Le Green Brief : quel est le coût environnemental de la guerre en Ukraine ?

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Alors que le monde entier a célébré le Jour de la Terre samedi (22 avril), le moment est venu de faire le point sur la destruction environnementale entraînée par la guerre du Kremlin contre l’Ukraine.

L’agression militaire à grande échelle de la Russie contre l’Ukraine, lancée il y a un peu plus d’un an, a fait des centaines de milliers de victimes et a dévasté l’économie et l’environnement du pays.

Selon une évaluation internationale, le coût de la reconstruction a atteint les 383 milliards d’euros le 24 février 2023.

Outre les souffrances humaines incommensurables, la guerre a considérablement nui à l’environnement et à la biodiversité de l’Ukraine, a ralenti les progrès à effectuer pour atteindre les objectifs climatiques et les objectifs de développement durable (ODD) et a même gommé certaines avancées antérieures.

L’Ukraine occupe moins de 6 % des terres émergées de l’Europe, mais abrite 35 % de sa biodiversité. Grâce à sa situation géographique favorable, elle abrite plus de 74  000 espèces végétales et animales, dont beaucoup sont rares, relictuelles et endémiques, notamment le bison et l’ours brun d’Europe, le lynx, le loup et l’esturgeon.

Depuis le début de la guerre, les forces russes ont pris pour cible toute une série d’infrastructures cruciales telles que des usines chimiques, des installations hydrauliques, des centrales nucléaires, des champs, des forêts et des réserves pour la faune et la flore, causant au passage diverses destructions, perte de biodiversité et pollution.

Le Code pénal ukrainien prévoit des peines d’emprisonnement pour punir les auteurs de catastrophes environnementales, notamment la « destruction massive de la faune et de la flore, l’empoisonnement de l’air ou des ressources en eau ». Le ministre ukrainien de l’Environnement, Ruslan Strilets, est déterminé à tenir la Russie pour responsable des conséquences dévastatrices de la guerre sur l’environnement naturel de la région.

« Notre État constitue l’habitat d’environ 74  000 espèces de faune et de flore. En détruisant notre patrie, la Russie détruit également la sienne. Les occupants russes tentent de détruire toute l’Ukraine, mettant ainsi en danger plus d’un tiers de la biodiversité européenne », a déclaré M. Strilets lors de son discours à Montréal dans le cadre de la COP15.

À ce jour, 2  369 conséquences d’actions militaires entraînant de graves répercussions sur l’environnement ont été enregistrées sur la plateforme EcoZagroza, mise en place par le ministère et le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) afin de recueillir des informations sur les dommages environnementaux.

En raison de la guerre, 20 % des zones naturelles protégées ont été endommagées et environ 80 espèces animales sont menacées d’extinction. Les Russes ont pris le contrôle de dix parcs nationaux (huit réserves et deux réserves de biosphère) et autorisent la chasse d’animaux protégés dans certaines de ces zones.

Parmi les nombreuses victimes environnementales de la guerre figurent les dauphins, dont des centaines ont été retrouvés morts le long des côtes de la mer Noire.

Les scientifiques ont attribué ce phénomène à plusieurs facteurs, tels que les effets nocifs des sonars, qui réduisent leur capacité à chasser, ainsi que l’utilisation de bombes incendiaires au phosphore, qui brûlent le corps des dauphins. En outre, les explosions causées au cours du conflit peuvent provoquer des embolies et des accidents de décompression chez les dauphins, qui remontent alors à la surface.

Un rapport récent de la Kyiv School of Economics décrit une situation effroyable : la pollution environnementale a fortement augmenté et des centaines d’entreprises industrielles et de sites d’infrastructures critiques ont été endommagés.

Les forêts ont également subi des dommages importants, avec des incendies provoqués par des explosions de munitions ou des incendies volontaires relevant de tactiques de guerre. En outre, d’importantes zones forestières ont subi des dommages mécaniques causés par des manœuvres militaires et des explosions de munitions, ce qui a entraîné la dégradation ou la destruction de plantations forestières.

Quelque 298  000 hectares de forêts et 1  438  000 hectares d’herbes ont été incendiés dans la zone de combat. Ajoutés à la combustion de produits pétroliers, ces incendies ont provoqué une importante pollution de l’air, estimée à 5,5 millions de tonnes de polluants depuis le début de la guerre.

Tenir la Russie pour responsable

Les autorités ukrainiennes ont attiré l’attention sur les dommages environnementaux causés par la guerre dès son début. Si le pays réussit à faire reconnaître les dommages écologiques, un précédent pourrait être créé pour renforcer le mécanisme international de lutte contre les crimes environnementaux lors des conflits militaires.

Toutefois, il n’est pas facile de monter un dossier contre la Russie dans ce sens, comme l’explique l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm.

La Cour pénale internationale ne reconnaît pas l’écocide comme un crime international en vertu du statut de Rome.

Si le droit international humanitaire interdit l’emploi de « méthodes ou moyens de guerre qui sont conçus pour causer, ou dont on peut attendre qu’ils causeront, des dommages étendus, durables et graves à l’environnement naturel », l’absence de seuils spécifiques pour ces critères constitue toutefois un défi lorsqu’il s’agit de monter un dossier.

Il existe également des précédents de compensation pour destruction environnementale à l’échelle internationale. En 1991, le Conseil de sécurité des Nations unies a imposé à l’Irak d’effectuer des réparations pour les dégâts causés lors de son agression contre le Koweït, notamment pour les dommages environnementaux et l’épuisement des ressources naturelles.

Cependant, en raison du droit de veto de la Russie au Conseil de sécurité, cette solution n’est pas envisageable dans le conflit actuel, selon l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm.

Même si l’Union européenne promet aujourd’hui un « plan Marshall pour l’Ukraine », la restauration de la biodiversité et des écosystèmes dévastés, l’assainissement des sols, de l’eau et de l’air pollués ainsi que la lutte contre les émissions de CO2 qui compromettent les objectifs climatiques, demanderont probablement plusieurs décennies, si ce n’est plus.

« Il ne peut y avoir de politique climatique efficace sans paix sur la Terre », a déclaré le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, lors d’un discours prononcé à la COP27.

Le moment est peut-être venu d’envisager l’inscription de l’écocide dans la liste des crimes internationaux punissables en vertu du droit international, à l’instar de ce qui est actuellement envisagé dans l’UE.

– Valentina Romano 


Les principales actualités de la semaine


Pour approfondir


L’actualité en bref

Selon un rapport, 130 milliards de dollars seraient nécessaires chaque année pour éviter la déforestation. Le coût de la protection des forêts présentant un risque élevé de déforestation d’ici à 2030 s’élèverait à plus de 130 milliards de dollars par an, selon un nouveau rapport de la Commission pour la transition énergétique (CTE).

Intitulé « Financing the transition : the costs of avoiding deforestation » (Financer la transition : le coût de la prévention de la déforestation), le nouveau rapport de la CTE évalue l’ordre de grandeur des paiements concessionnels et des subventions nécessaires pour dédommager les propriétaires terriens qui n’abattent pas les forêts tropicales à des fins lucratives (par exemple, pour élever du bétail ou cultiver des produits de base). Actuellement, le montant total des financements nationaux et internationaux destinés à la protection des forêts ne dépasse pas deux à trois milliards de dollars par an, selon le rapport.

Le montant nécessaire estimé à 130 milliards de dollars est tout simplement trop important. Il n’est pas raisonnable de supposer que des paiements concessionnels et des subventions d’une telle ampleur, qui seraient financés par les entreprises au moyen de marchés volontaires du carbone, de la philanthropie et des pays à revenu élevé, se matérialiseront un jour, affirme la Commission pour la transition énergétique.

Pour mettre un terme à la déforestation, le rapport affirme qu’une combinaison d’actions financières et non financières est nécessaire. La demande des consommateurs devrait baisser, notamment en ce qui concerne les principaux produits qui rendent la déforestation rentable, comme la viande. Le développement d’activités commerciales alternatives qui peuvent tirer parti du patrimoine forestier — par exemple, l’écotourisme et l’agroforesterie durable — serait également profitable.

En outre, les gouvernements ont la responsabilité de rendre la déforestation illégale, en conjuguant cette responsabilité à une application efficace de la loi.

« Sans un flux important de paiements concessionnels/subventions, toute réduction de la déforestation arrivera trop tard pour permettre de limiter le réchauffement de la planète à bien moins de 2 °C, et encore moins à 1,5 °C. Toutefois, le financement ne peut être le seul [moyen utilisé] pour mettre fin à la déforestation », a commenté Adair Turner, président de la Commission pour la transition énergétique. Lire le rapport complet ici. (Valentina Romano | EURACTIV.com)

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D’après une étude, les énergies renouvelables présentent une empreinte métallique inférieure à celle des combustibles fossiles. Une étude récente menée par l’ONG berlinoise PowerShift indique que la production d’énergie renouvelable ne nécessite pas une quantité de métaux beaucoup plus importante que les combustibles fossiles. Au contraire, certaines technologies d’énergie renouvelable, notamment les systèmes solaires photovoltaïques, affichent des performances nettement supérieures en termes d’empreinte métallique par rapport aux centrales à combustibles fossiles.

L’exploitation minière entraîne des répercussions considérables sur l’environnement et provoque des conflits sur l’utilisation de l’eau et des terres, la pollution et la destruction des forêts tropicales, en plus d’être également responsable d’environ 10 à 15 % des émissions mondiales de CO2, selon PowerShift.

Pour y remédier, une « transition des matières premières » est nécessaire, selon l’étude intitulée « Metals for the Energy Transition » (Métaux pour la transition énergétique). « Il faut tout d’abord que les matières premières métalliques, y compris celles nécessaires aux technologies des énergies renouvelables, soient extraites dans le respect des normes environnementales et sociales les plus strictes. En outre, il est essentiel de réduire la consommation absolue de matières premières métalliques, par exemple au moyen d’objectifs sectoriels », explique Michael Reckordt, expert en matières premières chez PowerShift.

Parallèlement, le développement d’une économie circulaire mettant l’accent sur la durabilité, la réparabilité et la conception de produits axés sur le recyclage des matières premières sera un élément essentiel. En effet, de nombreuses centrales solaires et éoliennes seront remplacées en Allemagne au cours des prochaines années, ce qui entraînera de grandes quantités de déchets recyclés provenant de cette industrie. Plus d’informations ici et ici. (Valentina Romano | EURACTIV.com)

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Des ONG s’inquiètent du manque d’intégration du public dans les plans nationaux en matière d’énergie et de climat. Plus de 35 ONG ont envoyé une lettre à la Commission européenne jeudi (20 avril) pour exprimer leur « profonde inquiétude » quant au manque de possibilités de participation du public dans les processus de rédaction des plans nationaux en matière d’énergie et de climat (NECP) mis à jour par les États membres de l’UE.

Ces plans doivent être soumis d’ici juin de cette année et couvrir la période comprise entre 2021 et 2030. Selon le règlement sur la gouvernance, les pays de l’UE doivent mettre en place deux types de processus de consultation, pourtant 14 pays de l’UE sur 23 n’ont encore entamé aucune forme de consultation publique, selon un rapport du Climate Action Network Europe et du WWF.

Les organisations de la société civile appellent la Commission européenne à user de son influence et de ses ressources pour remédier au manque de prise de décision démocratique et à veiller à ce que les pays respectent la loi et intègrent les citoyens dans le processus des plans en question. Lire la lettre ici. Le rapport complet est disponible ici. (Valentina Romano | EURACTIV.com)


Agenda

MAI

  • 17 MAI. Mesures visant à réduire les rejets de microplastiques dans l’environnement.

JUIN

  • JUIN. Vote en plénière du Parlement européen sur la loi européenne sur la restauration de la nature.
  • 6-7 JUIN. Semaine verte de l’UE.
  • 19 JUIN. Conseil « Énergie ».
  • 20 JUIN. Conseil « Environnement ».
  • 21 JUIN. Paquet pour un fret plus vert.
  • 29 et 30 JUIN. Conseil européen.
  • 30 JUIN. Date limite pour la mise à jour par les États membres européens de leurs plans nationaux pour l’énergie et le climat (PNEC) révisés

DEUXIÈME SEMESTRE 2023

  • Q4. Révision du règlement Enregistrement, évaluation, autorisation et restriction des substances chimiques (règlement REACH).
  • 26 et 27 OCTOBRE. Conseil européen.
  • 30 NOVEMBRE—12 DÉCEMBRE. Conférence des Nations unies sur le changement climatique (COP28), Dubaï.
  • 14 et 15 DÉCEMBRE. Conseil européen.