Le Green Brief : tour d'horizon des projets de programmes écologiques pour les Européennes 2024
Ces dernières semaines, plusieurs groupes politiques européens ont présenté des versions préliminaires de leurs manifestes pour les élections européennes de juin. Euractiv vous présente les implications potentielles en matière de politique énergétique et environnementale.
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Au cours des dernières semaines, plusieurs groupes politiques européens ont présenté des versions préliminaires de leurs manifestes pour les prochaines élections européennes qui se tiendront du 6 au 9 juin. Euractiv vous présente les implications potentielles en matière de politique énergétique et environnementale. Et si l’on résume tout de suite, tout semble indiquer un glissement politique vers la droite après la vague verte des élections européennes de 2019.
Parti populaire européen (PPE) : l’économie d’abord. Le projet de manifeste du PPE, qui rassemble des partis de centre droit et conservateurs à travers l’UE, est le plus marquant.
Les derniers sondages supposent que le PPE conservera 178 sièges au Parlement européen, contre les 182 détenues actuellement. Le groupe restera, dès lors, le plus important de l’hémicycle et susceptible, de fait, de choisir le ou la future présidente de la Commission européenne.
Et quel programme pour ce dernier ou cette dernière ? Le projet de manifeste du PPE, obtenu par Euractiv, est marqué par l’absence quasi totale de politique environnementale. Le mot n’apparaît que quatre fois dans le document de 14 pages, et lorsqu’il apparaît, c’est dans le contexte seulement de la rivalité économique entre l’Europe, la Chine et les États-Unis.
« La prospérité économique, une protection ambitieuse de l’environnement et la paix sociale ne peuvent réussir en Europe que si notre économie réussit également à l’échelle mondiale. C’est pourquoi la compétitivité est si importante », indique le manifeste du PPE. Max Griera nous en parle.
La révision à la baisse de la politique environnementale dans le programme électoral du PPE est contrebalancée par la promotion de la protection contre le changement climatique.
« Nous croyons au rôle majeur de l’Europe dans la protection du climat», car « sans protection du climat, notre économie ne peut rester compétitive à long terme».
Le manifeste précise tout de même que «sans une économie compétitive, il ne peut y avoir de protection durable du climat », appelant à « moins de bureaucratie » dans l’élaboration de la politique verte de l’UE.
Ce mélange des genres est cohérent avec le virage à droite emprunté par le PPE en 2022, menaçant à l’époque de faire échouer une réforme cruciale du marché du carbone de l’UE. Aussi, de faire péricliter la loi de restauration de la nature, une priorité du Pacte vert (Green Deal).
Le projet de manifeste confirme également la conviction du PPE que le changement climatique et l’accès à une énergie propre et abordable doivent être les priorités absolues pour garantir la compétitivité de l’industrie européenne.
« Il y a parfois un compromis à trouver entre le climat et la biodiversité, le climat et les produits chimiques, et d’autres questions », a récemment déclaré le porte-parole du groupe au Parlement chargé des questions environnementales.
Plus concrètement, le PPE préconise une approche technologiquement neutre de la politique climatique, affirmant qu’il soutiendra toutes les énergies renouvelables « de la même manière », y compris la biomasse.
En ce qui concerne le nucléaire, le PPE déclare qu’il le soutient « là où et quand il a du sens ».
Clairement, le PPE s’opposera à l’interdiction de tout type de technologie : « Nous rejetons une politique d’interdiction — telle que l’interdiction des moteurs à combustion — et nous la réviserons dès que possible », indique le projet de manifeste.
Socialistes et démocrates : Pacte vert sur fond rouge. Dans le camp d’en face se trouvent les Socialistes et Démocrates (S&D), qui devraient rester le deuxième groupe au Parlement européen avec 143 sièges, malgré un recul de 11 sièges.
Leur approche en matière de politiques environnementales diffère considérablement de celle du PPE.
Le projet de manifeste électoral du S&D, également obtenu par Euractiv, rejette l’idée d’une pause « réglementaire » concernant les politiques vertes, comme demandé par le président français Emmanuel Macron et repris dans le projet de manifeste du PPE.
« Dans cette course à la neutralité climatique, personne ne doit être abandonné, et il ne peut y avoir de pause », peut-on lire dans le projet socialiste, qui ajoute que le Pacte vert doit se poursuivre « avec un fond rouge ».
En effet, l’une des principales priorités politiques du S&D est le concept de « Pacte social vert », plaçant une politique sociale et les droits des travailleurs au centre d’une transition verte continue.
Ces mesures doivent être soutenues par « un budget européen ambitieux », poursuit le manifeste S&D, y compris un « Plan d’investissement pour les transitions verte et numérique » pour soutenir la réindustrialisation de l’Europe, soutenu par des emprunts conjoints.
Une autre priorité clé est la dimension internationale du Pacte vert, avec la promotion d’un « nouveau partenariat d’égal à égal avec les pays du Sud » et d’un nouveau partenariat Afrique-UE axé sur « l’économie, l’énergie verte, les changements climatiques, la migration et la démocratie ». Max Griera a les détails.
Montée du nationalisme et de l’extrême droite. L’autre grande tendance des sondages est la montée en flèche des partis d’extrême droite. Le groupe européen d’extrême droite Identité et Démocratie (ID) pourrait ainsi rafler 93 sièges, contre 73 actuellement. Le groupe des nationalistes Conservateurs et Réformistes européens (ECR), lui, pourrait profiter de 80 sièges, contre 62 actuellement.
Pour l’heure, aucun d’entre eux n’a présenté de manifeste électoral, mais leur objectif politique principal est clair : rendre aux États membres leur contrôle absolu sur les politiques de l’UE, y compris en matière d’énergie et d’environnement.
Cela se traduit par un protectionnisme vert dans le cas du groupe ID, qui devrait être fortement dominé par le parti français Rassemblement national de Marine Le Pen et Jordan Bardella. En outre, les eurodéputés élus du groupe ID sont connus pour leur faible taux de participation et leur manque d’intérêt pour les affaires parlementaires, ce qui limite leur influence globale.
Le groupe ECR, quant à lui, est dominé par les eurodéputés polonais, ce qui explique sans doute leur forte volonté de rendre la transition verte « équitable et inclusive », en mettant l’accent sur les « régions minières » et les transferts de fonds européens vers les régions les plus touchées par la transition énergétique — autrement dit, de l’Allemagne vers la Pologne.
Les libéraux fatiguent. Au centre de l’échiquier politique, les choses évoluent. Renew, actuellement troisième groupe politique du Parlement avec 108 sièges, devrait passer à 84 sièges.
L’Alliance des libéraux et des démocrates pour l’Europe (ALDE), le parti mère de Renew, est actuellement en train de finaliser son manifeste électoral. Une première version, vue par Euractiv, montre un retour aux racines libérales de ce parti, avec un fort accent porté sur le marché unique de l’UE.
Le marché unique de l’UE est « encore toujours la colonne vertébrale de notre compétitivité et de notre capacité à créer des emplois », affirme le projet, disant qu’il doit être « remis à l’ordre du jour après des années de négligence de la part de la Commission européenne dirigée par le PPE ». Max Griera nous en parle.
L’objectif est similaire à celui du PPE : « donner priorité à la réduction des charges administratives et de la paperasserie » et suivre le principe « un marché, une règle » pour éviter aux entreprises d’avoir à se conformer à 27 législations différentes.
En ce qui concerne les politiques environnementales, la priorité absolue est « la mise en œuvre des règles adoptées en matière d’énergie et de climat » au lieu d’en adopter de nouvelles, une position qui fait écho à l’appel du président français Emmanuel Macron en faveur d’une pause réglementaire en matière de législation verte après l’adoption du Pacte vert européen.
En vue des élections, la présidente du groupe au Parlement européen, Valérie Hayer, a déclaré qu’elle s’opposerait aux tentatives de réouverture du Pacte vert européen. « Nous ne devons pas défaire ce qui a déjà été fait », a-t-elle déclaré à Théo Bourgery-Gonse et Max Griera.
Débâcle des Verts. Les projections montrent qu’ils devraient obtenir 50 sièges, contre 74 actuellement.
Les Verts sont les plus avancés sur l’élaboration de leur programme électoral, avec un manifeste de 37 pages, vu par Euractiv, intitulé « Le courage de changer ».
Le premier chapitre se concentre sur des sujets environnementaux, avec la protection du climat en tête, y compris la fin des combustibles fossiles et « l’énergie renouvelable pour tous ».
L’énergie nucléaire est mentionnée une seule fois : « Nous nous battrons pour réviser la taxonomie verte afin de nous assurer que le gaz et le nucléaire ne sont pas présentés à tort comme ‘durables’ », peut-on lire dans le projet.
Mais les droits sociaux occupent également une place importante, avec des propositions détaillées concernant le « logement abordable pour tous, l’eau, la mobilité et les soins de santé ». « Une société verte est une société solidaire », affirme l’un des titres du document, ce qui pourrait également être l’un des principaux slogans du parti pour les élections. Max Griera et Nick Alipour se penchent sur le sujet.
Retrouvez également l’entretien avec Marie Toussaint, tête de liste écologiste française, réalisé par Davide Basso et Paul Messad.
La Gauche au bord du gouffre. Enfin, le groupe politique de la Gauche n’a pas encore adopté de manifeste électoral.
Mais leur position en matière d’environnement est déjà bien connue et proche de celle des Verts, bien que plus radicale. Leur importance au Parlement après les élections devrait diminuer, selon les sondages, avec un peu moins de 5,9 % des voix et 37 sièges, contre 41 dans le Parlement actuel. Ils resteraient, dès lors, la plus petite faction.
Retrouvez l’entretien de Manon Aubry, tête de liste de La France insoumise, réalisé par Davide Basso et Paul Messad.
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- Jordan Bardella attend du gouvernement qu’il « renonce au Green Deal » — Paul Messad
- Des eurodéputés demandent à la Commission de présenter un « pacte de décarbonation de l’industrie » — Nikolaus J. Kurmayer
- Prix de l’électricité : 2024 ou le début de la fin des boucliers tarifaires en Europe — Paul Messad
- Les nouvelles règles budgétaires de l’UE freineront la lutte contre le changement climatique, selon une étude – Thomas Moller-Nielsen
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- Avant son départ, Agnès Pannier-Runacher préparait une position franco-allemande sur l’énergie — Paul Messad
Agenda
- Q1 2024. Propositions de la Commission:
- Communication sur la résilience de l’eau
- Communication sur les matériaux avancés pour la primauté industrielle
- 5-8 FÉVRIER. Séance plénière du Parlement (Strasbourg)
- 5 FÉVRIER. Trilogue sur le règlement sur les emballages et les déchets d’emballages
- 6 FÉVRIER. Propositions de la Commission:
- Communication sur l’objectif climatique 2040
- Communication sur les technologies de stockage du carbone
- Alliance industrielle sur les petits réacteurs modulaires (SMR)
- 19 FÉVRIER. Trilogue final (à confirmer) sur le système de certificat d’absorption du carbone
- 26-29 FÉVRIER. Séance plénière du Parlement (Strasbourg)
- 4 MARS. Trilogue sur le règlement sur les emballages et les déchets d’emballages
- 11-14 MARS. Séance plénière du Parlement (Strasbourg)
- MARS 2024. Vote du Parlement en séance plénière :
- Directive sur les déchets
- Directive sur les « allégations vertes », protection des consommateurs contre l’écoblanchiment
- 4 MARS. Conseil « Energie »
- 20-21 MARS. Conseil européen
- 25 MARS. Conseil « Environnement »
- 10-11 AVRIL. Mini-séance plénière du Parlement (Bruxelles)
- 15-16 AVRIL. Conseil « Energie » informel
- 22-25 AVRIL. Dernière session plénière du Parlement européen avant les élections européennes.
- Exigences de circularité pour la conception des véhicules et pour la gestion des véhicules hors d’usage
- PRINTEMPS 2024. Première Évaluation européenne des risques climatiques.
- 6-9 JUIN. Élections européennes.
- 17 JUIN. Conseil « Environnement » (Luxembourg)
- 27-28 JUIN. Conseil européen
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[Édité par Paul Messad]