Le Groupe d’action financière suspend la Russie pour « violation manifeste » du système financier mondial

Le Groupe d’action financière, l’organisme international de surveillance de la lutte contre le blanchiment d’argent, a suspendu vendredi l’adhésion de la Russie en raison de l’atteinte portée par le pays à « la sécurité, la sûreté et l’intégrité du système financier mondial ».

Euractiv.com
Paris,,France,-,October,19,,2018:,Website,Of,The,Financial
Le président du GAFI, T. Raja Kumar, a confié aux journalistes que l’invasion russe en Ukraine « a enfreint les engagements de coopération internationale et de respect mutuel » qui constituent les principes fondamentaux de l’organisation internationale. [SHUTTERSTOCK/Jarretera]

Le Groupe d’action financière (GAFI), l’organisme international de surveillance de la lutte contre le blanchiment d’argent, a suspendu vendredi (24 février) l’adhésion de la Russie avec effet immédiat en raison de l’atteinte portée par le pays à « la sécurité, la sûreté et l’intégrité du système financier mondial ».

Il s’agit d’une décision sans précédent dans l’histoire du GAFI. Cette dernière a été approuvée vendredi par tous les pays membres lors d’une réunion plénière.

Son président, T. Raja Kumar, a confié aux journalistes que l’invasion russe en Ukraine « a enfreint les engagements de coopération internationale et de respect mutuel » qui constituent les principes fondamentaux de l’organisation internationale.

À ce titre, « toutes les juridictions [doivent] rester vigilantes face aux menaces pour l’intégrité, la sûreté et la sécurité du système financier international résultant de la guerre de la Fédération de Russie contre l’Ukraine » et prendre les mesures nécessaires le cas échéant, peut-on lire dans un communiqué de presse.

Dès le début de l’invasion il y a un an, le GAFI a pris des mesures pour limiter l’influence de la Russie en soin sein. Il s’agissait notamment d’empêcher Moscou d’occuper des fonctions de direction ou de conseil, ou de prendre part à la prise de décision ou à l’établissement de normes. Les fonctionnaires russes se sont également vu interdire l’accès aux réunions, que ce soit en présentiel ou en ligne.

Avec la décision de la dernière session plénière d’interdire aux fonctionnaires russes l’accès à tout document lié au GAFI, le pays a été « effectivement mis à l’écart de l’organisation », a indiqué M. Kumar.

Cependant, Moscou doit toujours contribuer financièrement et « reste responsable de ses obligations de mise en œuvre des recommandations du GAFI », a-t-il précisé.

Le GAFI, qui est hébergé par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) à Paris, dirige l’action mondiale contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme et de la prolifération. Il promeut des normes mondiales par le biais d’un ensemble de recommandations internationales et procède à des évaluations des cadres juridiques nationaux.

Le dernier rapport d’évaluation du GAFI sur la Russie a été publié en décembre 2019. Dans ce dernier, on peut lire que « la Fédération de Russie a une compréhension approfondie des risques liés au blanchiment d’argent et au financement du terrorisme et a mis en place des politiques et des lois pour y faire face ».

L’organisation insiste toutefois sur le fait qu’elle doit « améliorer sa stratégie de surveillance et donner la priorité aux enquêtes et aux poursuites dans les affaires complexes de blanchiment d’argent, en particulier en ce qui concerne l’argent blanchi à l’étranger ».

Cette décision intervient au lendemain de l’adoption à une écrasante majorité au sein de l’Assemblée générale des Nations Unies d’une résolution marquant l’anniversaire de la guerre en Ukraine et exigeant que Moscou se retire du territoire ukrainien et cesse les hostilités.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]