Le Kazakhstan clôture sa mission commerciale en Russie après la visite du Premier ministre russe

Les relations complexes entre le Kazakhstan et la Russie ont été illustrées de manière frappante à l’occasion de la visite du Premier ministre russe à Almaty vendredi (3 février), lors de laquelle le Kazakhstan a annoncé la clôture de sa mission commerciale.

Euractiv.com
PMs at Almaty forum
Le président du conseil d’administration de la Commission économique eurasiatique (CEE), Mikhaïl Miasnikovitch, le Premier ministre arménien, Nikol Pashinyan, le Premier ministre biélorusse, Roman Golovchenko, le Premier ministre kazakh, Alikhan Smaïlov, le président du cabinet des ministres et chef de cabinet de la présidence du Kirghizstan, Akylbek Japarov, et le Premier ministre russe, Mikhaïl Michoustine. [[Site web du Premier ministre du Kazakhstan]]

Les relations complexes entre le Kazakhstan et la Russie ont été illustrées de manière frappante à l’occasion de la visite du Premier ministre russe Mikhaïl Michoustine à Almaty vendredi (3 février), lors de laquelle le Kazakhstan a annoncé la clôture de sa mission commerciale.

M. Michoustine se trouve à Almaty à l’occasion de la session du Conseil intergouvernemental de l’Union économique eurasiatique (UEE), dont la date coïncide avec celles du Forum numérique annuel d’Almaty, une conférence internationale de haut niveau créée sous les auspices de l’UEE.

Créée en 2014 par la Biélorussie, le Kazakhstan et la Russie, l’UEE est une union économique informelle d’États postsoviétiques. Elle a été rejointe la même année par l’Arménie et en 2015 par le Kirghizistan.

La proposition législative du Kazakhstan visant à clôturer sa mission commerciale en Russie a été publiée mercredi sous un titre anodin : « Au sujet de certaines questions du ministère du Commerce et de l’Intégration de la République du Kazakhstan ».

La proposition aurait pu passer inaperçue si des journalistes russes présents à Almaty n’avaient pas interrogé les représentants de leur gouvernement sur la réaction de Moscou à cette annonce.

La réponse russe a consisté à dire qu’il appartenait au Kazakhstan d’organiser son administration dans le cadre de ses relations avec la Russie.

Le Kazakhstan affirme que la décision de clôturer la mission commerciale a été prise « pour optimiser le travail des organes de l’État et en tenant compte du niveau élevé d’interaction avec la Russie ».

L’UE dans son ensemble, composée de ses 27 États membres, constitue le premier partenaire commercial du Kazakhstan, mais la Russie occupe la première place en tant que pays. Le chiffre d’affaires résultant des échanges commerciaux entre le Kazakhstan et la Russie entre janvier et novembre 2022 s’est élevé à 23,6 milliards de dollars, soit une hausse de 6,8 % par rapport à la même période de l’année précédente (22,1 milliards de dollars).

À l’heure actuelle, quelque 8 000 entreprises à participation russe et 3 348 coentreprises opèrent au Kazakhstan.

Le Premier ministre russe, M. Michoustine, est en visite au Kazakhstan dans le but d’exploiter le potentiel de l’UEE afin de surmonter les difficultés auxquelles son pays est confronté dans le contexte des sanctions occidentales prises à la suite de l’agression de la Russie contre l’Ukraine.

Le Kazakhstan, qui souffre déjà indirectement des sanctions imposées à son principal partenaire commercial, est fermement décidé à ne pas apparaître comme un briseur de sanctions et souhaite intensifier ses relations avec l’UE

« Souveraineté technologique »

Lors de sa visite au Forum numérique d’Almaty, M. Michoustine a déclaré que l’une des principales priorités stratégiques des membres de l’UEE devrait reposer sur le développement de leur potentiel technologique et sur la réalisation d’une « véritable indépendance et d’une autosuffisance » dans ce domaine.

Il a appelé à la mise en place de la « souveraineté technologique » de l’UUE, car il s’agit « d’une question de sécurité des infrastructures critiques, de développement dynamique des secteurs économiques et, par conséquent, d’amélioration de la qualité de vie de nos concitoyens ».

Il a également suggéré que les problèmes auxquels la Russie est confrontée en raison de son agression sont partagés par l’ensemble de l’UEE.

« L’année écoulée a clairement démontré que nous ne pouvons pas compter sur les entreprises occidentales comme fournisseurs de matériel, de logiciels et de technologies. Dans le monde moderne, l’absence de solutions propres signifie une dépendance coloniale à l’égard des pays qui les possèdent et les promeuvent à l’échelle mondiale », a-t-il déclaré, selon une transcription officielle.

Selon le message de M. Michoustine, les pays de l’UEE ne devraient pas faire confiance à l’Occident, car les services financiers pourraient être soudainement interrompus.

« Bien sûr, les produits existants sont pratiques. Au fil des années, nous nous y sommes habitués. Mais à un moment donné, l’accès à ces produits peut être bloqué, ce qui, en l’absence de solutions propres et d’autres possibilités, entraînera un retard chronique par rapport au reste du monde. Pouvons-nous nous le permettre ? Bien sûr que non », a-t-il déclaré, avant de préciser que tous « les gouvernements des membres de l’Union [économique eurasiatique] devraient orienter leurs efforts vers la réalisation de la souveraineté technologique ».

Le Premier ministre russe a déclaré que son pays avait une offre intéressante à faire aux pays de l’UEE.

« Pour la plupart des logiciels étrangers — déjà environ 85 % — il existe un équivalent russe. Nous avons commencé à les adapter aux besoins spécifiques des entreprises et de la production. Nous soutenons la création de nouveaux logiciels », a-t-il déclaré.

Contrairement à la Russie, le Kazakhstan est assez avancé dans le domaine des technologies numériques utilisées dans la vie quotidienne.

Selon le Premier ministre du Kazakhstan, Alikhan Smaïlov, ces dernières années, le Kazakhstan a fourni des progrès significatifs dans le domaine de l’administration en ligne.

Dans le classement des Nations unies sur l’administration en ligne, le pays a grimpé de la 39e à la 28e place depuis 2018, et dans le sous-classement des services en ligne, le pays est entré dans la liste des 10 premiers pays, passant de la 16e à la 8e place.

M. Smaïlov s’est également concentré sur l’amélioration de la qualité et de l’accessibilité des services de communication, le développement de la gestion électronique transfrontière des documents, le renforcement de l’intégration et la création de projets conjoints dans l’espace de l’UEE.

Il a proposé d’ouvrir un centre de compétences numériques à Almaty, qui deviendrait une plateforme pour l’élaboration et la mise en œuvre d’initiatives numériques majeures au sein de cette union.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]