Le Green Brief : le grand retour du gaz à l’agenda européen

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Comme en 2022, le gaz naturel remonte dans l’agenda politique, en raison du manque présumé de solidarité entre l’Allemagne et ses voisins et des pressions croissantes en faveur de l’abandon du gaz russe.

Conseil « Énergie » des Vingt-Sept. Deux ans après l’attaque de l’Ukraine par la Russie et alors que le pire de la crise énergétique provoquée par le Kremlin est enfin derrière nous, le gaz naturel revient sur le devant de la scène politique.

Lundi (4 mars), les ministres de l’Énergie de l’UE se sont retrouvés pour leur réunion habituelle. Le sentiment de crise semble loin derrière, à en juger par l’atmosphère dégagée lors de la courte conférence de presse suivant la réunion.

Les prix du gaz, redescendus aux niveaux d’avant crise, reflètent la sérénité que ces ministres ont retrouvée. L’Allemagne, autrefois le plus gros acheteur de gaz russe en Europe, a opté pour le gaz naturel liquéfié (GNL). La consommation de la France a quant à elle, considérablement baissé.

L’Autriche, en revanche, a été contrainte d’admettre que la Russie lui fournissait 98 % de son gaz en décembre, ce qui a provoqué un bouleversement politique. Plusieurs personnalités politiques appellent désormais à un arrêt immédiat des flux étant donné que le pays dispose d’un stock amplement suffisant et de possibilités d’approvisionnements européens abondantes.

L’Autriche et ses voisins, comme la République tchèque, la Slovaquie et la Slovénie, s’accordent à dire que l’Allemagne est en partie responsable de leurs difficultés. Une surtaxe destinée à financer le transport du gaz fait grimper le coût des importations via l’Allemagne, ce qui rend le GNL nettement moins attrayant.

La commissaire européenne à l’Énergie, Kadri Simson, a défendu leur cause en déclarant que cette surtaxe mettait en péril la solidarité de l’UE, bien que les Allemands disent tout le contraire, alors que Rome compte introduire une surtaxe similaire à partir du mois d’avril.

En parallèle, la date d’expiration de l’accord de transit entre l’Ukraine et Gazprom approche – 2025. Par conséquent, la Bulgarie se positionne de plus en plus comme le principal pays de transit de l’UE pour le gaz, tandis que les flux devraient s’inverser, d’ouest en est, à mesure que le GNL remplace les derniers mètres cubes russes.

« Le corridor gazier vertical traversant la Bulgarie sera le seul projet capable de garantir à la fois le transport nécessaire de gaz liquéfié et le fonctionnement continu du réseau de transport de gaz et des installations de stockage souterrain de gaz en Ukraine », a déclaré le directeur de Bulgartransgaz.

Pendant ce temps, les législateurs appellent les pays de l’UE à se débarrasser définitivement de toute l’énergie russe, y compris le gaz de pipeline et le GNL. « Le temps des demi-mesures est révolu », souligne une alliance de 60 législateurs européens. Les nouvelles règles du marché du gaz de l’UE permettront aux pays, dans les mois à venir, de bannir le gaz russe de leur territoire.

Qu’on ne s’y méprenne pas : à l’exception des politiciens des pays baltes, les pays de l’UE doivent encore se pencher sérieusement sur la question.

En témoigne la réaction de la ministre espagnole de l’Énergie, Teresa Ribera, quand il lui a été demandé d’envisager la fin du GNL russe dans les terminaux espagnols. Cette dernière s’est tout simplement dérobée, déclarant qu’ils seraient simplement détournés vers la France. L’Allemagne a également montré peu d’intérêt pour une interdiction du GNL russe.

Toutefois, si les politiques gazières sont moins marquées par la crainte d’une pénurie imminente qu’auparavant, le méthane a repris une place centrale dans les politiques énergétiques européennes.

Les alliances s’affrontent cette année encore. Malgré le départ d’Agnès Pannier-Runacher, l’ancienne ministre française de l’Énergie qui a donné le coup d’envoi et incarné le lobbying agressif du pays en faveur de l’énergie nucléaire, les clivages de la politique énergétique européenne semblent plus profonds que jamais.

Avant de se réunir, les ministres de l’Énergie — ou leurs représentants — ont assisté à l’une des deux réunions suivantes : l’initiative austro-allemande des « Amis des énergies renouvelables », composée de 13 pays, ou l’« alliance nucléaire » française, composée de 12 pays.

À l’exception de la Belgique — qui doit être neutre et agir comme un intermédiaire en vertu de sa présidence du Conseil de l’UE —, de Chypre et de la Lituanie, tous les pays de l’UE ont choisi leur camp, à l’exception des Pays-Bas qui ont choisi les deux.

Comme les pays de l’UE cherchent désespérément à influencer l’ordre du jour de la prochaine Commission européenne dans un sens qui corresponde à leurs priorités politiques, il faut s’attendre à entendre davantage parler des deux clubs.

Notes sur la réunion. La France et l’Allemagne sont les plus grands pays de l’UE et les leaders informels du bloc. Leurs différences en matière de politique énergétique ont longtemps fait parler d’elles. Aujourd’hui, elles affichent également des désaccords sur l’importance qu’elles accordent à la politique énergétique de l’UE.

Alors que Paris a envoyé deux ministres à Bruxelles, dont le très haut placé Bruno Le Maire, Berlin a envoyé Sven Giegold, un fonctionnaire et ancien législateur écologiste de l’UE. Son patron et ministre de l’Économie et du Climat, Robert Habeck, aurait pourtant eu l’occasion de rencontrer ses nouveaux homologues français.

Au moins, les deux pays se sont-ils mis d’accord sur le travail à fournir en matière de flexibilité des réseaux électriques. Un travail conjoint dont Euractiv France révélait la genèse fin janvier. Quant à savoir ce que cela impliquera dans la pratique, la question reste ouverte.


Les principales actualités de la semaine


Pour approfondir


Agenda

  • 11-14 MARS. Séance plénière du Parlement
    • Vote sur la directive-cadre relative aux déchets
    • Vote sur la directive sur les « allégations écologiques », protection des consommateurs contre le greenwashing
    • Vote sur la directive sur la performance énergétique des bâtiments (à confirmer)
    • Vote sur la directive relative aux émissions industrielles (à confirmer)
  • 12 MARS 2024. Paquet sur la résilience et l’adaptation au changement climatique
  • 21-22 MARS. Conseil européen
  • 25 MARS. Conseil « Environnement »
  • 10 AVRIL. Bilan des dialogues sur la transition écologique
  • 10-11 AVRIL. Mini-séance plénière du Parlement (Bruxelles)
  • 15-16 AVRIL. Conseil « Énergie » informel
  • 22-25 AVRIL. Dernière session plénière du Parlement européen avant les élections européennes.
    • Exigences de circularité pour la conception des véhicules et pour la gestion des véhicules hors d’usage
  • 30 MAI. Conseil « Énergie »
  • PRINTEMPS 2024. Première Évaluation européenne des risques climatiques.
  • 6-9 JUIN. Élections européennes.
  • 17 JUIN. Conseil « Environnement » (Luxembourg)
  • 27-28 JUIN. Conseil européen

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