Le Green Brief : l’héritage hydroélectrique chaotique de l’Europe

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Le secteur européen de l’hydroélectricité bat de l’aile face au changement climatique et au manque de soutien de la part des décideurs politiques, qui délaissent ainsi un secteur clé de l’énergie à faible émission de carbone.

« C’était un chant aigu et paniqué », contait l’écrivain autrichien Christoph Ransmayr, dans son roman Kaprun paru en 1985, du nom du plus vieux barrage hydroélectrique d’Autriche, rempli en 1949. « C’était le cri de mort des rats », écrivait-il.

En 1938, les nazis lançaient la construction du barrage dans le land de Salzbourg. Dix ans plus tard, sous la houlette des Américains, le projet était presque achevé. Les « rats  » avaient été noyés : au moins quatre cents prisonniers de guerre, principalement soviétiques, mis au travail sur le barrage par les nazis, gisaient morts. Aujourd’hui, un monument érigé rappelle leur sacrifice.

Avec le temps, l’infrastructure est devenue un symbole de l’ingéniosité et de la renaissance de l’Autriche. Sans son achèvement en 1955, le pays aurait peiné à rivaliser avec les autres États européens dans un contexte de réindustrialisation énergivore.

Tous les barrages hydroélectriques européens ne connaissent pas un passé aussi troublant. Tous, en revanche, sont promis à un sombre avenir.

Alors que les dirigeants européens souhaiteraient ardemment une réindustrialisation similaire à celle des années 1960, l’hydroélectricité n’est plus en mesure de soutenir cette dynamique.

L’énergie mal-aimée

Bien qu’elle soit essentielle à la transition énergétique verte de l’UE, l’industrie de l’hydroélectricité est en perte de vitesse en raison de l’augmentation des coûts et du manque d’intérêt politique pour cette technologie.

Lorsque la première centrale hydroélectrique a été construite en France au début des années 1800, peu de personnes auraient imaginé que ce type d’infrastructures prospérerait en Asie, en Afrique et en Amérique du Sud, dépassant même les pionniers du Vieux-continent.

Aujourd’hui, le nombre de projets de nouveaux barrages hydroélectriques en Europe est dérisoire. Sur les 17,6 GW de capacité traditionnelle prévus jusqu’en 2037, 40 % proviennent d’Europe de l’Est, notamment d’Ukraine, rappelle l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA) datant de 2023.

La capacité actuelle du transfert d’énergie hydraulique par pompage — les batteries « écologiques » les plus répandues au monde, capables de stocker l’énergie en période d’abondance et de la restituer en période de besoin — s’élève à 28 GW. Des pays riches comme l’Autriche et la Suisse ont pris l’initiative de doubler cette capacité avant 2037.

Les partisans de l’énergie hydroélectrique affirment que les installations de pompage-turbinage constitueront un élément clé de la flexibilité d’un réseau électrique respectueux du climat. Leurs détracteurs craignent que des habitats naturels d’une valeur inestimable ne soient rasés au profit de l’édification de gigantesques structures en ciment. La taille ne compte pas tant, puisque la multiplication de petites structures entraîne également son lot d’obstacles pour la migration des poissons.

Le changement climatique

C’est sans compter sur les effets du changement climatique qui, plus que pour d’autres infrastructures énergétiques, perturbe le bon fonctionnement des barrages hydrauliques. En milieu alpin, la raréfaction de la ressource hydrique (fontes des glaciers, dérèglement des conditions météorologiques, etc.) perturbe gravement la production d’hydroélectricité.

À court terme, les experts estiment que la fonte des glaciers entraînera le débordement des barrages, rendant nécessaire une expansion coûteuse des structures, avant que les volumes d’eau de fonte ne finissent par diminuer, réduisant le débit des cours d’eau et la capacité de stockage potentielle. L’évaporation dans les réservoirs induite par le réchauffement du thermostat ne va faire qu’aggraver le problème.

Cependant, rares sont encore ceux qui osent faire des prévisions au-delà de 2100, date à laquelle tous les glaciers d’Europe auront pratiquement disparu.

La crise énergétique de 2022 a notamment été exacerbée par une sécheresse estivale qui a fait le jeu de Vladimir Poutine : la capacité de production hydroélectrique de l’UE a été limitée au moment même où le Kremlin utilisait ses abondantes réserves de gaz pour faire chanter l’Europe.

Cette année a été tout au mieux mitigée, l’hydroélectricité restant en deçà des niveaux historiques d’avant la pandémie.

Arme russe

Les barrages se sont également révélés être des cibles privilégiées des agresseurs.

La destruction du barrage de Kakhovka sur le Dniepr, probablement par la Russie, a fait au moins 50 morts et des centaines de blessés. Force est de constater que les structures énergétiques centralisées combinent les désavantages sécuritaires, un inconvénient évident par rapport aux « nouvelles » énergies renouvelables décentralisées comme l’éolien et le solaire.

Le sens du vent politique contraint également la filière. Les partis écologistes européens préfèrent les éoliennes et les panneaux solaires à l’énergie hydroélectrique, compte tenu notamment du bilan en région alpine, quand, généralement, les partis de droite maintiennent une appétence pour l’hydraulique et le nucléaire.

Dans le même esprit, le lobbying n’est pas toujours adéquat. Alors que l’énergie solaire et l’énergie éolienne ont donné naissance à des groupes de pression puissants et bien connectés, les intérêts de l’industrie hydroélectrique sont à peine représentés à Bruxelles.

Aujourd’hui encore, la page officielle de la Commission européenne sur l’hydroélectricité renvoie au site obsolète de Hydropower Europe, qui a depuis été supplantée par une plateforme financée par l’UE et baptisée ETIP Hydropower.

Outre l’octroi d’un financement de base, la Commission a traité l’hydroélectricité comme un enfant mal-aimé. Alors que les nouvelles énergies renouvelables bénéficient de stratégies spécifiques et sont principalement mises en avant dans la nouvelle politique industrielle de l’UE, l’hydroélectricité est manifestement absente de la proposition de la Commission sur un règlement pour une industrie « zéro net ».

Rejet politique

N’oublions pas que certains attribuent également les difficultés rencontrées par l’hydroélectricité au dégoût de l’Allemagne pour cette technologie.

La situation actuelle illustre les conséquences du mépris à l’égard d’une industrie mature, en raison des œillères idéologiques de ses alliés naturels.

Pourtant, l’hydroélectricité représente une énorme occasion manquée : les centrales de pompage-turbinage, une technologie mature et testée, représentent l’une des meilleures solutions de stockage d’énergie disponibles aujourd’hui.

Alors que l’expansion de l’hydroélectricité ralentit dans le monde entier, l’Europe pourrait une fois de plus montrer la voie. Le rapport de l’IRENA révèle d’ailleurs que les investissements devraient être multipliés par cinq pour doubler la capacité hydroélectrique d’ici à 2050.

Les experts du Centre commun de recherche de la Commission européenne sont eux aussi conscients du problème. Dans un rapport datant de 2022, ils appellent à un soutien politique en faveur de l’hydroélectricité par pompage. L’Europe n’a plus qu’à suivre ces conseils.

– Nikolaus J. Kurmayer


Les principales actualités de la semaine


Pour approfondir


Agenda

JUILLET

  • 19 JUILLET. La commission de l’industrie (ITRE) adoptera une position sur la conception du marché de l’électricité.
  • 19 JUILLET. Trilogue sur le règlement sur la restauration de la nature.
  • 19 JUILLET. Trilogue sur la directive relative aux émissions industrielles (DEI).
  • 19 JUILLET. Trilogue sur le règlement relatif aux gaz à effet de serre fluorés.

DEUXIÈME SEMESTRE 2023

  • 7 SEPTEMBRE. La commission ITRE adoptera une position sur l’amélioration de la protection contre la manipulation du marché dans le marché de gros de l’énergie.
  • 7 SEPTEMBRE. La commission ITRE adoptera une position sur la loi sur les matières premières critiques.
  • 20 SEPTEMBRE. La commission ENVI adoptera une position sur le règlement relatif aux emballages et aux déchets d’emballages.
  • 2 OCTOBRE. Vote en plénière du Parlement européen sur le règlement relatif aux emballages et aux déchets d’emballages.
  • 12 OCTOBRE. La commission ITRE adopte une position sur la loi industrie « zéro net » (Net Zero Industry).
  • 16 OCTOBRE. Conseil Environnement.
  • 26-27 OCTOBRE. Conseil européen.
  • 30 NOVEMBRE-12 DÉCEMBRE. Conférence des Nations unies sur le changement climatique (COP 28), Dubaï.
  • 14-15 DÉCEMBRE. Conseil européen.
  • 18 DECEMBRE. Conseil Environnement.
  • 19 DÉCEMBRE. Conseil Énergie.
  • Q4. Révision du règlement REACH.