’autres partenaires internationaux, les experts estiment qu’elle définira également la capacité du pays à mener des réformes sociales, économiques et politiques.

C’est pourquoi ils encouragent l’UE à aider le Kazakhstan à surmonter cette situation en l’aidant à réaliser une véritable transformation intérieure, sans permettre à la Russie ou à d’autres facteurs extérieurs de profiter des vulnérabilités du pays.